Cf. Tite Livcj III, 58, 11 ; Suét., Aug
à la fois aux esprits des morts jetés dans la fosse commune, à ceux qui ont péri par violence ou avant l'âge, ou qui sont privés de sépulture'.
Les nécromants s'attribuaient la puissance de faire surgir des Enfers les fantômes de tous les défunts, mais ils évoquaient de préférence les ombres de ceux qui avaient succombé à ime mort violente ou prématurée. Les papyrus magiques, pour nombreux qu'ils soient, ne forment qu'une partie secondaire de la littérature consacrée autrefois à ces pratiques néfastes. Nous apprenons notamment par Tertullien * qu'Ostanès le Mage perse, Nectabis l'Egyptien et d'autres théoriciens illustres des sciences occultes s'étaient occupés longuement des évocations des « ahores » et des « biothanates ».
Par des cérémonies occultes, où persiste la tradition d'antiques croyances, ils pensaient se rendre maîtres de l'âme en agissant sur le corps. L'idée primitive que celui-ci reste lié de quelque façon à l'esprit désincarné, qui avait été son hôte temporaire, inspire les pratiques de cette magie noire.
Nous avons parlé de ces évocations à propos des nécromants (p. 107), et rappelé comment ceux-ci s'efforçaient d'obtenir quelque portion du cadavre, ou, à défaut de restes corporels, quelque objet ayant appartenu au défunt, et comment ils n'hésitaient pas, pour se les procurer, à violer les tombeaux, ou même à mettre à mort des enfants pour faire servir leur sang et leurs entrailles à des pratiques scélérates. Cicéron, Horace, Pétrone, d'autres auteurs encore, décrivent ou mentionnent ces assassinats des nécromants et il n'est pas douteux qu'ils aient été parfois perpétrés, bien que les papyrus magiques taisent prudemment ces crimes que punissait la sévérité des lois répressives. L'on voit par le détail de ces opérations néfastes que les ombres des morts privés trop tôt ou violemment de l'existence étaient particulièrement aptes, par leur nature malveillante et leur caractère vindicatif, à satisfaire la haine qu'on nourrissait contre un ennemi, en l'accablant de maux physiques ou moraux, voire en hâtant sa fin, si l'on voulait se défaire de lui.
De Virgile nous sommes descendus dans les bas-fonds les plus sombres de la superstition orientale. Nous allons remonter vers la lumière en prenant pour guides les philosophes.
1. Audollent, Defix. tabellae, 22, 31 ; 24, 17 ; 26, 30 ; 28, 21, etc.
2. Tertull., De anima, $^ ; Mages hell., I, p. 184 ; II, p. 288.