CHAPITRE VT. — SURVIVANCES MYTHOLOGIQUES
du British Muséum, du sommet du bûcher qui a incinéré son corps un empereur s'élève dans un quadrige, et deux aigles gigantesques, qui prennent leur essor, le guident vers le séjour des dieux 1.
Un sarcophage de la villa Doria-Pamphili représente l'apothéose d'un adolescent 2 : il est emporté au-dessus de la Terre étendue^ monté sur un char que conduit Hermès psychopompe ; mais ce jeune homme, aurige d'outre-tombe, s'appuie en même temps sur un aigle éployé prenant son vol^ qui l'aide à monter dans les airs 3. Plus étrange est le sujet figuré sur une stèle trouvée récemment à Albano près de Rome*. Elle porte l'épitaphe d'un enfant de deux ans qui, ravi par l'aigle de Zeus, dit l'épitaphe, siégera comme parèdre de l'étoile du matin et du soir ; et le bas-relief qui accompagne l'inscription nous montre ce mort héroïsé le front surmonté d'un astre à sept rayons^ chevauchant un coursier lancé au galop, tandis qu'un aigle a saisi dans son bec crochu la corde tressée d'un licol et dirige l'ascension de cette monture d'une ombre.
L'ivoire du British Muséum n'associe pas seulement le char à l'aigle de l'apothéose ,: à sa partie supérieure, l'empereur divinisé est soulevé sur les bras de deux génies des Vents et porté vers les dieux, qui à côté du zodiaque se préparent à l'accueillir. Cette forme de l'ascension est étroitement liée à l'idée du vol des âmes ailées qui fendent les airs. La force des vents pouvait être conçue comme l'intervention, dans l'eschatologie, d'im facteur purement physique, et comme telle se recommander aux yeux des philosophes stoïciens ; mais elle reposait sur un fond mythologique que réussissait mal à dissimuler une interprétation rationnelle. Les Vents étaient pour un polythéisme naturiste des divinités bienveillantes ou hostiles^ qui favorisaient ou contrariaient la montée des esprits des morts. Leur souffle bénin et propice pouvait élever doucement ceux-ci vers leur séjour céleste. Mais les ouragans pouvaient aussi les saisir dans leurs tourbillons, les cyclones les entraîner dans leurs trombes et en airacher violemment les souillures qui s'étaient attachées à eux et les alourdissaient. Nous avons déjà signalé cette double fonction des Vents à propos de la localisation des Enfers entre la terre et la lune^.