CHAPITRE VII. — L'ASTROLOGIE ET LES MORTS PRÉMATURÉES
valent causer. Les Grecs croyaient que ces esprits brutalement désincarnés devenaient semblables aux démons subtils et pernicieux dont l'air était rempli. Comme eux, ils faisaient partie de la suite d'Hécate, déesse des enchantements, et comme eux^ ils étaient soumis au pouvoir des magiciens 1. 'Dans l'île de Lesbos, Gello, vierge enlevée avant l'âge, devient un fantôme qui tue les enfants et cause les décès précoces. Il suffisait qu'un adolescen,t, qu'une jeune fille eussent succombé prématurément pour qu'on soupçonnât le poison, un maléfice ou quelque machination impie d'avoir causé leur perte. Nous avons conservé une quantité de sépultures de ces morts, privés de la lumière avant leur maturité, sur lesquelles ont été sculptées deux mains dressées la paume en avant, tendues vers le ciel par un geste de prière : Ces « mains Supines » supplient les dieux et spécialement le Soleil justicier, « qui voit tout », à qui aucun crime ne reste caché, de puniri l'assassin inconnu qui a fait périr un innocent 2. Ainsi ceux qui meurent à la fleur de l'âge sont fréquemment regardés comme les victifnes d'un attentat, et l'on s'explique dès lors que ces « ahoies » soient souvent associés aux « biothanates » et '-que leurs destinées soient pareilles.
Voyons donc comment l'on se figure l'action malfaisante de ces derniers. Frazer, étudiant à travers le monde entier les croyances qui s'attachent à ces biothanati^, constate que parmi les esprits des morts, qui tous éveillent Teff roi, ils sont jugés particulièrement redoutables. En les privant de la vie, on leur a causé un mal dont ils cherchent à tirer vengeance ; ils poursuivent le meurtrier, s'ils peuvent le découvrir, soit qu'ils aient été tués à la guerre ou qu'ils aient succombé à un assassinat. Mais comme dans leur courroux ils confondent souvent les innocents et les coupables, ils deviennent dangereux pour toute la communauté, et il importe de multiplier contre eux les précautions. Frazer, selon sa cout-ume, a accumulé une foule de témoignages qui prouvent l'existence de telles croyances chez les peuples , des deux hémisphères et il a montré qu'on recourait aux opérations ou cérémonies les plus étranges et les plus compliquées pour se protéger contre la fureur de ces terribles démons en les dépistant ou en se prémunissant contre leurs coups. Les mêmes conceptions provoquant des réactions semblables, on peut faire des rapprochements curieux entre les