‹ Lux perpetua [microform]Chapitre 41 sur 468 · Pétrone, l. c · texte numérisé non relu

Pétrone, l. c

le caractère des banquets mortuaires et tel est resté, en bien des pays, celui du repas des funérailles i. L'on se figurait que le défunt participait à cette liesse et à cette ébriété, se consolant ainsi de la tristesse de son sort. « Tu appelles, dit encore Tertullien^, les morts sans soucis {securos), lorsque tu te rends au tombeau avec des vivres et des friandises pour t'y faire en réalité des offrandes à toi-même et que tu en reviens gris ». Et vraiment, ces frairies, nous le verrons dans la suite, ne profitaient pas seulement aux morts mais aussi aux vivants par l'effet d'une confusion entre elles et les orgies bachiques, où le vin était, pour les participants, un breuvage d'immortalité.

Nulle cérémonie de la religion païenne n'était aussi universellement célébrée que celle du culte des trépassés dans les régions les plus diverses de l'empire. Chaque jour, et pour ainsi dire à chaque heure, des familles ou des collèges se réunissaient dans leur tombeau commun pour y fêter quelque anniversaire en y consommant le repas funèbre. Les populations restaient fortement attachées à des pratiques dont l'omission leur eût paru non seulement impie, mais 'dangereuse, car les esprits des morts étaient puissants et vindicatifs. Sous les Antonins l'opuscule de Lucien sur le deuil, atteste avec quelle fidélité scrupuleuse étaient encore observés, jusque dans leurs détails, les rites consacrés par une tradition millénaire 3.

Aussi n'est -il pas surprenant que ces usages aient persisté à l'époque chrétienne malgré les efforts du clergé pour les combattre*. Saint Augustin^, morigène ses ouailles qui, à la façon des païens, « boivent avec grand excès au-dessus des morts — ce sont ses propres termes — et qui servent des repas 1^ des cadavres et s'ensevelissent eux-mêmes avec ces corps ensevelis, se faisant une religion de leur voracité et de leur ivrognerie ». Il condamne « ces ébriétés et ces chères intempérantes dans les cimetières, par lesquelles une foule jouisseuse et ignorante croit honorer les martyrs et consoler les morts » ^ Les évêques italiens n'interdirent pas avec moins de rigueur ces débauches sur des tombeaux '. Mais en Orient, l'autorité ecclésiastique toléra un usage général, qu'elle ne pouvait déraciner, et se contenta de prohiber l'abus du vin, en

1. Cf. Aristote, fr. 6ii Rose. — Sartori, of. cit. [supra, p. 29, n. 2], p. 19 ss. ; Van Gennep, I, p. 779 ss.

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