XIX. — FORMATION DU FOETUS EN QUARANTE JOURS
(Chapitre I, p. 36).
Ces idées sur les dates critiques de la décomposition du cadavre sont en relation étroite avec une théorie de la formation du foetus qui est exposée dans Johannès Lydus, De Mensibus, 4, 26, éd. Wûnsch (cf. C. R. de l'Acad. des Inscrîft.^ 1918, pp. 278 ss. et Symbol., p. 180, note 2, qui renvoie en outre à Freistedt, AltchristUche Gedàchtnistage und ihre Beziehung zum Jenseitsglauben âer Antiken, 1928 ; et pour les musulmans du Turkestan oriental, à Menges dans Sitzungsb. Akad. Berlin, 1933, pp. 1177 ss. et p. 1185, § 15).
Mais la théorie remonte bien au-delà de Johannès Lydus, et elle a longtemps après lui laissé des traces persistantes (i). On la retrouve encore au xiv^ siècle, chez maître Eckhart, sermon Elegi vos de mundo (éd. Gandillac, Paris, 1942, p. 231) : « Lorsque l'enfant est conçu dans le sein de la mère, il a constitution, forme et figure : voilà l'œuvre de la nature. L'enfant demeure ainsi quarante jours et quarante nuits ; mais au quarantième jour Dieu crée l'âme bien plus vite qu'en un clin d'oeil, pour que l'âme
(1) C'est au même système que se rattache l'opinion, encore très vivante aujourd'hui, que l'enfant naît viable au septième mois, mais non pas au huitième, cf. Philon, Commentaire allégorique des saintes Lois, 1, 4, 9 (éd. E. Bréhier, collection Hemmer-Lejay, Paris, 1909, p. 8) '■ Ttç -^àp oùx otSsv oxt xtov Pp£(f>ôjv xà [Xiv kuTa(i.rjva yôvifxa, xà ok TrXsito ^pôvov irpooXaêdvxa, wç oxxw fxvivai; Èvoic(tTr,6'^vai yaaTpt, xaxà xô TrXefaTov ayova ; cf. Aétius, Placita, 5, 18, 6, Diels Doxographi graeci, 429, 13 ; Passio S. Perpetuae, 15 (T. and St. I, p. 84). Selon l'évangile arménien de l'enfance, ch. 2, 7 (éd. Peeters, coll. Hemmer-Lejay, 1914, p. 75) la Vierge MariC'est née à sept mois : « Et quand la grossesse d'Anne en fut à deux cent dix jours, ce qui fait sept mois, subitement à la septième heure, Anne mit au monde sa sainte enfant ». — Cf. Zoroastre d'après Proclus, in Remp., 2, p. 34, 3 KroU (= Mages Hellénisés, II, p. 161-162).
NOTES COMPLÉMENTAIRES (pp. 36, 276, 288) 415
donne au corps forme et vie. ». Et qui plus est, chez Bérulle au début du xyii^ siècle, j/ie de Jésus, ch. 26 (Œuvres, Migne, col. 484) : « Ce corps n'a eu besoin de quarante jours pour être organisé. Le Saint-Esprit a fait cet œuvre en un moment » ; ch. 24 (col- 477) •• « Il (== le corps du Christ) est formé, non en quarante jours, mais en un jour choisi de la très sainte Trinité et révéré des Anges » ; ch. 25 (col. 483) : « il n'occupe pas plus de place et. n'est plus sensible et remarquable que les enfants des autres mères au bout des quarante jours de leur conception. »
Ces propos de Bérulle semblent empruntés à S. Thomas d'Aquin, S. Vhéol. 3, 33, i, qui, à la vérité, ne parle pas des quarante jours, mais incontestablement les suppose. S. Augustin ayant dit en effet, Div. quaest. LXXXIII, 56 (éd. bénédict. 1701, t. VI, col. 19 C), qu'autant d'années (46) pour édifier le Temple, autant de jours (46) il a fallu pour achever le corps du Christ,., ut quoi anni fuerunt m fabricatione templi, tôt Mes fuerint in corporis dominici perfectione, S. Thomas estime au contraire qu'il a suffi d'un instant pour que le Verbe s'incarnât, alors que chez le commun des hommes (5. Vhéol. 3, 33, 2) successive cor-pus formatur et disponitur ad animam [L. C.].