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CHAPITRE III. — L'IMMORTALITÉ CÉLESTE

La vieille idée populaire, admise par de très anciens Pythagoriciens, que l'âme devenait une étoile, ne fut jamais éliminée. Selon la mythologie c'était là le sort bienheureux réservé aux héros. Nous avons des livres entiers qui nous racontent comment ceux-ci à la fin de leur carrière furent transformés en astres brillants en récompense de leurs exploits. Le « catastérisme » donna une conclusion morale à de vieilles légendes mythologiques, Hercule, Castor et Pollux, Persée et Andromède et bien d'autres avaient mérité par leurs exploits d'être ainsi métamorphosés. Aussi ne paraissait-il pas téméraire d'assigner au>; hommes éminents du présent le même destin qu'aux héros du passé. Si une forme fréquente d'immortalité était, croyait-on, l'assimilation à une divinité ^, personne ne trouvait choquante la supposition que des esprits supérieurs accrussent le nombre des « dieux visibles »i". C'était en particulier un sort digne des princes qui avaient mérité l'apothéose, A la mort de Jules César appanit une comète que l'on crut être l'âme du dictateur reçue parmi les Immortels^ ; et Ovide n'hésite pas à nous montrer Vénus descendant invisible dans le Sénat, arrachant cette âme du corps inanimé et l'emportant au ciel, où elle la sent s'embraser et la voit s'échappant de son sein pour voler par delà la lune et devenir un astre chevelu *. Hadrien, dans l'affliction que lui causa la mort d'Antinous, se laissa de même persuader qu'un astre venait d'apparaître, qui était l'âme déifiée de son favori^. Mais comme en Grèce l'héroïsatioii finit par être décernée par la simple volonté des familles en deuil aux parents dont elles pleuraient la perte, de même le catastérisme se vulgarisa au point d'être accordé à des défunts d'im très modeste mérite. Le ciel presque entier, observe à ce propos Cicéron, s'est recruté dans le genre humain^. Danc une inscription d'Amorgos', un jeune homme, enlevé par les Moires à l'âge de vingt ans, s'adresse ainsi à sa mère : « Ne pleure pas, à quoi bon ? Vénère-moi plutôt, car je suis maintenant un astre divin qui se

I. Cf. Symbol., index, s. v. « Héroïsation ». 2. Pour Chrysippe et ses successeurs, les âmes qui quittent le corps deviennent sphéwques parce que cest la plus parfaite des formes {Symbol., p. ij22, n. 4) ; cf. supra, p. 177.

3. Pline, H. N., II, 25, 93 ; Suétone, Caes., 88 ; Servius, Ed., IX, 47 et En., VIII, "pi. Auguste régnant est déjà un astre qui illumine la terre avant de briller dans le ciel : Manilius, I, 385 ; cf. Kaibel, Epgr., 978.

4- Ovide, Metam, XV, 843-851 ; cf. R. E., Gundel, s. v. « Kometen », p. 1153.

5 Dion Cass., LXIX, 11, 4; Hist. Aug., Hadr., 14. Cf. Claudien, In Ruf., II, 3 : «Auctior adiecto fulgebat sidère mundus ».

6. Cic, "Cusc, 1, 12, 28 : « Totum prope caelum nonne humano génère oompletum est ? »

7- Haussoullier, 22. Ph., igog, XXXIII, p. 6= I. G., XII, 7, n. 123. Cf. infra, ch. VIL

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montre ati crépuscule ». De même une stèle de marbre trouvée à Albano en 1935 nous montre tm bébé de deux ans emporté vers le ciel, où il siégera, dit l'épitaphe, avec l'étoile du matin et du soir ; et il exhorte son père à ne plus verser de larmes, mais à lui sacrifier 1. Et à Milet^ un enfant de huit ans, qu'Hermès a conduit dans l'Olympe, contemple l'éther et brille au milieu des astérismes « se levant chaque soir près de la Corne de la Chèvre ». Par la faveur des dieux il protège les jeunes garçons ses compagnons de jeux dans les rudes palestres.

Les inscriptions funéraires qui s'expriment avec cette précision sont exceptionnelles. Nombreux au contraire sont les textes épigraphiques et littéraires qui affirment que l'âme du défunt est montée vers les astres pour y vivre avec les Immortels, mais en laissant indécise la position qu'elle y occupe. On dira qu'elle s'est envolée vers le vaste ciel ou vers l'Olympe 3, que l'éther l'a reçue, qu'elle est au sommet du monde et suit les évolutions des armées célestes*, mais le lieu où se réunissent ainsi les Bienheureux restera vague ; on ne précisera pas dans laquelle des sphères supérieures ou des constellations ils seront accueillis. On savait que leur demeure se trouvait quelque part, très haut audessus de nous, mais on ne se hasardait pas à fixer leur séjour exact.

Cependant, de très bonne heure, les théologiens voulurent mettre de l'ordre et de la précision dans cette eschatologie astrale. Comme ils avaient combiné les doctrines de l'immortalité lunaire et solaire, ils tentèrent de les concilier toutes deux avec l'immortalité stellaire. Noiis avons noté au début de ce chapitre que c'était une idée très répandue en Orient, et admise notamment dans le mazdéisme et le manichéisme, que l'âme monte vers la lumière éternelle par trois degrés. Le verset où saint Paul révèle aux Corinthiens qu'il

1. Galieti, Rôm. Mitteil., 1943, LVII, p. 70 ss. Cf. î»/r<î, ch. VI, planche II. Comparer les vers attribués à Platon (Apulée, A'poL, 10 = Diog. Laërce, III, 23) : 'AcrxTip irpiv jxev eXa^iTîç èvl Çwolffiv 'Ewo;,/ vôv ôe ôavwv 'XàfX'Ttîtî "EffTCepoi; ev cpôt[;,évot<;. Vénus séjour des âmes bienheureuses : cf. Symbol., p. 84, n. 8|; p. 248.

2. HaussoTollier, Ibid., p. 8. Dans une curieuse épitaphe récemment découverte à Mactar en Tunisie, une morte dit qu'elle habite les Champs Élysées, mais elle -place ceux-ci au-dessus du Soleil et des étoiles; cf. G. Picard, C. R. Ac. Inscr., 20 sept. 1946.

3. P. ex. Virgile, Georg., IV, 226 « Nec morti esse locum sed viva volare / sideris in numerum et alto succedere caelo ». Cf. les textes recueillis par Friedlânder, Sitteti-' gesch., m, p. 308 ; Rohde, Psyché, 11^, p. 384 == tr. fr., p. 579, n. i. Cf. Lattimore, p. 34 ss.,p. 312 ss.

4. Maxime de Tyr XVI (X), 9 : Ssoïç xat ôswv Tratu! cîUYyiYvoji,ÉvT(, bràp axpav tou oùpavou ài\iXSoi ffujjLTTsptTroXouffa xal ffuvT£TaY[i.îv/) axpaxi^ Geûv ; Kaibel, 650 [cf. infra] : -^ç orTpaTÎv); eT<; e'-jJ-'- Cf. Philon, infra, p. 187, 2.\. ! ; . |. ; , \ i

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