Cf. Festugière, Éficure, pp. 109 ss
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propre à le recommander aux yeux des croyants. La rétribution future attendue de la justice divine put paraître mal garantie par l'hypothèse d'un Enfer purement terrestre. Si la seule punition de la scélératesse était la renaissance dans un corps où l'âme s'abandonnait aux pa.ssions, ce châtiment pouV(ait sembler assez doux à la bassesse d'esprits médiocres. De fait, soutenir que les vdces portent en eux-mêmes leur propre peine et qu'une vie de plaisirs devient cruelle pour celui qui s'y livre, était un paradoxe que l'expérience quotidienne suffisait à réfuter. L'hypothèse d'un Hadès terrestre ne fut jamais accueillie par la majorité des esprits. L'on est frappé de ce fait que dans les milliers d'inscriptions fiméraires, grecques ou latines, il n'en est aucune qui fasse clairement allusion à la métempsycose i. On pourrait supposer qu'elle n'y est pas mentionnée parce que la réincarnation étant conçue comme un châtiment, les épitaphes évitent d'en parler, de même qu'elles se taisent sur les peines que l'ombre peut subir dans les Enfers, et que dans l'immense production de la sculpture funéraire on voit représentées très rarement des scènes du Tartare". Mais si la croyance à la transmigration avait été largement répandue, l'épigraphie funéraire nous apprendrait au moins que le défunt s'est soustrait à la nécessité d'une renaissance pour gagner le ciel. En réalité la métempsycose impliquait une conception péjorative de la vie terrestre, regardée à la fois comme une peine et une pollution Son séjour ici-bas soumettait nécessairement l'âme à la souffrance et à l'avilissement. Pourtant à ce pessimisme foncier s'opposaient non seulement la recherche épicurienne du plaisir, mais l'optimisme de la plus puissante des sectes philosophiques, le stoïcisme, qui enseignait que la vie est un bienfait reçu des dieux, une fêté à laquelle nous sommes tous conviés ; que les événements de ce monde et le destin de l'humanité sont dirigés par une Providence d'une sagesse et d'une bonté infinies. Cet optimisme, qui avait été aussi celui de la Grèce ancienne (p. 1 16), continuait d'être partagé par l'opinion commune, pour laquelle la vie était un don précieux qu'on craignait de perdre et dont les épitaphes ne cessent de déplorer la privation. L'on peut croire aussi que le bon sens terre-à-terre de la foule romaine répugna toriours à croire que l'intelligence humaine pût êtie transférée dans des brutes obtuses et immondes. Les polémistes se gaussent de ceux qui s'imaginent que l'âme raisonnable se cache dans les
1. Toutes les inscr. invoquées ont un sens doutjeux ; Kaibel, Epigr., 304 ; cf. Rohde, tr. fr., p. 580, n. 4 ; Epitaphe de Panticapée : Symbol., p. 33, notje ; CIL, VI, 13528, = C. E. 1550.