‹ Lux perpetua [microform]Chapitre 166 sur 468 · II. — De Posidonius a Sénèque · texte numérisé non relu

II. — De Posidonius a Sénèque

Le discrédit qui s'attacha au stoïcisme à la fin de l'antiquité a provoqué la disparition presque totale des écrits composés par les Maîtres les plus illustres du Portique. Mais dans ce grand naufrage littéraire, aucune perte peut-être n'est plus regrettable, au poiiVt de vue de l'histoire religieuse, que celle des œuvres de Posidonius ^ La pauvreté des épaves qui subsistent de ses multiples ouvrages contraste avec l'autorité singulière dont jouit leur auteur auprès de ses contemporains et des générations suivantes. De sa vie même, peu de chose est connu. Né à Apamée sur l'Oronte, vers l'an 135 avant J. C, il quitta de bonne heure sa patrie, qu'il paraît avoir tenue en médiocre estime, et suivit comme jeune étudiant à Athènes les leçons d'un vieux maître, le stoïcien Panétius. Cette curiosité universelle qui devait faire de lui un érudit d'un savoir encyclopédique, le poussa à entreprendre de longs voyages, qui le conduisirent en Espagne jusqu'au rivage de l'Atlantique. A son retour, il ouvrit dans la libre cité de Rhodes, une école où il compta parmi ses élèves Cicéron, qui le célèbre comme le plus grand de tous les stoïciens*. Lorsqu'il mourut à 84 ans, après avoir rempli de son activité toute la première moitié du ler siècle, le prestige dont il jouissait, parmi les Romains comme chez les Grecs, était immense : Pompée, qui le visita à son retour de Syrie, entretint avec lui une correspondance suivie. Posidonius dut cette souveraineté intellectuelle aussi bien à la merveilleuse variété des connaissances dont il fit preuve comme philosophe, historien, naturaliste, astronome, qu'à l'éclat de

1. A. Schmekel, Die Philosophie der Mittleren Stoa, 1892, p. 238 ss. ; Bevan, Stoics and Sce-ptics, p. 86 ss., trad. Baudelot, Paris, 1927 ; Karl Reinhardt, Poseidonios, 1921 j Kosmos und Sympathie, 1926, pp. 308-376 -, P. Schubert, Die Eschatologie des Poseidonius {Verôjfentlichungen des Forschungsinstitut f. vergleich. Religionsgesch., Il, Heft. 4), Leipxigj 1927. — Parmi les auteurs qui ont soumis les théories de Reinhardt à une critique incisive nous citerons Jones, Classical Philology, 1932, XXVII, p. 1 13-135 ; S. Blanfcert, Seneca (epist. 90) over Natuur en Cultur en Posidonius, Amsterdam, 1941. Cf. aussi M. Van den Bruwaene, X^races de Posidonius dans le premier livre des Vusculanes (^Antiquité classique, 1942, XI, p. ^^ ss.). Sur l'xtjxrjvoi T,>.iou dans Sextus Empiricus, cf. Symbol., p. 190, n. 4, et sur le mythe du De facie, qui n'a pas pour source Posidonius, ibid., p. 196 ss.

2. Cicéron, Hortensius, fr. 18, Muller : « Omnium maximum Stoïcorum » ; cf. Sén., Bp-> 90, 20.

son style abondant, imagé et coloré'. D'un esprit plus érudit que critique, il n'a point construit un système métaphysique original, qui soit comparable à celui des grands chefs d'école, mais il fut dans le Portique le représentant le plus éminent de ce syncrétisme qui régnait à son époque par lassitude des discussions stériles entre les sectes opposées. Il prêta l'appui de son autorité et de son éloquence à cet éclectisme dont Panétius lui avait donné l'exemple, qui tempérait la sèche rigueur de l'ancien stoïcisme et lui assura une liberté féconde en y mêlant des éléments platoniciens et aristotéliciens. D'autre paît ses origines syriennes inclinaient Posidonius a se rapprocher des idées religieuses de l'Orient qui, avec l'astrologie, avait apporté aux Hellènes une conception nouvelle de l'homme et des dieux. Il fit concourir toutes les connaissances humaines à la constitution d'un vaste système dont le couronnement était l'adoration enthousiaste du Dieu qui pénètre l'organisme du Grand Tout. A côté de la logique, de la physique et de la morale^ toutes les superstitions populaires ou sacerdotales, démonologie, divination et magie, y trouvaient leur place et leur justification par la doctrine de la sympathie universelle.

Si nous apercevons ainsi les causes générales de la vaste résonance, du profond retentissement qu'eut l'enseignement de ce Syrien naturalisé Rhodien, il s'en faut que nous puissions reconstruire avec sûreté l'édifice de sa doctrine. Les contradictions des historiens qui s'y sont essayés suffiraient à nous enseigner la prudence. Obligés de se servir de fragments épars et d'extraits souvent anonymes, jDar suite de cette habitude qu'avaient les anciens d'indiquer rarement leurs sources, les érudits ont combiné les passages qui semblaient le mieux s'harmoniseï-, en écartant comme étrangers les textes qui à une concordance générale mêlaient quelques divergences ; mais procéder ainsi, c'est admettre implicitement le postulat que le système du philosophe d'Apamée fut immuable. Or certainement, au cours d'une longue carrière, la pensée de Posidonius a évolué, comme avant lui celle de Platon, comme après lui celle de Porphyre 2, chez lesquels nous en pouvons mieux saisir les variations. Mais les œuvres de ce polygraphe étant perdues, nous sommes dans l'impossibilité, faute de documents de première main, de suivre les méandres de sa réflexion et d'en fixer le point de départ et le point d'arrivée.

Nous ne pouvons pas davantage déterminer la part personnelle de Posidonius dans la fusion qui s'accomplit entre le matérialisme stoïcien et la croyance

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