R. Ph., 1919, XLIII, pp. 78-85 ss
6. [CapStaxou -rcav-di; ; Théon Smyrn., III, 5 ; T2Jyéol. sol., p. 458. Pour les astrologues, le soleil régit le cœur de l'homme : Porphyre. C. C. A. G., V, 4, p. 217, 12 ; Antiocnus, Mélanges Bidez, p. 155, 19.
7- Cic, Somn. Scif., 4 : « Mens mundi et temperatio » ; Pline, II, 5, 13 : « Totius lïiundi animum ac planius mentem ; Vhéol. sol., p. 461, n. 3. Sur l'idée que le soleil «st le Nous du monde, cf. R. Jones, Classical Philology, 1932, XXVII, p. 1 13-125 ; Boyancé, Songe, p. 80 ss. Si VEpzcharme d'Ennius reproduit les idées du poète sicilien, celui-ci pensait que, le soleil est la source du Nous : Varron, De l. lat., V, 59 : « Epicharmus de mente humana dixit : « Istic, est de sole sumptus ignis, isque totus mentis
l8o LUX PERPETUA
le créateur de la raison particulière qui commande au microcosme humain. Auteur de la génération, il préside à la naissance des âmes, tandis que les corps se développent sous l'influence de la lune. L'astre resplendissant fait constamment descendre de son disque incandescent des étincelles dans les êtres qu'il doue ainsi d'intelligence. Le principe vital qui nourrit et fait croître notre enveloppe matérielle est lunaire, le soleil produit la raison.
Inversement, quand la mort a dissocié les éléments qui forment le composé humain, que l'âme s'est libérée de la gangue terreuse oii elle était enfermée, le soleil l'attire, de nouveau à lui. De même que son ardente chaleur fait monter de la terre les vapeurs et les nuées, elle ramène aussi à lui l'essence invisible qui anime le corps. Il exerce ici-bas une attraction à la fois physique et psychique. La raison de l'homme remonte vers son principe originel et retourne au foyer divin dont elle est issue. Les rayons du dieu sont les véhicules des âmes dans leur ascension vers les régions supérieures. Il est Vana,gogue qui retire l'esprit de la matière qui le souille i.
Ainsi, de même qu'il écarte et ramène à lui les planètes, par une suite d'émissions et d'absorptions, il projette, semeur infatigable, ses effluves ignés dans les êtres qu'il appelle à la vie, et après le trépas il les attirera de nouveau vers lui pour les recueillir dans son sein. Un cycle perpétuel de migrations fait ainsi circuler les âmes entre le ciel et la terre, comme les astres s'éloignent et se rapprochent tour à tour du foyer rayonnant, cœur et esprit du grand Tout, qui provoque l'alternance de leur course étemelle. On comprend que cette théologie cohérente et grandiose, fondée sur les découvertes de l'astronomie antique à son apogée, ait imposé au paganisme romain le culte du « Soleil invincible », maître de toute la nature, créateur et sauveur de l'homme 2'.
Une foule de témoignages littéraires et de monuments figurés prouvent combien fut puissante, sous l'Empire, la croyance que le Soleil est le dieu des morts. De vieilles traditions mythologiques se combinèrent, pour l'imposer,, avec la théologie « chaldéenne » et se propagèrent par l'intermédiaire des religions orientales. Nous aurons l'occasion de reparler du secours que l'on attendait du plus puissant des astres pour parvenir à la félicité éternelle ^
Comment, dira-t-on, réussissait- on à concilier cette immortalité héliaque avec la doctrine qui faisait de la lune la demeure des morts ? Rappelons-