CHAPITRE III. — L'IMMORTALITÉ CÉLESTE
a été ravi jusqu'au troisième cieli, indique combien cette conception surannée était restée vivante. Lorsque Lucien, au début de son Icaroménippe, nous montre son héros franchissant trois mille stades de la terre à la lune, où il fait une première halte, de là parcourant cinq cents parasanges jusqu'au soleil et s'élevant ensuite du soleil jusqu'au ciel, citadelle de Zeus, distance que parcourt en une bonne journée un aigle au vol rapide, ce voyage burlesque par dessus les nuages est une parodie de celui que certaiins croyants faisaient accomplir aux âmes 2. Les Néoplatoniciens adoptèrent parfois la même division ternaire et la combinèrent avec des idées psychologiques qui sont un développement de celles que nous avons rappelées à propos de l'immortalité solaire (p. 181). Lorsque l'âme descend sur la terre, elle reçoit d'abord un corps éthéré d'une pureté presque immatérielle, puis la raison s'ajoute à l'imagination, lorsqu'un corps solaire l'enveloppe, ensuite un tégument lunaire la rend sujette aux passions, enfin le contact avec un corps charnel devient une cause d'ignorance des vérités divines et la source d'un aveuglement insensé. L'âme délivrée de cette gangue matérielle, perd successivement ces penchants et ces facultés, lorsqu'après la mort elle regagne son lieu d'origine K
La doctrine de la triple ascension des âmes reposait sur une astronomie rudimentaire, puisqu'elle confondait les cinq planètes mineures avec les étoiles fixes, et ne distinguait de c;elles-ci que les deux grands luminaires du jour et de la nuit (p. 143). Depuis longtemps s'était imposé non seulement aux hommes de science, mais aux auteurs d'apocalyses * le système qui partageait les cieux en sept sphères planétaires, qu'enveloppait une huitième, celle des fixes, limite de l'univers. Le dogme eschatologique qui prédomina à la fin du paganisme s'accordait avec cette théorie généralement admise par l'astronomie de cette époque. Cette doctrine était sans doute déjà celle des Mages d'Asie Mineure, qui combinèrent les croyances mazdéennes avec l'astrolâtrie chaldéenne (p. 144). A partir du i" siècle de notre ère, les mystères de Mithra la firent pénétrer dans la religion de l'Occident s, et au lie le Pythagoricien
1. II Cor., i2ly 2 : 'ApurayâvTa eux; -rpîtou oùpavoQ Sur les trois deux, et les sept cieux qui leur succèdent, cf. Bousset, Himmelsreise der Seele [A. Religw., 1901, IV, p. 234 ss.) ; Mages hellén., p. 230, et sufra, p. 144.