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XVII. — PLOTIN ET L'INDE

(Chapitre V p. 345).

Plotin a-t-il connu certaines doctrines de la philosophie hindoue ? Les meilleurs interprètes de sa pensée ont exprimé sur ce point des opinions opposées : les uns, comme Eucken, Inge, voient dans son système l'aboutissement d'un développement interne de la philosophie grecque, et se refusent à y reconnaître les traces d'une influence orientale. C'est la thèse encore défendue par K. H. Mûller, Orientalîsches bei Plôtinus dans Hermès, 1914, p. 70 ss.; (cf. Emile Bréhier, o/>. «if., p. 119 ss.). D'autres historiens de la philosophie ont au contraire soutenu que le mysticisme du londateur du néoplatonisme s'inspire de celui de l'Inde.

On peut faire valoir en faveur de la probabilité d'une telle influence, qu'il est aujourd'hui bien certain que des relations régulières s'étaient établies par mer entre l'Inde et l'Egypte à la suite de la découverte de la mousson par Hippalos, probablement sous le règne de Tibère (Pline, VI, 100 ss.; Peripl. M. Ërythr., 57). Le développement de ces relations a été exposé avec une solide érudition par Warmington, Vhe commerce between the Roman Empire and India, Cambridge, 1928. Mais les fouilles

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entreprises à Palmyre dans ces dernières années ont achevé de démontrer l'importance du trafic par caravanes entre la ville du désert et les ports de la basse Mésopotainie où abordaient les vaisseaux de l'Inde ; cî. Seyng, Syria, 1941, XXII, p. 252 ss. De Palmyre les marchandises étaient transportées en Egypte et dans les ports de la Méditerranée.

Toutefois ces découvertes ne peuvent établir qu'une possibilité, c'est-à-dire l'existence de conditions favorables à une communication spirituelle entre Alexandrie et l'Inde. La question de savoir si ces communications ont laissé leurs marques dans les doctrines plotiniennes, ne peut être déterminée que par une critique serrée de ces théories. Nous avons signalé des similitudes frappantes relevées par M. Bréhier (su-pra, p. 346, n. i). La question d'une dépendance à l'égard de l'Inde se pose aussi pour la forme que prend, dans un passage dePlotin, la croyance à une chute et à une ascension de l'âme, et ceci touche plus directement à notre sujet (cf. Arpad Szabo, Scholastik, 1938, XIII, pp. 87- 96). Infidèle à la tradition platonicienne, qui croit que la qualité même de l'âme est avilie par son incorporation, un chapitre des Ennéades (I, i, 12) formule une opinion très différente : l'âme ne s'enfonce pas dans la matière, elle se borne à l'illuminer (DAciiTTew), et ce qui s'incarne est une image ou un reflet (eïS-.oXovl, qu'elle projette vers le J^as. M. Szabo retrouve la même doctrine dans la philosophie Samkhya, dont la pierre angulaire est la différence essentielle de l'âme et de la matière. Mais la théorie de Plotin semble bien lui avoir été suggérée par une théorie pythagoricienne sur la dualité de l'âme, dontl'E'îSwXov seul descend dans les Enfers, comme nous l'avons fait observer p. 354.

On pourrait invoquer en faveur de la vraisemblance d'un apport hindou dans la philosophie grecque de l'époque impériale le passage de Numénius (Eusèbe, Pré-p. évang. IX, 7 = fr. 9 Leemans) où il impose à celui qui veut traiter du problème de Dieu l'obligation de connaître les vieilles doctrines des sacerdoces orientaux : or il nomme en premier lieu les Brahmanes, avant les Juifs, les Mages et les Égyptiens. S'il n'est pas douteux qu'il ait pu s^informer avec sûreté des doctrines de ces trois derniers clergés, à plus forte raison doit-on croire qu'il avait des connaissances précises sur celles du premier, qu'il nomme en tête de son énumération.

XVIII. — LES PLAZONICI DE SAINT AUGUSTIN. (Chapitre VIII, p. 383).

On discute depuis longtemps sur le sens qu'il faut attribuer à l'expression Platonicorum libri employée par saint Augustin {Conf. VIII, 2, 3). Pour ne citer que les auteurs les plus récents, le Père Henry soutient qu'elle désigne certains traités des ennéades. Pour TheUer ce sont les oeuvres de Porphyre, à l'exclusion de Plotin. Courcelle (o;p. cit. [p. 381, n. 3] p. 167), a donné de bonnes raisons d'admettre que ces mots s'appliquent aux deux philosophes conjointement, conclusion vers laquelle incliiiait déjà Charles Boyer, Christianisme et néoplatonisme dans la formation de saint Augustin, Paris, 1920, p. 81. Si le P. Henry a prouvé que saint Augustin s'est servi du

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chapitre itspi lou y.a'Xo'j de Plotin, CourceUe a démontré qu'il a déjà connu, avant sa conversion, le De regressu animae de Porphyre.

Au point de vue psychologique, il paraît invraisemblable qu'Augustin, enflammé d'un enthousiasme juvénile pour le platonisme, n'ait pas eu la curiosité de lire tous les « livres platoniciens » qu'il pouvait se procurer. Il a certainement connu la version latine des Ennéades composée par Marius Victorinus. Celle-ci doit nécessairement avoir été une interprétation, comme toute traduction de cet ouvrage profond, d'une concision souvent sibylline, et selon toute probabilité le rhéteur latin avait déjà mis à profit les sommaires et commentaires aujourd'hui perdus, que Porphyre avait ajoutés à son édition de traités plotiniens {Vita Plot. 26 ; cf. Bréhier, t. I p. XXIII). Boyer (o/). cit. p. 83) note que nous avons conservé des fragments d'une traduction de Vlsagoge de Porphyre faite par Victorinus. « Cette traduction tient de la paraphrase et du commentaire. Parfois même le traducteur expose ses propres idées »v Telle a dû. être aussi la version latine des Ennéades.

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