CHAPITRE I. — LES VIEILLES CROYANCES
ties repas funèbres. L'on croyait que les défunts venaient s'y attabler avec lesi convives et jouissaient avec eux de l'abondance des mets et des v^ns. Lucien nous raconte avoir vu en Egypte de ces banquets où la momie desséchée était conviée à se restaurer à la table de ses proches ' . Ainsi survivaient dans ce pays sous les Antonins les antiques croyances qui, longtemps auparavant y avait fait représenter sur les parois des hypogées, comme chez les Étrusques, des scènes de festin, afin que fût assuré au mort le secours d'une nourriture perpétuelle, car une ombre de mangeur pouvait se contenter d'apparences de mets,. Jusqu'à l'époque romaine, en Grèce, les commensaux avaient coutume d'appeler parmi eux le défunt par son nom ", et au lyè siècle saint Êpiphane sait encore que les païens interpellaient l'esprit du disparu par la formule : « Un tel, lève-toi, mange, bois, et réjouis-toi » ^ Une épitaphe de Narbonne exprime, sous une forme plaisante, l'idée vulgaire qu'on se faisait de l'effet de ces banquets, où le mort recevait sa part de toutes les rasades : « Je me grise d'autant plus avidemment dans ce monument que je suis obligé de dormir et de demeurer ici » *-
La conviction que le mort venait prendre sa part des victuailles consommées et du vin absorbé dans les repas funèbres, était si profonde qu'elle persista même lorsque ceux-ci se détachèrent de la sépulture. En bien des cas, ils furent transférés, comme le pérideïpnon des Grecs, dans la maison mortuaire. Parmi les banquets que les confréries célébraient en l'honneur de quelque fondateur décédé, beaucoup, aux dates fixées par ses dernières volontés, avaient lieu dans le local appartenant à l'association. Mais l'on continua à supposer réelle la présence de celui dont on honorait l'esprit, et dont la statue ou l'image ornait fréquemment la salle du festin ^ .
Rien n'est plus éloigné de nos idées modernes sur la sainteté des cimetières et le recueillement exigé par le deuil, que ces beuveries et ces ripailles dont le culte des trépassés était l'occasion. Les convives couronnés de fleurs, oints d'essences parfumées* y buvaient à la ronde {circumpotatio) et ne tardaient pas à s'abandonner à une bruyante ivresse. Ne croyons pas que ce soit là des excès tardifs dûs au relâchement des moeurs romaines. Tel fut, dès l'origine,