Gabriel Millet, Syria, 1923, IV, p
représentation de l'apothéose du poète (fig. 7) qui décore une pièce d'orfèvrerie d'Herculanum dans le style de la toreutique alexandrine ' . Le même type fut ensuite largement reproduit pour figurer celle des empereurs sur les basreliefs, pierres gravées ou médailles de consécration^. L'aigle, oiseau du dieu solaire^ porte à son maître, les princes qui ont été les protégés et les représentants du Sol invicius sur la terre. Le cérémonial des funérailles impériales à Rome, réglées par un protocole traditionnel, montre combien était restée vivace cette croyance d'origine asiatique. On lâchait toujours du sommet du bûcher, où le cadavre devait être incinéré^ un aigle, qu'on supposait devoir emporter l'âme du souverain vers les espaces éthérés ' .
L'aigle n'exerça pas en faveur des princes seuls la fonction qui lui était dévolue. Le mode singulier d'aviation que les artistes n'hésitèrent pas à imposer aux Césars, fut étendu par eux au commun des mortels. Ainsi sur une stèle funéraire provenant de Rome'*^ on voit un jeune homme drapé dans sa toge, dangereusement campé sur le dos d'un aigle lancé en plein vol. A droite un enfant ailé tenant une torche semble lui montre la- route : c'est Phosphoros^ l'étoile du matin, que la sculpture a souvent représenté sous cette forme devant le quadrige du Soleil''. A terre, un autel rappelle le culte cjui sera rendu à l'adolescent héroïsé et dans le fronton^ près de sa tête, une couronne symbolise la victoire qu'il a remportée sur le trépas. La fantaisie des artistes a même pu combiner l'enlèvement du défunt par un oiseau avec le transport dans un char. Les charmantes fresques du tombeau d'Octavia Paulina, sur la Voie Triomphale, figurent cette fillette conduite dans les Champs Élysées par Érôs sur un bige attelé de deux colombes s.
Nous l'avons fait observer plusieurs fois, la mentalité des anciens admettait la coexistence de traditions contradictoires sur la vie d'outre-tombe, et la juxtaposition de croyances opposées ne la choquait ni dans la poésie ni dans l'art funéraire. Les représentations du voyage dans le ciel nous en offrent maint exemple. Les défunts pouvaient être conduits dans un char ou portés par un cheval ou par un aigle, et l'on voit combinés ou rappelés simultanément deux de ces modes d'ascension. Sur un diptyque consulaire