CHAPITRE IV. — TRANSFORMATIONS DES ENFERS
vers harmonieux une pensée ondoyant©, il rappelle cette eschatologie savante, la purification., l'ascension, la transmigration des âmes, à propos de ce qui aurait pu être seulement le récit d'un voyage mferveilleux au pays des morts. L'unité de la conception et de la composition pouvait ne point paraître sérieusement compromise., puisque les anciens poètes, avaient déjà d]ans leurs vers voulu indiquer, croyait-on, ces vérités philosophiques sous le voile de l'allégorie. La descente aux Enfers prend donc., chez Virgile, une portée beaucoup plus élevée que ne l'aurait eue un simple exercice littéraire. Elle est l'expression d'une conviction ou du moins d'une espérance, et non une fantaisie brillante exécutée sur un vieux thème poétique^.
Les inscriptions!, comme les écrivains, prouvent que la croyance au séjour des âmes dans l'atmosphère s'était largement répandue. Mais elle ne réussit pas à éliminer complètement l'idée d'un enfer souterrain., et celle-ci devait finir par s'imposer de nouveau;, à la fin du paganisme, en changeant il est vrai de caractère.
Une foi qui a longtemps dominé les esprits ne disparaît qu'avec peine et laisse derrière elle des traces persistantes dans les sentiments et dans les usages. N'avons-nous pas vu se perpétuer jusqu'à nos jours dans l'ancienne Gaule la coutume de placer dans la bouche ou la main du mort la pièce de monnaie qui servait à payer à Charon le passage du Styx^f?
Si l'on parcourt les recueils d'épitaphes métriques, on verra qu'elles continuent en grand nombre à parler des Champs-Elysées et du Tartare^ et de tous ces figurants du drame des Enfers que la poésie grecque avait popularisés ; mais toute cette phraséologie de la langue versifiée, nous avons déjà noté ce point, n'est pas autre chose que réminiscences littéraires ou métaphores traditionnelles ■\ Cependant parfois cette mythologie infernale est curieusement développée. Ainsi la longue inscription d'un tombeau romain * nous montre un jeune homme descendant de l'éther pour annoncer à ses proches qu'il est devenu un héros céleste et ne s'est point rendu dans le royaume de Huton. « Je ne m'enfoncerai pas tristement vers les ondes duTartare, je ne serai pas l'ombre à qui l'on fait passer les flots de l'Achéron, et je ne repousserai