Enn., IV, 8 (p. 212 ss. Br
^- ^^-^ IV, 3» 12 (P- 79 Br.).
peine, a rendt! sujettes à la! mort les chaînes qui les font souffrir, et il leur accorde, par intervalles, de venir retrouver l'Ame de l'univers, qui règne éternellement sur le monde intelligible sans se tourner vers les choses d'ici-bas '. Lorsque notre âme est sortie d'un corps, son sort est déterminé par les fonctions qu'elle a le plus développées : c'est pourquoi il faut « fuir vers le haut », c'est-à-dire ne pas laisser s'imposer à nous les fonctions sensitives ou végétatives, mais s'élever vers Dieu en accordant la prédominance à l'intellect 2. Celui-ci est comme le bon conseiller qui, dans une assemblée tumultueuse où les cris des factieux menacent de couvrir sa voix, arrive à imposer sa volonté'. Toute âme, même incamée et envahie par les sensations et les impressions, garde donc im côté supérieur tourné vers le Nous et la divinité*. Sa condition ici-bas prépare son destin dans l'au-delà. En cette vie l'âme s'est sentie attirée par la beauté des corps ; elle l'accueille comme s'accordant avec sa propre essence, et s'y attacha; elle répudie la laideur comme une étrangère antipathique 5. Mais si la beauté corporelle lui cause une sensation profonde et peut l'enflammer d'amour, elle ressent une émotion bien plus intense lorsqu'elle aperçoit en elle-même et chez autrui la beauté de la vertu ou de la science, Elle est saisie d'étonnement et transportée d'allégresse quand, au lieu des apparences, elle voit les réalités idéales : « L'étoile du soir et celle du matin sont moins belles que la face de la justice et de la tempérance » *. Mais cette ivresse amoureuse ne ravit l'âme que si sa propre nature la rend capable d'une telle vision. Celle qui s'est inclinée vers les plaisirs impurs et salie par ses vices, en sera privée, comme un homme plongé dans un bourbier, et elle ne pourra éprouver la délectation esthétique que procurent les beautés qui se révèlent en dehors des organes des sens '. Enfin ceux que leur perfection en rend dignes éprouvent le désir de monter plus haut encore vers cette Beauté absolue, d'où émanent toutes les autres, qui n'en sont que les reflets. En celui qui la contemple s'éveille une passion ardente, qui le remplit à la fois d'effroi et de jubilation, et lui cause une indicible félicité'. S'il est impossible de définir ce que fait éprouver cette contemplation où la