CHAPITRE V. — LES MYSTÈRES
Parmi ses multiples fonctions, Isis est conçue à l'époque romaine comme la reine des Enfers, et suivant l'opinion commune c'est dans le monde souterrain qu'elle continue à être adorée par ceux qui l'ont bien servie ' . De même les prêtres enseignent qu''Osiris ou Sérapis règne sur les morts et n'est autre que l'Hadès des Grecs. Ses fidèles restent persuadés qu'il habite les entrailles de la terre ^. Mais un passage de Plutarque^ nous révèle comment une interprétation platonicienne s'opposait à cette tradition sacerdotale. En réalité le dieu siège très loin de la terre et n'est souillé par aucun contact avec ce qui est sujet à la corruption et à la mort. Les âmes, tant qu'elles sont enfermées dans les corps, n'ont point de commerce avec lui, et l'intelligence philosophique même ne l'aperçoit que comme dans un rêve indistinct. Mais lorsque ces -âmes désincarnées se transporteront dans l'Invisible*', le dieu lui-même deviendra leur guide et leur roi, et, étroitement attachées à lui, insatiables de sa vue, elles s'éprendront passionnément de sa beauté ineffable et inconnue des hommes.
A côté de cette forme mystique d'une immortalité contemplative où des croyances égyptiennes se combinent avec des idées platoniciennes, une autre doctrine était conjointement admise, La théologie égyptienne ne s'est jamais souciée d'établir un accord cohérent entre les notions qu'elle avait admises. Le principe de contradiction n'existe pas pour elle, et des traditions opposées y ont subsisté concurremment, sans qu'on se mît en peine de les harmoniser. Le vague de l'esprit égyptien s'accommodait sans peine de telles divergences. Ceci est vrai en particulier de l'eschatologie.
Selon le récit d'Apulée, son héros déjà initié à Isis, apprend à Rome qu'il doit l'être aussi à Osiris, car si les cultes des deux divinités sont associés au point de n'en former qu'un, leurs rites diffèrent grandement®. Lucius voit alors en songe un membre du clergé, vêtu de lin, portant un thyrse, des rameaux de lierre et des symboles secrets, qui l'invite à préparer un abondant festin religieux. Le • lierre et le thyrse caractérisent Dionysos, à qui Osiris ou Sérapis sont constamment assimilés ^ L'admission du néophyte
I, Plut., De Iside, 78, p. 383 a ; cf. l?e%. or.^ p. 245, n. 109.
a. Apulée, XI, 6 j X, 21 ; XI, 25. Cf. Papyr. magiques, V, 402 s. Preisendanz.