IG, XIV, 2067 ; Kaibel, Ep
32é LUX PERPETUA
ou bien c'était dans les eaux profondes des fleuves que l'enfant devait être soustrait à la mort : Isidora, noyée dans le Nil, est divinisée, et les Nymphes qui l'ont ravie lui ont construit le temple où lui sera rendu un culte différent selon les saisons ^ ; ou encore on se le figurait, quittant la terre et se mêlant au cortège des Naïades dans les prés fleuris des Champs-Elysées 2'. Mais il se produisit aussi une combinaison entre cette croyance populaire et celle des vents ravisseurs qui saisissent les âmes aériennes (p. 208). Les Nymphes ou Néréïdes provoquent dans l'air des tourbillons, et cette trornbe qui passe enlève les enfants qui n'ont pas été gardés avec assez de soin les jours de tempête s. Ainsi paraît être née l'idée que, comme le souffle des Vents élève les âmes à travers l'atmosphère, c'est vers le ciel que les Nymphes emportent les enfants dont elles se sont emparées. Une épitaphe latine dit qu'un bambin de huit ans raptus a Nymphis est une anima boita superis réédita^, et suivant une épigramme grecque c'est dans « les demeures immortelles de l'éther » que les Naïades ont placé une fillette de cinq ans dont le charme les avait séduites ^ Transférés au ciel, ces êtres chéris furent érigés par la tendresse de leurs proches en protecteurs de la famille où vivait leur souvenir, des amis qui partageaient les mêmes regrets. La religion adopta donc une opinion tout opposée à celle de la magie, pour laquelle les « ahores » sont des esprits maléfiques. Qu'ils soient appelés en Grèce héros ^ ou ailleurs dieux "', qu'ils soient identifiés avec Cupidon ^ ou avec quelque autre divinité, ils sont toujours conçus comme des puissances tutélaires, qui reconnaissent par les bienfaits qu'ils répandent le culte qui leur est rendu par leurs proches^. Ainsi, au inilieu du ne siècle, la familia d'un proconsul d'Asie, C. Julius Quadratus, honore comme
1. SE G, VIII, 473, 474. — Ceux qui pieurent dans le Nil sont divinisés (Hérodote II, 90) ; sur cette croyance égyptienne, cf. Griffith, Zeitschr. f. aegyft. Sfrache, 1909, XLVI, p. 132 ss.; Kees, Ibid., 1913, LI, p. 127 ss., et Studies presented to Griffith, 1932, p. 402.
2. CIL, m, 686 = C E, 1233, cf. su-pra, p. 255 ; Staoe, Silves, II, 6, 10. Cf. C. E., 1143. — En Grèce : enfant, joie de la demeure de Perséphone, AnthoL, VII, 483.
3. A. B. Cook, Zeus, III, p. 163 ss. — Abeghian, op. cit. y p. 105 ss.