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CHAPITRE IV. — TRANSFORMATIONS DES ENFERS

crainte do nuire à un chef ou bien à un parent qui sont allés y habiter. Cette conception animiste de la nature, commune à une foule de peuplades diverses, est une forme rudimentaire de la métempsycose.

Mais ce qui fait la grandeur ^ de cette théorie qui devait séduire une multitude d'adeptes au cours des siècles et à travers le monde, c'est qu'elle a transformé une illusion naïve, sans portée morale, en une doctrine de rétribution et de libération. Revenir sur la terre s'enfermer dans un corps qui la souille et la fait souffrir, devient un châtiment infligé à l'âme pécheresse. Celle-ci ne peut atteindre la félicité suprême avant de s'être purifiée par de longues épreuves et délivrée peu à peu des passions charnelles à travers un cycle de renaissances .

Certains érudits ont supposé qu'en Grèce la théorie de la transmigration avait eu un développement autochtone * et avait systématisé d'antiques croyances, communes à presque tout le genre humain. Toutefois à cette opinion s'oppose le fait que, si les Hellènes ont toujours pensé que les âmes humaines pouvaient aller se loger dans un serpent, un cheval, un oiseau. Voire une abeille ou un papillon*, la vraie métempsycose, liée au dogme d'une rétribution posthume, est inconnue à Homère et n'apparaît dans la religion grecque qu'à l'aube des temps historiques. Les anciens admettaient qu'elle était d'importation étrangère : Hérodote ' voulait que la doctrine de la réincarnation dans des corps xi'animaux terrestres, maritimes ou aériens fût venue d'Egypte, mais il ne paraît pas qu'elle ait existé anciennement dans ce pays sous la forme d'une succession régulière de transmigrations*. D'autre part la métempsycose hellénique offre une. ressemblance frappante, jusque dans certains détails, avec une conception fondamentale de la pensée religieuse de l'Inde, celle du samsâm, qui y avait été formulée dès l'époque des anciens Upanishads, longtemps avant la naissance du bouddhisme. Il est difficile de croire qu'une telle analogie résulte simplement d'une parenté primitive sans communication postérieure^. L'opinion la plus vraisemblable paraît être que cette croyance, cheminant à travers l'empire perse, parvint ainsi jusqu'aux Orphiques et

1. Dieterich, INekyia, p. go ; Wûnsch, Das Frûhlingsfest der Insel Malta, 1902, p. 3 4 ss. Hopf, Q-p, cit. [p. 196, n. 4].

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