Frazer, Crainte des morts, t. fil, p. 82 ss
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imaginations de certains sauvages et les doctrines des théologiens du paganisme. Comme l'indiquent les rapports des ethnographes, certains non-civilisés sont persuadés que les morts par violence ne peuvent être admis dans le royaume des esprits, mais continuent à rôder sur la terre à la recherche des ennemis qui les ont abattus dans la fleur de leur jeunesse. Si on se les figure dans la demeure des morts, ils y habitent — comme dans l'Enéide ■ — un séjour particulier * . Par ses rites magiques l'homicide espère non seulement rendre inoffensif l'esprit de sa victime, mais l'obliger à être son serviteur dans l'autre monde. Si l'on néglige d'accomplir exactement les actes qui doivent garantir contre l'animosité du spectre errant, celui-ci s'introduira dans votre corps et l'accablera de maladies, ou bien il troublera votre intelligence et causera la démence, et même il réussira à provoquer votre mort. Ainsi de frappantes similitudes entre les croyances de régions fort éloignées de la terre montrent que celles qui continuaient à avoir cours à l'époque historique chez les peuples les plus civilisés, remontaient à ime origine lointaine et appartenaient à la mentalité la plus primitive.
Les Grecs ont déjà partagé la conviction que la victime d'un meurtre, devenu?- un esprit vagabond, s'efforçait de nuire à son meurtrier ; Rohde en a réuni des preuves multiples 2. Nous nous bornerons à citer un témoignage, particulièrement caractéristique, de Platon \ Il invoque l'autorité d'un mythe, « vieux parmi les anciens », probablement orphique. « Celui qui a été mis violemment à mort, s'irrite de son décès contre l'auteur de ce crime. Rempli d'effroi et d'épouvante à cause de cette violence qu'il a subie, et voyant son meurtrier fréquenter le séjour auquel lui-même était accoutumé, il s'en effraie, et, troublé, il trouble de tout son pouvoir l'homicide ». C'est pourquoi celui-ci doit absolument éviter les lieux où il court le risque de rencontrer le spectre courroucé. Les âmes, dit Tertullien*, qu'une fin cruelle et prématurée a arrachées à leur corps par la violence et l'injustice, sont elles-mêmes portées à la violence et à l'injustice pour tirer vengeance de l'offense qu'elles ont subie. Une croyance, dont encore à l'époque romaine les philosophes se sont faits les interprètes, voulait que ces âmes demeurassent près .du cadavre ou autour