Rel. or., p. 60 ss.; 306, n
Une brève indication d'un scoliaste nous apprend que César « transporta le premier à Rome » les cérémonies de Liber pater', c'est-à-dire qu'il y réintroduisit le culte bachique et que celui-ci, qui y resta pratiqué, ' faisait remonter son origine à un acte du dictateur. Sans doute César, pour donner satisfaction à des tendances mystiques qui commençaient à s'affirmer dans la population mêlée de l'Urbs, voulut-il y transférer des bacchanales assagies et policées,, telles qu'on les célébrait à Alexandrie, alors la ville modèle dont Rome aimait à s'inspirer. D'autre part la grande dédicace de Torrenova nous a appris comment, sous les Antonins, de hauts fonctionnaires originaires d'Asie Mineure purent instaurer dans la capitale un thiase nombreux, organisé comme ceux de leur patrie "^ Le culte romain de l'Empire apparaît ainsi comme le successeur de ceux dont les excès avaient été bannis ou tempérés dans les Etats bien ordonnés des Ptolémées et des Attalides. De même à Athènes, sous les Antonins, les règlements des lobacches témoignent du souci de maintenir la décence, d'éviter toute altercation dans des réunions où l'ébriété pouvait favoriser le désordre ^
Cette transformation progressive de la religion dionysiaque affecta profondément sa conception de l'immortalité. Aux origines lointaines des bacchanales, l'exaltation morbide qu'elles provoquaient était probablement, comme dans les fêtes des tribus sauvages, la seule jouissance qu'on y recherchât, la seule fin qu'on se proposât*. Cette folie collective secouait le joug qui pesait sur la conscience de l'homme raisonnable, et elle semblait lui communiquer une puissance surhumaine. La surexcitation pathologique produite par des danses giratoires et des courses épuisantes, par une tension nerveuse de l'être entier poussée jusqu'au paroxysme, provoquait des hallucinations où les mystes se figuraient commander à toute la nature. Les bacchantes, lorsqu'elles étaient possédées, faisaient couler des rui'sseaux de miel et de lait^. L'extase (^exaTacrtç) est proprement la « sortie » de l'âme qui, quittant passagèrement sa demeure corporelle, s'affranchit de toutes les limitations de sa condition normale. Cette âme devient semblable à son dieu, ou pour niieux dire ce dieu la possède (xaTÉyei) et il s'identifie avec elle. La participation aux orgies, l'enthousiasme
1. Servius, Ed., V, 29 : « Caesarem constat primum sacra Liberi patris Rotnant transtulisse » .