CHAPITRE IV. — TRANSFORMATIONS DES ENFERS
la doctrine qui enseignait l'existence de démons entre les dieux et les hommes ^ ; des données éparses dans les oeuvres des écrivains grecs, surtout chez Plutarque^ et chez Porphyre s, permettent d'apercevoir sur quelles affinités s'est fondé ce syncrétisme. Nous distinguons les grandes lignes du système et en apprenons même certains détails caractéristiques.
Les démons bienfaisants et les démons pernicieux sont opposés par un dualisme fondamental, étranger à la religion comme à la philosophie helléniques. Les premiers sont identifiés avec les yazatas, déités subordonnées à Ahoura- Mazda et exécutrices de sa volonté. Ces génies étaient coniparables aux émissaires envoyés par le Grand Roi et qu'on appelait ses yeux et ses oreilles*, ou pour mieux dire, ils ressemblaient aux satrapes à qui le monarque déléguait ses pouvoirs pour gouverner la terre''. Ils favorisaient les justes et châtiaient les impies ; en faisant souffrir leurs corps, ils atteignaient les âmes logées dans cette enveloppe, comme chez les Perses l'on arrachait et l'on fouettait les vêtements et la tiare des grands à qui une punition devait être infligée".
Les démons malveillants et malfaisants ne sont autres que les dévas soumis à Ahriman. Celui-ci, presque égal en pouvoir à Ahoura Mazda, dont il forme l'antithèse, peut être défini comme un dieu, ou pour mieux dire un anti-dieu (àvTÎGsoç); mais il est appelé plus proprement démon''. Il est le chef des hordes d'esprits pervers et trompeurs qui répandent une infinité de maux sur la terre *,. Les sombres sacrifices nocturnes qu'on leur offre doivent les apaiser et détourner les effets de leur hostilité ^ Mais les âmes coupables précipitées dans l'Hadès deviennent les victimes de ces démons implacables qui habitent le monde souterrain'". Leur malignité les prédestinait à devenir des tortionnaires.
1. Plut., De defectu orac, 10, p. 415 a. — Mages hellén., II, p. 16, B. 5.