‹ Lux perpetua [microform]Chapitre 29 sur 468 · II. — Les offrandes funéraires · texte numérisé non relu

II. — Les offrandes funéraires

La mentalité primitive a cru les morts soumis à toutes les nécessités de l'être vivant. Dans l'étroit logis qu'ils habitent ils continuent à réclamer les. soins qu'on leur accordait dans la demeure spacieuse dont ils étaient les maîtres en ce monde et un devoir impérieux commande de les satisfaire, lorsqu'ils l'ont mérité ^. Avant tout, on doit offrir aux défunts des aliments 2, car comme le corps humain, le simulacre qui le remplace a besoin de nourriture pour subsister ^ Sa vie débile et précaire ne se prolonge que si elle est constamment sustentée. Les morts ont faim, et surtout ils ont soif. Ceux dont toutes les humeurs sont taries, dont la bouche s'est desséchée, sont torturés par le t^esoin de rafraîchir leurs lèvres parcheminées^. Ce n'est donc point assez de placer une seule fois dans la tombe des boissons et des mets, dont on a fréquemment retrouvé les restes à côté du squelette *, il faut encore par des sacrifices périodiques fournir aux Mânes des aliments frais. Privés de nourriture, ceux-ci languiraient sans énergie comme un homme à jeun, et resteraient presque sans connaissance ; à la longue ils mouraient une seconde fois et définitivement d'inanition. C'est pourquoi, dans ce genre de sacrifice, la chair des victimes était entièrement consumée par le feu, sans que rien en fût réservé aux assistants. La foule resta toujours persuadée que les offrandes brûlées sur l'autel ou les libations versées sur la fosse étaient consommées par celui à qui on les destinait". Souvent on trouve la dalle tumulaire creusée d'une cavité dont le fond est percé de trous : le liquide qu'on y versait, traversant la plaque perforée, était conduit par un tube jusqu'au squelette couché dans la fosse ou jusqu'à l'urne contenant les

1. Cf. IG, XIV, 1694 = CIG 6695 : Toùç àyu^Joh^ xc' OavôvTaî EÔepyEXEÎv ôsT.

2. Sartori, Die S-peisung der Xloten (Jahresb. Gymnas. Dortmund), 1903.

3. Tertull., De resurr. carnis, i : « Defunctis patentant, quos escam desiderare praesumant » ; cf. Rohde, tr.fr., p. 200, n. 2.

4. Lucrèce, III, 916 5 Properce, IV, 5, 2 ; cf. Pascal, Credenze, I2, p. 187 ; Eitrem, Opferritus, p. 105 et nos Relig. orient., p. 24. — Belluci, Sul besogna ai dissetarsi attribuito ai morti (Archivio per l'antropologia, 1909, XXXIX, p. 1^13 ss.). Dans L'Inde : Oldenberg, Relig. des Veda, p. 588. Persistance en Perse , : Massé, I, p. 107.

5 Cf. notamment les trouvailles de Martres-de-Veyre au musée de Clermont (Audollent, Mém. Acad. Inscr., sav. étrangers, 1023, XIII, p. 275 ss.).

6. Lucien, De luctu, 14 ; cf. infra, III ; Atithol. Pal., XI, 8 ; Kaibel, Epigr., 646, 12. Holocaustes offerts aux morts : Fernand Robert, Z^hymélé, 1939, p. 157 ss.

ossements calcinés ^ . On comprend qu'un incrédule ait, dans son épitaphe, protesté contre cette . pratique : « En mouillant ma cendre de vin, dit-il, tu feras de la boue et mort je ne boirai pas » '. Mais combien d'autres textes montrent la persistance des anciennes idées : « Passant, dit une inscription romaine, les ossements d'un homme te prient de ne point souiller le monument qui les couvre ; mais si tu es bienveillant, verse le vin dans la coupe, bois et donne m'en » ^ .

Les morts réclament d'abord, disions-nous, de l'eau fraîche pour étancher leur soif inextinguible et les libations d'eau furent, chez beaucoup de peuples, et parfois sont restées un acte essentiel du rituel funéraire '. Déjà, dans l'ancienne Egypte on trouve exprimée l'idée que la momie desséchée et racornie est revivifiée lorsqu'on lui restitue par cette offrande liquide les humeurs vitales qu'elle a perdues" et des croyances semblables peuvent avoir persisté jusqu'à l'époque romaine.

Mais c'est surtout du sang chaud des victimes que les âmes sont avides pour revigorer leur faiblesse '*. A l'origine ces sacrifices funéraires étaient souvent des sacrifices humains et ces immolations barbares se rattachent aux croyances les plus primitives de notre race . Parfois elles étaient destinées à conserver à celui qui s'en était allé dans l'autre monde, une épouse, des serviteurs, des amis*, comme regorgement de son cheval devait lui assurer une monture ou celui de son chien un compagnon fidèle dans une existence d'outre-tombe, qui prolongeait celle de notre terre ". Nous aurons l'occasion de reparler de cette coutume sauvage. Ou encore, si un homme a péri de mort violente, le sang du meurtrier

1. Pausan, X, 4, 10. P. Oeconomus, De -profusionis rece-ptaculis (Bibl. soc. archéol. d'Athènes, XXI), igai. E. Dyggve, Collections of the Ny-Carlsberg Glyptothek, III, 1942) p. 225 s. ; Westrup., I, p. 35, p- 38 ; E Cak:a, Necrofoli del Porto di Roma, 1940, p. 54. Cf. notre Catal. sculftures Cinquantenaire^, n° 152.

2. Kaibel, Epigr., 646 = Dessau, 8156 ; cf. Lucien, De luctu, 19.

Page 1