CHAPITRE VI. — SURVIVANCES MYTHOLOGIQUES
vigoureux rapace lenlevait, non dans ses serres, comme il fait Ganymède, mais sur son dos les mortels jugés dignes de monter vers le ciel. Ce type n'est pas emprunté à la nature ; nul oiseau de proie^ dans aucun pays du monde, n'a jamais soutenu ainsi im fardeau. Un motif aussi étrange s'inspire manifestement d'une légende de la Fable^ peut-être du mythe babylonien d'Elanai, L'ancien Testament nous fournit la preuve que le motif de l'aigle transportant une charge sur le dos était courant dans les pays sémitiques 2. Un récit qui apparaît d'abord dans le Pseudo-Callisthène, a utilisé ce vieux thème oriental ^. Il raconte qu'Alexandre^ arrivé aux extrémités de la terre, voulut entrer au séjour des Bienheureux, Dans cette région vivaient de grands
Fig. 7. — Apothéose d'Homère entre l'Iliade et l'Odyssée.
oiseaux blancs très familiers. Des soldats s'amusèrent à se hisser sur leur échine et ces bêtes merveilleuses s'envolèrent aussitôt en les emportant. Alexandre en captura deux, leur imposa un joug auquel il suspendit un sac de cuir où il s'installa, puis il tendit au bout d'une longue lance un foie de cheval comme appât aux rapaces qui, pour le dévorer, prirent leur essor et élevèrent le conquérant jusqu'au ciel ; après quoi ils le ramenèrent sur la terre. C'est là un conté oriental qui, au cours d'une longue vie, assuma des formes variables et dont les héros sont des personnages divers. Les oiseaux blancs y deviennent parfois des griffons ou des aigles.
C'est encore un aigle qui apparaît portant Homère assis sur son dos dans une