CHAPITRE VIII. — LE NÉOPLATONISME
Le flux de la prédication de Plotin est un torrent rapide, qui charrie ainsi maint débris arraché à la montagne où il prend sa source. Mais si, dans les. chapitres que nous citions, le sens allégorique se discerne sans peine, ailleurs il est moins apparent. Ainsi lorsque nous lisons que l'âme, en sortant du lieu intelligible, va d'abord dans le ciel, qui lui est contigu^ et y reçoit un corps igné ou aérien^, lequel est invisible, et qu'elle passe ensuite dans un corps terrestre ou, ce qui revient au même, qu'elle s'enveloppe, à mesure qu'elle descend, de vêtements qu'elle dépouillera en remontant ^ ; ou encore lorsque Plotin admet que l'âme commence par se loger au ciel dans un corps sphérique comme les astres, qui s'allonge ensuite pour devenir un corps terrestre*, ce ne sont pas là de pures métaphores, de simples réminiscences verbales, mais des rappels d'opinions communes, répandues avec la doctrine de l'immortalité astrale et auxquelles le philosophe n'a pas hésité à se référer dans ses entretiens scolaires. Il avait pour principe d'accepter les thèses généralement admises tant que leur fausseté n'était pas démontrée s. Mais l'aboutissement de la pensée mystique de Plotin est l'affirmation que la descente de l'âme (///GoSoç T^ç 4'^X^*') ^^ P^^* ^^^^ entendue comme un voyage effectif à travers les sphères des étoiles fixes et des planètes jusqu'à notre terre, comme elle l'était encore pour Nuniénius (p. 344). Il ne peut être question d'un déplacement local pour une âme immatérielle. Sa chute est une transformation purement psychique *. De la méditation intérieure à laquelle elle se livre dans le monde intelligible, elle passe à l'état où elle reçoit des impressions et subit des émotions dans le monde sensible \
Toutefois les âmes peuvent ne pas rester empêtrées dans les liens qui les maintiennent dans un milieu inférieur, avilissant pour leur véritable nature, I source pour elles de misères et de tribulations infinies. Il leur est donné i au contraire de s'élever à un niveau supérieur en faisant prévaloir en ellesmêmes le Nous. Bien que plongées sur notre terre dans l'abîme de la matière, leur tête reste fixée au-dessus du ciel^. Leur père Zeus, prenant en pitié leur
I. Enn., IV, 3, 17 (p. 84, 3, Br.); cf. IV, 3, 32 (p. loi, n. iBr.).