‹ Lux perpetua [microform]Chapitre 338 sur 468 · CHAPITRE VII. — L'ASTROLOGIE ET LES MORTS PRÉMATURÉES · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. — L'ASTROLOGIE ET LES MORTS PRÉMATURÉES

naturelle ou fatale et la mort accidentelle, provoquée par quelque intervention perturbatrice 1. La première, pour parler comme les physiciens, est celle qui est promise à chacun par sa nature, soumise à des lois rigoureuses ou, pour s'exprimer comme les mythographes, par les décisions sans appel des Parques, ou, si l'on en croit les astrologues, par le jeu compliqué des étoiles. A tout individu, dès sa naissance, est assignée une certaine durée de vie : celui qui prolonge celle-ci jusqu'au terme qui lui a été fixé, meurt selon son destin (jtaTa p.oTpay), à son jour {sua die), de sa mort {sua morte) — nous dirions de sa belle mort 2. Mais les théoriciens eurent beau affirmer que cette fatalité ne souffrait pas d'exceptions et s'imposait inexorablement, la foi naïve de la foule ne partageait pas ce sentiment. De même que, tout en iadmettant avec les astrologues et les Stoïciens qu'une nécessité inéluctable gouvernait le monde, l'iiommc du peuple continua de prier les dieux dans les temples de détourner les maux dont il se voyait menacé, pareillement il consentit, en dépit de la logique, que la longueur de la vie accordée par le Fatum fût raccourcie par l'interposition arbitraire d'une volonté humaine troublant l'ordre du cosmos. L'astrologie prétendait calculer exactement le nombre des années qu'un thème de géniture promettait au nouveau-né, mais, malgré le déterminisme absolu qu'impliquait ses postulats, elle ne réussit pas à éliminer, imême chez ses adhérents, l'idée que certaines personnes mouraient « avant leur heure {ante horarn) ou leur jour « {ante diem), « avant leur destin » (upb

Le pythagorisme, qui subit l'ascendant de l'astrologie, s'empara de ces idées et les adapta à ses spéculations. Selon cette philosophie une même harmonie préside à tous les phénomènes physiques, et cette harmonie, comme la musique, est soumise à des lois numériques*. Ces lois s'appliquaient donc à la durée de la grossesse, et une arithmétique compliquée était mise en œuvre pour prouver, par la somme obtenue, que l'enfant naissait viable à sept ou neuf mois, mais non S huit — car telle était la doctrine de la secte et elle s'est perpétuée dans le folklore jusqu'à nos jours. La gestation devenait ainsi une mélodie dont l'avortement était une fausse note. La nature, disait-on, ressemble à un artiste qui parfois brise l'instrument dont il tend trop les cordes et parfois,

1. Schulze, Der "Cod des Kambyses, S. A. B., 1912, p. 685-703.

2. Sénèque, Epist., 69, 6 ; Plutarque, Consol. ad Apoll., 25, p. 114 D. ; cf. Schuke, p. 693 ss.

Page 1