Porphyre, De Abstin., II
7- Platon, Phédon, p. 67 d ; 80 e, etc ; cf. Rohde, tr. fr., p. 494 ss.
une familiarité intime avec le corps, elle reste, après le décès, alourdie et épaissie, elle ne peut entrer dans l'Invisible, et c'est pourquoi on peut voir les spectres des méchants vaguer autour des tombeaux*. Les Néoplatoniciens ont tiré de ces prémisses la conclusion que l'iiomicide de soi, acte désespéré toujours accompli sous l'empire d'une passion, loin de relâcher lé lieu de l'attachement corporel, le renforce et par là même enchaîne l'âme indissolublement aux restes mortels du défunt.
Tout à la fin du paganisme ces vues ont encore été développées par Macrobe^, qui plaide contre le suicide en invoquant l'autorité de Platon et de Plotin, mais qui s'inspire surtout de Porphyre 3. « Il faut, dit-il, que l'âme en quittant l'homme se trouve libre des passions corporelles. Si on l'expulse violemment du corps, on ne permet point qu'elle soit libre, car celui qui, volontairement, se donne la mort y est induit soit par dégoût ou par nécessité ou par quelque crainte, ou par la haine, et tous ces sentiments sont des passions, Ainsi même si l'âme était auparavant pure de telles pollutions, par là même qu'elle fait effort pour s'échapper, elle se souille. Ensuite, dit Plotin, la mort doit délier l'âme du corps, non l'y attacher, mais par un départ forcé l'âme est de plus en plus enchaînée au cadavre, et de fait c''est pourquoi les âmes ainsi arrachées errent longtemps autour du corps, ou de sa sépulture, ou du lieu où l'attentat s'est produit. Au contraire, les âmes qui en cette vie se libèrent des liens charnels par la mort philosophique, leur corps subsistant encore ici-bas, pénètrent au ciel parmi les astres ». On voit ainsi que jusqu'au crépuscule de la philosophie antique les vieilles croyances sur les spectres des suicidés retenus sur la terre par leur méfait continuaient à être défendues par des voix autorisées. La doctrine des philosophes sur la licéité ou la prohibition du suicide avait singulièrement varié au cours des siècles, et par suite de ces fluctuations mêmes elle n'a pu éliminer l'opinion populaire que les âmes des suicidés, contraintes d'errer hors de l'Hadès, devenaient des esprits maléfiques, que les nécromants obligeaient à servir leurs desseins.