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CHAPITRE VI. — SURVIVANCES MYTHOLOGIQUES

animai fabuleux ^ : un griffon porte sur sa croupe robuste une figure voilée, enveloppée de longs vêtements, qui représente l'ombre du défunt *. Ce monstre, d'origine orientale, était devenu l'animal sacré d'Apollon, et il a pu être substitué à Pégase parce qu'il appartenait, comme lui, au dieu solaire'. Mais ce n'est peut-être là qu'une interprétation tardive, car une relation était établie dès l'époque minoënne eiitre le griffon et la mort, et le célèbre sarcophage d'Haghia Triada figure l'apothéose d'un héros emporté sur un char traîné par deux griffons ailés, tandis que vole au-dessus de ce bige un oiseau, qui est sûrement, dans cette composition, un symbole de l'âme*,

Chur. — L'idée d'un trajet accompli dans un véhicule a évolué parallèlement à celle de la chevauchée. Comme on enterrait ou incinérait avec un puissant seigneur son cheval de chasse ou de bataille, on avait coutume, fort anciennement, d'inhumer à côté de lui son char de guerre ou d'apparat. Cet usage remonte à la préhistoire et il était déjà pratiqué notamment par les Celtes de l'époque de la Tène^. La croyance primitive était pareillement que ce char pouvait être utilisé par son possesseur dans tme autre vie et elle s'est transmise jusqu'à Virgile avec une curieuse fidélité \ Enée voit paître dans les Champs- Elysées les attelages dételés de chars fantômes, car, note le poète, les héros continuent à s'adonner dans le sein de la terre au plaisir captivant qu'ils ont goûté de leur vivant. Si au temps de Pisistrate, lorsque mourut Cimon fils de Miltiade, trois fois vainqueur aux jeux olympiques avec le même quadrige, on enterra ses quatre juments en face de son tombeau au bord d'une route d'Athènes, ce fut manifestement pour lui permettre de satisfaire encore dans l'autre monde sa passion sportive ^ .

Mais tout d'abord ce même char, ainsi que le cheval, devaient conduire le défunt jusqu'au royaume de Pluton\ De nobles personnages habitués à rouler carrosse, ne pouvaient déchoir en faisant ce long trajet en un plus modeste appareil. L'interprétation des représentations sépidcrales qui y voit un

I. Petersen, Ann. Istit., 1860, p. 348 ss. ; Monutn., VI, pi. 43-44 5 cf. Altmann, P- 225 ss. ; nos Et. syr., p. 94, fig. 42.

a. Ombre voilée : Symbol., p. 102 ; p. 322, n. 3 ; De Ruyt, p. 19, n° 42.

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