‹ Lux perpetua [microform]Chapitre 372 sur 468 · CHAPITRE VII. — L'ASTROLOGIE ET LES MORTS PRÉMATURÉES · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. — L'ASTROLOGIE ET LES MORTS PRÉMATURÉES

Ce nom péjoratif finit au moyen-âge par signifier simplement gens de sac et de corde, gibier de potence ^

Si le terme de biothanati a vu ainsi se spécialiseir sa signification, les anciennes idées qu'il éveillait ont eu une singulière vitalité dans le folklore des Grecs. Aujourd'hui encore ils croient que ceux qui ont succombé à un trépas soudain et violent, en particulier les assassinés et les suicidés, deviennent des vrykblakes . Leur corps peut se ranimer, sortir du tombeau et parcourir l'espace avec la rapidité de l'éclair, vampires malfaisants, si redoutables que leur simple contact peut être mortel. C'était la coutume, si des soupçons naissaient, de déterrer le cadavre, et si on le trouvait intact, ce qui fournissait la preuve de son caractère supposé, de le mettre en pièces et de le brûler pour l'empêcher de revenir nuire aux vivants^. Tant était restée vivace la croyance que l'âme du biothanatus ne pouvait se détacher de son corps et que sa vie, trop tôt interrompue, se prolongeait au-delà de son décès.

A plus forte raison la conviction que les âmes de ceux qui ont eu une fin violente deviennent des djinns, a-t-elle survécu en Orient, d'où elle était originaire. On l'a signalée en particulier en Palestine ^ ; et même en Europe les Juifs l'oni; conservée dans la curieuse croyance au Dibbouk. Si quelqu'un meurt avant son heure, son âme désincarnée revient ici-bas pour achever ses actions, vivre le reste de ses jours, sentir les joies et les peines qu'elle aurait dû éprouver. Ces âmes rriaudites et errantes sont tourmentées par les esprits malfaisants, et elles cherchent un asile dans un nouveau corps d'homme ou de femme. La personne qui est ainsi soumise au Dibbouk perd son individualité, son caractère propre, pour acquérir celui de l'intrus, à qui elle reste soumise jusqu'à ce que le temps de celui-ci sur la terre soit révolu. On trouve ici transmise avec une remarquable fidélité, l'idée souvent exprimée dans l'antiquité que les esprits des morts peuvent s'emparer des vivants, les dominer et se servir de leurs organes. C'est une forme de cette possession démoniaque dont on peut être délivré par le pouvoir magique des exorcismes^.

Dante a-t-il connu la croyance juive au Dibbouk ? Ou s'est-il inspiré de quelque vision remontant à l'antiquité païenne ? Certainement il n'a pas imaginé indépendamment de toute tradition une destinée si proche de celle

Page 1