Cf. su^ra, ch. III, p. 14a
3' Maniliùs, IV, 14 ; Cf. Relig. orient., p. 165, û. 58.
Le stoïcisme, en adoptant l'apotélesmatique, conféra son autorité philosophique au dogme d'une nécessité irrésistible déterminant, dès la naissance, le cours de la vie de chacun et l'instant de sa mort'. Mais, si un Destin inexorable règle avec une rigueur mathématique le sort qui nous est échu, aucune prière ne peut modifier ses arrêts, et les supplications adressées aux dieux étant impuissantes à obtenir d'eux quelque faveur ou à détourner, grâce à eux, un malheur menaçant, le culte devient inefficace et déraisonnable. 11 se trouva en effet des adeptes éminents de l'astrologie qui proclamèrent cette conviction et s'abstinrent de toute pratique religieuse. Suivant eux les cérémonies sacrées étaient, pour parler comme Sénèque, « les consolations d'esprits maladifs » ''.
C'est ail prix d'un illogisme flagrant que la souple dialectique des Grecs s'efforça parfois de concilier l'antinomie d'une fatalité déclarée omnipotente et de la foi en un secours obtenu des étoiles divines par la piété envers elles'^, et que la religion même prétendit soustraire les âmes d'élite à la domination de la Nécessité*.
En outre, la morale présupposant le libre arbitre, le déterminisme détruit la responsabilité : c'est le reproche constamment adressé à l'astrologie par ses adversaires '\ Si le caractère et les actions des individus dépendent fatalement de la position des étoiles, s'ils sont des héros ou des criminels nés, il n'y a plus ni mérite, ni démérite, ni vertu, ni vice ; les récompenses et les châtiments ne se justifient ni en cette vie ni en l'autre, et la doctrine d'une rétribution posthume est dépourvue de fondement.
Aussi voyons-nous l'astrologie scientifique, telle que l'ont formulée les Grecs, faire abstraction de la destinée d'outre-tombe et limiter ses prédictions à la vie terrestre*. Elle élimine systématiquement toute indication sur le sort que les influences astrales réservent aux défunts dans l'au-delà. Les théoriciens
1. Sénèque, De Provid., V, 7 : « Fata nos ducunt, et quantum cuique temporis restât, prima hora disposuit ». Ci. Relig. or., p. 286, n. 18, et infra, p. 308, n. z.
2. Sén., Quaest nat., II, 35 « Expiationes et procurationes nihil aliud esse quamaegrae mentis solatia. Fata inrevocabiliter ius suum peragunt, nec uUa oommoventur preoe » ; Suétone, Tibère, 60 : « Circa deos ac religiones neglegentior, quippe addictus mathematicae plenusque persuasionis cuncta fato agi ». Cf. Manéthon, I, 196 ss. ; Relig. or-, p. 290, notes 65-66 ; Egypte astr., p. 205, n. 2.
3. Cf. Relig. or., p. 67 ; Bouché-Leclercq, Astrol. gr., p. 28 ss.
4. Cf. p. ex. les Oracles chaldaïqîies, infra, ch. VIII, p. 361. — N. C. XXII.
5. Sur cette polémique, cf. Bouché-Leclercq, of. cit., p. 593 ss., p. 620 ss.
6. Cf. sur ce qui suit l'Egypte astr., p. 205 ss.. L'abbé Drioton, R. A., 1988, p. 272» note que déjà les présages égyptiens ne font aucune place à la destinée des morts.