CHAPITRE VII. — L'ASTROLOGIE ET LES MORTS PRÉMATURÉES
pas survivre à la liberté, passa pour l'idéal du sage, aussi digne qu'Hercule ^Q l'apothéose 1, et lui-même, que Plutarque^ nous montre lisant et relisant le Phédon avant de se percer de son ëpée, espérait certainement obtenir l'ïmniortalité promise aux âmes héroïques. La religion même pouvait ennoblir certaines formes de suicide. Si Cléopâtre pour échapper à la honte d'une captivité se fit mordre par un aspic, c'est que ce reptile libérateur était le ministre de Râ et élevait vers le Soleil, son maître, ceux qu'il privait de la vie terrestre 3.
Mais sur ce point comme à d'autres égards, les Néopythagoriciens et après eux les Néoplatoniciens ramenèrent les esprits aux vieilles croyances religieuses. Plotin, cédant à l'opinion qui prévalait de son temps, avait d'abord permis au sage de se donner la mort en cas de nécessité absolue, pour échapper par exemple à la folie ou à des souffrances intolérables*. Mais plus tard il paraît s'y être opposé plus résolument, car ses exhortations détournèrent son disciple Porphyre, saisi du dégoût de la vie, de mettre fin à ses jours ^. Les discours par lesquels il l'avait convaincu amenèrent celui-ci à condamner, par la suite, le suicide d'une manière absolue. Prêchant l'abstinence de la chair des animaux égorgés. Porphyre nous indique incidemment l'argument essentiel qui selon lui devait empêcher chacun d'attenter à sa vie 6. Si une âme perverse et déraisonnable a rompu violemment le lien qui l'unissait à son corps, elle reste attachée à ce corps, elle prend plaisir à demeurer près du cadavre dont elle s'est brutalement séparée, et c'est pourquoi les magiciens, en se servant de quelque partie de cette dépouille, s'assujettissent les esprits qui y sont liés.
Les idées fondamentales qui inspirent cette argumentation, sont empruntées à Platon dont l'idéalisme avait enseigné que la philosophie, en purifiant l'âme de ses passions, la détache de son corps. L'âme, qui s'est concentrée en elle-même et s'est préservée du contact avec la chair durant sa vie terrestre, n'entraîne rien de corporel avec elle et' elle est préparée à vivre, comme on le dit des initiés, dans la compagnie des dieux'. Mais si elle a vécu dans