CHAPITRE V. — LES MYSTÈRES
les magistrats des cités eux-mêmes participaient, sous les Césars, à la folie publique des bacchanales ' .
Il est certain que les thiases furent introduits en Italie dès l'époque de la plus ancienne colonisation grecque". Une inscriptibn de Cumes nous montre qu'au début du V^ siècle ils avaient leurs cimetières particuliers (fig. 6), où. seuls les initiés étaient admis ^ et d'autres indices nous montrent que le dieu du vin était aussi dans la Grande Grèce le dieu des morts*.
Platon ^ fait dire à un Lacédémonien : « A Tarente chez nos colons, j'ai vu toute la ville s'enivrer à l'occasion des Dionysies, mais rien de pareil ne se passe chez nous ». On peut se figurer quels débordements provoquait le carnaval bachique dans une ville opulente adonnée aux plaisirs. Or ce sont probablement des captifs, ramenés à Rome après la prise de Tarente^, qui y introduisirent ces mystères, que devait interdire rigoureusement le sénatusconsulte des Bacchanales, en 192. Les beuveries bruyantes et violentes de banquets, les libations capiteuses qui faisaient perdre la raison, le dévergondage favorisé par un culte phallique dans des réunions nocturnes de mystes des deux' sexes, devaient faire condamner par la stricte et froide moralité romaine ces conventicules occultes, même si le meurtre de Dionysos enfant déchiré par les Titans n'y était pas reproduit par l'immolation de victimes humaines \ Sur l'ordre du Sénat les sociétés bachiques furent dissoutes et leui's adeptes traqués dans toute la Grande Grèce comme à Rome. Après cette répression impitoyable le silence règne sur la présence de thiases en Italie pendant un siècle et demi. Mais la surveillance des autorités ne se relâcha pas. En 139 des sectateurs de « Jupiter Sabazius » — proche parent de Dionysos, — qui ideritifiaient leur dieu phrygien avec le lahvé Sabaoth des Juifs, furent expulsés; par le préteur en même temps que les astrologues « chaldéens ^ » ,
1. Lucien De saltat., 79; Augustin, Epist., 17, 4; cf. Strabon, XI, p. 512; Am. J. A., /. c, p. 234, n. 8.
2. Relig. or., p. 197; Kern, R. E., s. v, « Mysterien », col. 1304 ss.; Maiuri, La villa dei Misteri, 193 1, p. 165 ss.