CHAPITRE IV. — TRANSFORMATIONS DES ENFERS
la colère, l'avarice et la llixure ' . Ou encore elles sont les reproches qui bourrèlent la conscience du méchant et qui le poursuivent ' . Oîi interprétera de même les mythes des grands coupables suppliciés dans le Tartare, Sisyphe poussant jusqu'au sommet d'une colline un bloc de pierre qui roule chaque fois au bas de la pente, est l'ambitieux, qui s'épuise en vains efforts pour atteindre la cime des honneurs ^ • Titye dont les vautours dévorent sans trêve le foie, qui toujours se reconstitue, est le pécheur rongé par des remords sans cesse renouvelés, ou l'amoureux que déchire l'angoisse de la jalousie. Tantale, qu'épouvante un rocher suspendu au-dessus de sa tête, est l'homme qui vit dans la crainte perpétuelle des malheurs dont le menace l'aveugle destin, et •Ixion, lié à une roue, le malchanceux continuellement éprouvé par les vicissitudes de la fortune. Les Danaïdes, qui remplissent éternellement un vase dont l'eau fuit à mesure qu'elle y est versée, désignent les âmes insatiables de jouissance, qui peinent en vain pour satisfaire leurs désirs toujours inassouvis*. L'ingéniosité des Pythagoriciens se plaisait ainsi à varier l'interprétation moralisante de la mythologie infernale. Même les vieux dictons de l'école furent détournés de leur sens pour devenir des allusions à la métempsycose s.
Un pareil symbolisme aboutissait en réalité à détruire les croyances qu'il prétendait conserver, et les Épicuriens s'en emparèrent pour le mettre au service de leur incrédulité ^ Il ne pouvait être question pour eux de réincarnation, puisque l'âme était détruite au moment du décès par la dispersion des atomes. La transmigration qui, pour les Pythagoriciens, avait été la raison d'être de tout cet allégorisme, fut passée sous silence, et seule subsista la partie négative de la doctrine ; l'affirmation que les supplices du Tartare, dénués de toute réalité, désignaient les tourments que les passions infligent aux humains en cette vie. Lucrèce a pu ainsi introduire dans son poème une digression qui concilie avec les principes de l'épicurisme l'antique mythologie de l'Hadès.
L'adoption de ce symbolisme par les négateurs de l'immortalité était peu