CHAPITRE VII. — L'ASTROLOGIE ET LES MORTS PRÉMATURÉES
On pourrait multiplier les exemples de ces apothéoses précoces. Nous indiquons seulement, en invoquant un cas caractéristique, comment les préjugés populaires ont pu se combiner pour les « ahores » avec la doctrine de l'immortalité astrale. Une croyance répandue chez des peuples divers veut que les retraites des bois ou la profondeur des eaux soient peuplées de génies féminins, qui s'éprennent de la beauté des jeunes gens et les enlèvent pour les associer à leur vie. En Gaule, comme chez les Celtes d'Ecosse et d'Irlande, de nombreuses légendes gardent le souvenir de fées qui hantent les grottes sylvestres^ les sources fraîches ou les rivières transparentes 1. Suivant le folklore celtique la mort n'est naturelle que pour les vieillards ; lorsqu'on périt à la fleur de l'âge, c'est qu'on a été aimé par une fée 2, De même les anciens attribuaient aux Nymphes rustiques des pouvoirs étranges que le paysan grec d'aujourd'hui reconnaît encore aux Naraîdes^. Parfois ces déités fantasques s'emparaient de l'esprit des hommes et les transformaient en voyants ou en déments (vufji.(p6AY]TCTot) *. Mais surtout elles avaient une passion pour les jolis enfants et les dérobaient à leurs parents, non pour leur nuire, mais pour les emporter dans leurs retraites oii ils jouissaient avec elles d'une vie immortelle^. La Fable racontait que le bel Hylas avait été ainsi ravi à Cius, et la sculpture funéraire s'est plu à figurer ce mythe, en particulier sur les tombeaux d'enfants ^ L'adolescent dont l'amour des Nymphes avait fait un bienheureux^ était le prototype du destin réservé aux défunts dont la sépulture portait son image. Sans doute à l'origine était-ce au fond des bois, dans les antres des montagnes, près des sources limpides que les Nymphes entraînaient ceux dont elles faisaient les compagnons ou les compagnes de leurs ébats divins ^ ;
1. Sébillot, Folklore de France,!, p. 439 ss.; II, pp. 192 ss.; p. 344. — Cf. Abeghian, ûie armenische Volksglaube, p. 105 ss., p. 108.
2. Le Braz, Légende de la mort chez les Bretons^, 1902, Introd., p. XXII.