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CHAPITRE I. — LES VIEILLES CROYANCES

se firent accepter, on continua cependant à croire que l'âme séjournait trois jours près du cadavre, et qu'alors commençait son voyage périlleux vers le lieu où elle devait se rendre, et des pérégrinations qui se prolongeaient jusqu'au quarantième jour. Pendant toute cette durée il était nécessaire de lui venir en aide. Lorsque la coutume fermement établie d'une triple commémoration des morts jusqu'au quarantième jour fut adoptée et sanctionnée par l'Église, les théologiens invoquèrent pour la justifier des textes bibliques. Mais comme il arrive souvent, le souvenir de la raison primitive qui avait introduit cet usage, s'est mieux conservé dans l'esprit du peuple que dans celui des clercs. On croit encore communément en Grèce que l'âme qui s'est séparée du corps, erre sur la terre pendant trois ou même quarante jours et revient visiter la maison familiale, dans laquelle on lui prépare du pain et de l'eau et l'on allume une lampe pour qu'elle puisse la retrouver et venir s'y rassasier et s'y désaltérer * .

Partout les repas autour de la tombe se renouvelaient aux anniversaires de la naissance du défunt ^ ; et c'est pourquoi les chrétiens fêtèrent les martyrs à la date de leur supplice, qui les avait fait renaître à une vie glorieuse ^. Ces mêmes repas se répétaient encore à d'autres jours fixes de l'année, comme ceux des violettes ou des rosalies, où l'on avait coutume d'orner la sépulture de fleurs ^, ou encore à ceux qui avaient été prescrits par les auteurs de fondations pour l'entretien d'un culte funéraire ^ Les donations ou testaments, qui consacrent des sommes souvent considérables à assurer la perpétuité des banquets auprès de la tombe ^, montrent la valeur qu'y attachaient leui^s auteurs. Pour prendre un exemple, à Préneste, Aurelius Vitalis ayant construit un tombeau de famille avec une chambre et une terrasse au-dessus du sépulcre, s'adresse en un latin incorrect aux confrères du collège dont il faisait partie. l« Je vous demande à vous tous, mes compagnons, que vous vous restauriez ici sans vous échauffer la bile^' ». Un Africain fixé à Rome exhorte de même ses parents et amis : « Que les dieux vous soient propices. Venez ici sains et saufs, tous ensemble pour un festin joyeux » ^. Dans les monuments considé-

1. Schmîdt, /. c, p. 290. Cf. Sartori, op. cit. [p. 29, n. 2], pp. 32, 43, 69.

2. Cf. p. ex., CIL, V, 7906 ; Dessau, 8366, 8370. — En Grèce : Rohde, tr. fr.,p. 193.

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