CHAPITRE VIL — L'ASTROLOGIE ET LES MORTS PREMATUREES
Une étymologie arbitraire fit des Champs-Elysées un séjour appartenant en propre aux foudroyés * . Toutes ces idées se sont répandues avec la propagation de l'immortalité astrale par le pythagorisme. On en trouve la trace dès le nie siècle avant notre ère dans les lamelles d'or exhumées des tombes de Thurium*. Ennius introduisit cet élément dramatique dans la légende de Romulus. Tandis qu'il passait une revue au Champ de Mars un orage éclata, et au milieu des grondements du tonnerre le roi fut enveloppé d"un nuage et disparut. Cicéron assure que Tullus Hostilius fut comme lui emporté par la foudre '^ Sous l'Empire la croyance à ce mode de divinisation paraît avoir été répandue dans tout l'Orient. Un oracle d'Alexandre d'Abonotichos *, une épitaphe métrique de Thyatire^ une inscription de la Ledja syrienne^, attestent sa diffusion. Le culte rendu au Feu par les Mages s'est combiné ici avec la vénération pour la Foudre, auteur d'une vie éternelle. Les apocryphes pseudo-Clémentins '', après avoir rapporté comment Zoroastre périt ainsi consumé, ajoutent qu'on lui rendit un culte au lieu même où il avait été frappé, et ils notent que l'on a conservé depuis lors la coutume d'enterrer, comme amis de la divinité, ceux qui mouraient ainsi et de leur consacrer temples et statues. De la notion du tabou l'on était passé, comme c'est souvent le cas, à celle du sacré. Les écrivains chrétiens, qui mentionnent encore cette vénération pour ceux que touchait la foudre, attestent la persistance tenace des préjugés dont nous avons esquissé la longue histoire*. Ils devaient survivre à l'écroulement du monde romain, et les voyageurs modernes en ont encore iioté la sîurvivance dans les usages et les croyances des peuples du Caucase *.