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CHAPITRE Vin. — LE NÉOPLATONISME

restent en deçà de l'Achéron. Les tourments que subissent les coupables viennent de leur imagination, qui leur représente sans cesse les forfaits qu'ils otir perpétrés sur la terre ^. C'est par cette obsession toujours renouvelée qu'il faut expliquer les mythes de Sisyphe et de Tantale, Héraklès suggère aussi à ces impies des images terribles, comme s'il les frappait de sa massue ou les perçait de ses flèches. Les justes à qui le jugement de Minos accorde de passer le fleuve infernal perdent la mémoire, et dès lors sont délivrés de la hantise de leur vie passée, obtenant ainsi le repos par la cessation de leurs angoisses. Ils ne connaissent plus les hommes et ignorent ce qui se passe dans leur société ; mais s'ils absorbent les vapeurs du sang chaud des victimes, ils recouvrent l'intelligence des choses mortelles et, avec la permission de Perséphone, ils leur est possible de remonter sur la terre et d'y faire des prédictions. D'autre part les dieux eux-inêmes peuvent être punis pour leurs fautes, car ils sont sujets à la colère, à la haine et, étant animés de passions., ils sont exposés à pécher. Comme ils .sont supérieurs à l'humanité, leurs crimes méritent un châtiment plus douloureux, non point dans l'Hadès avec les ombres pécheresses, mais au-dessous de l'Hadès dans les profondeurs du Tartare, domaine de Kronos, où ont été précipités les Titans. Ce que sont les Érynnies pour les âmes perverses, le démon inexorable du Styx l'est pour les dieux déchus. Telles seraient les croyances enseignées par Homère. Ce serait un miracle si un écrivain aussi abondant que Porphyre qui, au cours d'une longue vie, écrivit sous des influences diverses, était resté toujours d'accord avec lui-même. De fait sa pensée n'a cessé d'évoluer, et il y. a un abîme entre ses premiers essais et les œuvres de sa maturité. Mais même dans ses dernières productions, on constate qu'à côté du haut idéalisme que Plotin lui a inculqué, il garde la foi en des croyances et même des superstitions de la religion populaire 2. Il n'a jarnais renoncé à tenter de mettre d'accord avec sa philosophie, à l'aide d'interprétations subtiles, les traditions les plus prodigieuses et les plus extravagantes. Cependant, malgré toutes ces concessions au polythéisme vulgaire, son esprit nous paraît doué d'une sobre lucidité, si nous lui comparons la crédulité aveugle de Jamblique. Les anciens l'ont déjà noté : parmi les néoplatoniciens « les uns comme Porphyre et Plotin accordent ^^ prééminence à la philosophie, les autres aux doctrines hiératiques, comme Jamblique, Syrianus et Proclus » s.

Cf. infra, N. G. XXVI.

• Les insepulti ne trouvei victimes d'ua meurtre ri .__ 3- Olympiod., In Phaed., 170.

'■■ vji. tnfra, in. l;. AAVi.

2. Les insepulti ne trouvent point de repos dans l'Hadès {supra, p. 370), les âmes ^es victimes d'un meurtre restent près du cadavre (De Abstin., II, 47 ; supra, p. 318,

Jamblique^ fut le plus célèbre des disciples de Porphyre, et sa gloire éclipsa la renommée de son maître. Ses parents étaient des bourgeois considérés de Chalcis, et il professa de longues années dans la grande ville voisine, Apamée de l'Oronte, chef-lieu de la Syrie seconde. Les fouilles belges, interrompues par la guerre, ont révélé quelle fut la splendeur de cette cité populeuse, que traversait, comme à Antioche, une large avenue pourvue de portiques latéraux et bordée de monuments somptueux aux pavements de marbre ou de mosaïque. Mais cette riche métropole ne se distinguait pas seulement par son luxe architectural ; elle paraît avoir été un foyer rayonnant d'études helléniques, et la philosophie y resta pendant des siècles en honneur. C'est d'Apamée qu'était originaire Posidonius qui, au temps de Cicéron, se fixa à Rhodes 2. C'est là qu'était né le pythagoricien Numénius, nous l'avons vu, et il subit sans nul doute l'influence de ce milieu oriental 3. Amélius, un pur Italien, s'y trouvait, en 270, au moment de la mort de Plotin, sans doute pour s'y entretenir avec Jamblique, déjà célèbre*. Sopatros qui succéda à ce maître fameux dans la direction de l'Ecole Syrienne, appartenait à une famille de la ville 5. Cette école dut rester vivante jusqu'à la fin 'du paganistnei. Libanius parle encore « du chœur des philosophes d'Apamée » dont le coryphée Jamblique ressemblait aux dieux®.

La Syrie fut toujours à travers les âges un pays d'ardente dévotion. L'exploration de Doura-Europos a révélé l'existence, dans cette petite cité caravanière, d'un nombre incroyable de temples', qui y. voisinaient avec une synagogue et une église. ,Le coin du monde habité par les Sémites entre le Ti^re et la Mer Rouge a vu naître quatre grandes religions, le judaïsme, le christianisme, le manichéisme et l'islam ; et les sectes gnostiques y. ont proliféré « comme des champignons » ^. La ferveur des Syriens qui embrassait à la fois les formes les plus hautes et les plus basses du mysticisme, leur fit accepter avec une foi aveugle une foule de cultes et de superstitions. Il faut

1. Cf. Etinape, V. Sofh., Jamblique (p. 458 ss. Didot), biographie où des anecdote^ pittoresques ne compensent pas le manque de précisions essentielles. — Zeller, Philos. Gr., III, 2, pp. 678-724; -R. E., IX, 646, s. V. « lamblichos » (superficiel); Bidez, Jamblique et son école (REG, 191 9, XXXII, pp. 30-40).

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