XXI. — LE CHEVAL SANS CAVALIER (Chapitre VI, p
« La mythologie consacrait Pégase au Soleil », et le cheval en général, lors même
qu il n'est pas ailé. C'est à ce titre que les Mages le promenaient en procession (Quinte-
^^°^) Sj 7) et qu'il figurait dans la suite de Darius, ibid. 3, 3, 11 : currum deinde
4ié LUX PERPETUA (p. 288)
]ovi sacratum vehebant equi : hos eximiae magnîiudinis equus, quant Solis appellabant sequebatur [Symbol, p. 434, note 2 ; cf. Mages hellén. II, p. 121, note 6, et p. iaa^ note 2, qui rappelle que les Perses sacrifiaient des chevaux blancs au Soleil. Cf. aussi Loisy, Sacrifice, p. 220, sacrifices de clievaux au Soleil chez les Parthes, les Massagètes et les Spartiates).
Comme les morts accompagnaient Hélios dans sa course (supra, p. 173), le cheval solaire, souvent ailé, mais non pas toujours, fut ainsi associé aux morts et devint symbole d'immortalité. Cf. le Pégase de l'hydrie d'Alexandrie, m^ siècle avant J.-C, supra, p. 288 ; mais il peut aussi, quand même il n'est pas ailé, représenter le défunt (basreliefs de Béotie, dans Rohde, Psyché, trad. fr. p. 198, note 5).
D'autre part au nie-ii« siècle avant J.-C, le cheval sans cavalier est dans l'Inde, — conune le siège vide, l'empreinte des pieds, le parasol — le symbole du Bouddha (Ph, Stern dans Masson-Oursel, L'Inde antique et la civilisation indienne, p. 417), sans doute parce que Çâkyamouni était déjà devenu un héros solaire ; cf. sur ce dernier point La Vallée Poussin, Bouddhisme^ Paris, 1925, p. 214 : dès sa naissance -il portait les marques du grand mâle, mahâpurusa — notamment entre les sourcils le rayonnant û.rj).â. (p. 242) — qui le prédestinaient à être un « roi à là roue », çàkravartin (p. 241). Devenu Seigneur [Bhagavai) par Tillumination [bodhi) (pp. 229-233), ses pieds portent des roues aux milliers de rayons (p. 233) ; et au moment de sa mort il manifeste sa gloire : « sa peau resplendit comme l'or vif, et le brocart dont Pukkura l'avait revêtu en devint sombre » (Mahâparinibbâna, 4, 37, ibid. pp. 237-238) [cf. infra p. N. C. XXVII, Vêtements des âmesl- Le Bouddha étant donc un héros solaire, le cheval qui le représente est évidemment un cheval solaire : comme celui du sacrifice védique, que le chant rituel assimile à Varuna {= oùpavôç <;*ofopavo(; <;*ofopfavoi;) et à Indra (Loisy, Sacrifice, p. 398) ; et il s'identifie par là même à celui qui figurait dans le cortège de Darius. Il est aussi le frère de ces chevaux d'Hercule (= Verethraghna ?) qui, chez les Parthes, chassaient sans cavalier [Symbolisme, p. 434, note 2) ; de ceux que les Rhodiens précipitaient chaque année dans la mer pour renouveler l'attelage du Soleil (Loisy, Sacrifice, pp. 220 et 435) ; chez les Celtes, du dieu Rudiohus, cheval sans cavalier, trouvé près d'Orléans à Neuvy en Sullias (H. Hubert, Les Celtes, II, p. 288) ; chez les Germains, du cheval attelé au char qui porte le disque du Soleil (Ile de Seeland, dans S. Reinach, Orpheus, éd. de 1925, p. T85), et du cheval blanc qui dans les expéditions militaires servait de monture au dieu {ibid., p. 197) ; enfin dans le domaine slave, de ceux de Svantovit à Rûgen {ibid., p. 211) ou de Triglav à Stettin {ibid., p. 212) (i).
Mais d'autre part si le culte du Bouddha se comporte aussi comme un culte funéraire, notamment par des offrandes de fleurs, de parfums, de lampes ardentes [cf. supra, pp. 33, 45, 48] (2), il se peut que le cheval qui le représente ne soit pas seulement celui du Soleil, mais encore et indivisément celui qui symbolise le défunt. Nous retrouvons ainsi dans l'Inde une vieille croyance de l'Occident. Et dans les deux cas le monde indo-iranien, le monde gréco-romain, le monde italo-celte et le monde germano-slave se rejoignent une fois de plus dans l'unité indo-européenne [L. C.].
(1) Cf. aussi, en dehors du domaine indo-européen, // Reg. 23 ^1 où il est question et des chars du Soleil et des chevaux que les rois de Juda avaient dédiés au grand Luminaire à l'entrée de la maison de Yahweh. Enfin, sans parler du chariot de l'Arche, / Sam. 6 '' et // Sam. 6 3 qui était traîné par des vaches, Yahweh aussi avait un char, n^!D~lD) 1 Chron. 28 ^^ et Is. ôô^"-
(2) Et en outre Fr. Cumont, Cierges et lam-pes sur les tombeaux, dans Miscellanea Giovanni Mercati, t. V, 1946. — Sur l'usage actuel dans les temples bouddhiques de Ceylan : A. Chevrillon. Dans l'Inde, 1891, p. 40 ; et Sanctuaires et Paysages d'Asie, p. 42 et p. 79.
NOTES COMPLÉMENTAIRES (p. 321) 417