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CHAPITRE III. — L'IMMORTALITÉ CÉLESTE i8i

nous que suivant les religions de l'Inde et de la Perse, et selon le manichéisme et le mandéisme, les âmes passent de quelque façon par les deux grands luminaires célestes. Souvenons-nous aussi que déjà le vieil akousma pythagoricien associait le soleil et la lune, pour faire d'eux le double séjour des défunts héroïsés (p. 146). Les Grecs, à la suite des Orientaux, avaient réussi à constituer un calendrier luni-solaire ; ils construisirent aussi une eschatologie ot\ intervenaient les deux astres majeurs, qiii selon leurs prêtres sont les divinités qui assistent ceux qui vont mourir * . Leur théologie savante imagina de ces traditions sacrées une interprétation ou justification théoriques. Cette doctrine se fonde d'une part sur le dogme astrologique exposé plus haut, que l'astre nocturne préside à la vie physique, à la formation et à la décomposition des corps, mais que le soleil est l'auteur de la vie intellectuelle, le créateur de la raison. Elle met en œuvre d'autre part la vieille croyance que, lorsque les âmes quittent la terre, elles sont encore entourées d'un fluide subtil Veidôlon, qui garde l'apparence de la personne dont il s'est détaché 2. Les théologiens admirent donc que les âmes qui descendaient sur la terre se revêtaient, dans la sphère de la lune et dans l'atmosphère, de ces corps vaporeux, que l'on regardait comme le siège du principe vital {^^yi^- Inversement, lorsqu'elles remontaient vers le ciel, la fonction de la lune était de dissoudre et de recueillir ces enveloppes légères, comme sur la terre ses rayons humides provoquaient la corruption du cadavre. L'âme, devenue ainsi une pure raison, allait s'absorber dans le soleil, source de toute intelligence.

Cette doctrine, qui est développée avec un grand luxe de détails pittoresques dans un mythe, souvent commenté, de Plutarque^, a trouvé une curieuse expression figurée dans certains monuments funéraires, ce qui fournit la preuve qu'elle a dû être assez largement adoptée. Ainsi un fragment de couvercle d'un sarcophage conservé au Vatican représente, semble-t-il, une âme ailée que Séléné, le front surmonté d'un croissant, amène au soleil radié, assis sur son trône*. Un beau cippe romain du Musée du Louvre nous montre le buste

1. Commodjen, VIII, 10 : « Sacerdotes... numina qui dicunt aliquid morituro prodesse. »

2. Diogène Laërce, VIII, i, 31. Cf. A. Delatte, Vie de Pytbagore, p. 225 et supra, et- I, IV, p. 90.

3. De facie in orbe lunae, p. 941 ss. Cf. Symbol., p. 196 ss. -, Guy Soury, La démonohgie de Plutarque, 1942, p. 177 ss. Sur la (Joctrine de JambUque, qui place l'Hadès entre je soleil et la lune (Lydus, De mensib., IV, 148, p. 167 Wûnsch), cf. infra, ch. VIII. ûes traces de l'eschatologie luni-solaire se t]y)uvent aussi dans les mystères de Mithra «t dans les Oracles Chalddiques \ cf. infra, ch. VIII, p. 364,

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