CHAPITRE IV. — TRANSFORMATIONS DES ENFERS
des deux héros jumeaux les a fait reproduire avec cette signification cosmique sur un grand, nombre de sarcophages (Fig. 1)1,
Selon leur coutume ces philosophes cherchèrent dans la vieille poésie épique des textes sacrés — j'allais dire scripturaires — qu'ils pussent invoquer à l'appui de leurs spéculations. Homère et Hésiode 2, regardés comme les maîtres infaillibles de toute science, concevaient le Tartare comme un gouffre ténébreux^, aussi éloigné du disque terrestre, contenant l'Hadès dans son épaisseur,, que le ciel l'est de celui-ci. « Une enclume d'airain, dit la Théogonie, tomberait du ciel durant neuf jours et neuf nuits avant d'atteindre le dixième jour la terre, et de même une enclume d'airain tomberait de la terre durant neuf jours et neuf nuits avant d'atteindre le dixième jour le Tartare ». Telles étaient les dimensions restreintes que l'on attribuait alors à l'univers. C'est, pour ces vieux poètes, dans l'abîme glacial qui en occupe le tréfonds, que sont châtiés les impies.
Cette conception de l'Hadès mythologique jouit d'un certain succès. Un des dialogues, faussement attribués à Platon, mais qui est en réalité une œuvre syncrétique du l^r siècle avant notre ère, VAxiochos^, prétend nous apporter une révélation du mage Gobryès sur le séjour des morts. La terre^ pour lui, occupe, immobile, le centre de l'imivers, et du ciel sphérique se mouvant autoui d'elle un des hémisphères appartient aux dieux célestes, l'autre aux dieux infernaux. La description que l'auteur fait de ces Enfers prétend adapter les traditions mythiques des Grecs aux enseignements de l'astronomie. Aux Champs-Elysées, dont sont décrites les délices, est opposé le « lieu des -impies ». Par un évident souvenir d'Hésiode, les méchants sont conduits par les Érinnyes vers l'Erèbe et le Chaos à travers le Tartare. C'est là, dans le creux le plus profond du monde, « que les âmes des réprouvéls léchées par les bêtes sauvages, brûlées constamment par les torches des Peines, exposées à tous les outrages, se consument dans des châtiments étemels ».
Des traces de l'idée que le Tartare se trouve dans l'espace diamétralement opposé au sonunet du ciel peuvent être relevées, même à l'époque impériale, jusque chez Virgile* et dans un mythe de Plutarque ", D'autres écrivains se souvenant des vers d'Homère qui situent les Champs-Elysées par delà l'Océan