CHAPITRE VI. — SURVIVANCES MYTHOLOGIQUES
tique entre le cheval- et la Mort ou les morts *. Elles appartenaient probablement aux Aryens lorsqu'ils introduisirent le cheval, domestiqué par eux, dans les pays qu'ils conquirent ; et sous l'Empire' Artémidore enseigne encore que si un malade aperçoit l'animal en songe, il succombera 3. L'origine de cette association doit, ce semble, être cherchée dans la coutume d'enterrer ou de brûler des chevaux et des chiens avec leur maître, afin que celui-ci prenne plaisir à retrouver dans une autre vie ces fidèles compagnons de ses courses*. On se souviendra du sacrifice de ces animaux aux funérailles de Patrocle ^. Ces croyances archaïques eurent une persistance si durable qu'elles n'avaient pas disparu sous les Césars. L'orateur Régulus, raconte Pline, fit immoler près du bûcher de son • jeune fils ses poneys, ses oiseaux, ses toutous afin de distraire encore l'enfant dans les Enfers *. Lucien atteste la fréquence de cette pratique et en connaît encore la signification originelle''. L'usage a persisté jusqu'à nos jours de faire suivre le cercueil d'un chef d'armée par son cheval qui, originairement, était égorgé sur son tombeau.
Cette monture., que la mort même ne doit pas séparer de celui qui l'a possédée, peut avant tout lui rendre le service de le transporter jusqu'au monde inférieur. En Grèce, on a retrouvé dans les sépultures, à côté de chaussures, destinées à servir aux piétons, des chevaux de terre cuite, qui devaient faciliter aux cavaliers leur • pénible voyage au pays d'où nul ne revient '. Leur destination est analogue à celle des nacelles mortuaires mises au jour ailleurs. Dans une tombe de Pergame, l'on a même pris soin de 'déposer les éperons à côté du cheval '.
Mais comment continuer à ajouter foi à une chevauchée posthume, si les
1. L. Malten, Das Pferd im Votenglauben (J. A. I., 1914, XXIX, pp. 179-255) ; Ducati, Osserv. suîla demonologia etrusca {Rendic. Ac. Lincei), 1915, p. 515 s.. Comparaison du mort avec un cheval rapide, encore dans un oracle d'Apollonius chez Philostrate, V. A., VIII, 31. N. C. XXL
2. Schrader-Nehring, I, s. v. « Bestatungs Beigaben » ; cf. supra, ch. I, p. 30; infra, N. C. II.