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CHAPITRE IV. — TRANSFORMATIONS DES ENFERS

remonte au ciel ; mais l'ombre ou simulacre descend dans les Enfers. Cette « polypsychie » ' permettait de conserver la foi en l'existence de ceux-ci ; seulement le principe céleste, qui donnait à l'homme la raison, leur échappait. Toutefois le subterfuge à l'aide duquel les Pythagoriciens tentèrent de sauver la vieille croyance hellénique au royaume de Pluton, ne réussit à convaincre qu'un petit nombre d'esprits. Il se heurtait aux objections qu'on avait opposées à la mythologie infernale (p. 120) et il paraissait exclu que Veldôlon pût s'enfoncer dans le sein de la terre au lieu de flotter dans les airs. Les âmes des hommes de bien montaient au ciel ; mais que devenaient celles des pécheurs ? Où se rendaient- elles si le Tartare n'existait pas plus que les Champs Elysées ? Comme ni la philosophie, ni la religion ne voulaient abandonner l'idée d'une rétribution posthume, il fallut chercher un autre Lieu où les coupables subiraient le châtiment de leurs fautes, et ce problème eschatologique reçut les solutions les plus diverses.

Parmi les doctrines qui furent alors suggérées pour répondre à la fois aux exigences de la raison et de la morale, la plus proche des croyances antérieures, et qui en est pour ainsi dire un élargissement, est celle qui situe les Enfers, non dans les cavités de la terre, trop étroites pour contenir la multitude infinie des morts, mais dans l'hémisphère inférieur de l'univers.

Cette conception, étrangère à la Grèce ancienne, est étroitement liée au système du monde qui se représente le ciel des étoiles comme une sphère solide, entourant la terre pareillement sphérique, immobile au centre du cosmos. La ligne de l'horizon partage le ciel en deux hémisphères ; l'un supra-terrestre appartient à la vie, l'autre infra-terrestre à la mort. On ne se trompera pas en rattachant la diffusion de cette doctrine dans le monde hellénique à l'invasion de l'astrologie chaldéo- égyptienne, qui se propagea victorieusement à partir du lie siècle av. J. C. L'astrologie, en effet, en a maintenu la tradition, nous l'avons montré ailleurs^, dans quelques-unes de ses doctrines capitales jusqu'à l'époque byzantine. Deux portes, l'une à l'horoscope, c'est-à-dire au Levant, l'autre au Couchant, faisaient communiquer le monde des vivants avec celui des défunts. Le point le plus bas de l'hémisphère inférieur, Vkypogeion

i.Cf. N. C. XIIL

2. Cf. Symbol.^ p. 36 ss., que résument les pages qui suivent. ;

ou culmination inférieure des astrologues, devint la partie du ciel où l'on transporta le Styx, l'Achéron et la barque de Charon, dont on donna les noms à des astérismes de la « Sphère barbare » .

Il semble que certains Pythagoriciens se soient constitués les défenseurs de cette doctrine et l'aient propagée. Partageant les divinités par couples, ils assignèrent de chaque couple l'une à l'hémisphère supérieur, l'autre à l'hémisphère

Fig. I. — Dioscure, symbole des hémisphères, avec l'Océan et la Terre.

inférieur. A Jupiter céleste répond le Pluton inférieur, à Junon, Proserpine, et ainsi de suite ' .

Ce sont encore les Pythagoriciens qui firent des Dioscures les symboles des mêmes hémisphères. Castor et PoUux, qui selon la mythologie vivaient tour à tour chacun de deux jours l'un, représentaient les moitiés du ciel qui, dans sa rotation quotidienne passe alternativement du domaine de la vie à celui de la mort, au-dessus et au-dessous de la terre ; et cette interprétation

I. Lactantius Placidus, 'Cheb., IV, 527. Sur la distinction pythagoricienne ' des deux hémisphères, cf. Aristote, De caelo B, 2, p. 285 a 10 j Diels, Vorsokr. Pythag. 6,30,31'

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