CHAPITRE VU. — L'ASTROLOGIE ET LES MORTS PRÉMATURÉES
du tombeau ou près du lieu où l'attentat avait été perpétré'. Suétone rapporte gravement que la maison où Caligula avait été assassiné, fut hantée toutes les nuits d'apparitions terribles, jusqu'au moment où elle fut détruite par un incendie * . Le meurtrier, obsédé par ses remords, voyait dans ses cauchemars réapparaître menaçante l'ombre de sa victime ; de là la croyance que celle-ci^ sortie du sépulcre, poursuivait celui qui lui avait ravi la vie*. « Dès que condamné par vous à périr, j'aurai expiré », dit chez Horace*, l'enfant immolé par les sorcières, « je hanterai vos nuits comme une furie, je déchirerai vos visages de mes ongles crochus, comme le peuvent les dieux Mânes, et pesant sur vos cœurs angoissés, je vous enlèverai le sommeil par cette épouvante ». Après l'assassinat d'Agrippine, Néron, de son propre aveu, fut souvent troublé par l'apparition du spectre de sa mère et tenta de calmer son ressentiment par un sacrifice et une évocation qu'il fit faire par des magiciens ^. Un scoliaste définit les Lémures nocturnes : « les ombres errantes des hommes morts avant le jour normal, et par suite redoutables 6. » Elles étaient condamnées à flotter çà et là, misérables et vagabondes près de la terre ou à la surface des flots, transformées, comme celles des défunts laissés sans sépulture en démons voletant dans les airs. De même que les insepulti n'obtenaient pas le repos dans la tombe avant que les rites funèbres eussent été accomplis sur leurs restes ', pareillement pour que les biothanati trouvassent le repos, il fallait que leurs Mânes fussent apaisées par le châtiment des assassins *. Cette assimilation des deujf: catégories d'âmes en peine, devenues démoniaques, que nous trouvons rapprochées par Virgile et par TertuUien remonte, nous l'avons vu (p. 309), à l'ancienne Babylone où les unes et les autres étaient mises simultanément au service des sorciers. C'est en Orient qu'on continue à les trouver le plus fréquemment unies ,dans les textes magiques jusqu'à l'époque romaine. Ainsi, pour prendre cet exemple, une série de conjurations, datant du m^ siècle de notre ère, découvertes dans l'île de Chypre, fait appel