Sozomène, II, i
8. Zacharie le Schol., Vie ^e Sévère, p. 10, 1. 35 ss. ; cf. M. M. M., I, p. 361.
Déjà en bien des villes, au temps du paganisme, les lois sacrées ou civiles avaient refusé les honneurs funèbres aux suicidés, — afin, dit un rhéteur, que ceux qui n'avaient pas craint la mort craignissent quelque chose après la mort ' — et surtout aux criminels, dont les cadavres n'étaient pas lavés, mais enfouis sans aucune cérémonie dans un charnier commun (TcoXuàvSptov)". A Rome ceux qui avaient été exécutés en prison étaient traînés par le bourreau à l'aide d'un croc jusqu'aux Gémonies, puis jetés dans le Tibre. La carence des rites funèbres créait un second motif pour que ces condamnés souffrissent dans l'au-delà 3. Aussi les familles s'efforçaient-elles d'éviter à ceux qui leur étaient chers cette aggravation affreuse de leur peine, et elles pouvaient obtenir des magistrats que les corps des suppliciés leur fussent rendus. Mais les autorités réfusèrent souvent cette consolation suprême aux chrétiens qui voulaient rendre les derniers devoirs à leurs frères martyrisés. En dispersant le:' cendres de ces saints, les païens cherchaient à empêcher que leurs restes devinssent l'objet d'un culte, et les fidèles craignaient que ceux qui ne reposaient point en paix dans la tombe n'eussent point de part à la résurrection ^.
La législation sacrée du judaïsme ne condamnait pas le suicide rigoureusemenc et absolument, et l'on ne voit pas que les premiers chrétiens l'aient formellement interdit ; mais la discipline de l'Eglise, comme la tradition païenne, ne tarda pas à prescrire, pour ceux qui attentaient à leur vie, la privation des funérailles religieuses, et cette prohibition fut sanctionnée par les conciles-'. Le droit civil en vigueur à l'époque chrétienne continua à appliquer le même traitement aux malfaiteurs punis de la peine capitale. On voit encore à Byzance les cadavres des criminels portés à un charnier infamant. Théophane^ raconte avec indignation qu'en 764 l'empereur iconoclaste Constantin Copronyme fit exécuter un ermite de Bithynie, et que les gardes traînèrent du prétoire jusqu'au cimetière le corps du martyr où, après l'avoir rais en pièces, ils jetèrent ses misérables restes « dans la fosse des biothanati ».