CHAPITRE IV. — TRANSFORMATIONS DES ENFERS
hostiles. Ils s'étendent, en;seigne-t-on aussi, sur tout l'espace compris entre la terre et la lune, où commence le. séjour lumineux et paisible des dieux et des Elus. Dès lors l'âme sera soumise, avant d'être purifiée, à d'autres épreuves encore. Sans doute de vieilles idées orien,tales sur l'océan céleste et le fleuve de feu furent-elles formulées avec une rigueur nouvelle par les: philosophes qui exposèrent la doctrine de la purification par les éléments'. L'air, l'eau et le feu forment, suivant les cosmographes, des zones concentriques, toujours en mouvement autour de la terre pesante et stable. L'âme après s'être frayé un passage à travers l'air épais, qui est le plus proche de nous, traveree nécessairement cette partie du ciel où les nuages se rassemblent et d'oii tombent les pluiesi, laquelle est humide et embrumée à cause des exhalaisons de la terre, et elle pénètre ensuite dans la région ignée qui s'étend au-dessus. C'est à un triple châtiment par l'air, l'eau et le feu, qu'elle est donc soumise, ce qu'après Cicéron, Virgile a ^exprimé dans des vers souvent commentés 2. Parmi les âmes « Igs unes s'envolent légères suspendues aux vents, pour d'autres le péché qui les infecte est lavé dans un gouffre immense ou brûlé par le ficu ». Le stoïcisme voyait dans les tares qu'il fallait effacer, des sortes d'excroissances, enracinées dans les âmes conçUtCs comme matérielles, et qui y laissaient des cicatrices profondes ^.
Cette doctrine du passage au travers des éléments n'a pas été seulement celle de théologiens spéculatifs. Elle a pénétré dans les mystères*, surtout dans ceux de Bacchusi, où les mystes étaient soumis à des fumigations par la torche et le soufre, à des ablutions, puis à une ventilation, afin que, purifiés par le feu, par l'eau et par l'air, ils pussent éviter les épreuves semblables Hans Une autre vie (Fig. 3)^. Dans le rituel, cette cathartique était rappelée aux bacchants par l'emploi du van mystique (ATxvov). Le van agité par le moissonneur nettoie le blé en le dépouillant de la baie qui l'enveloppe et des pailles qu'emportent Ips souffles de l'air ; de même les vents enlevaient les