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XXII. — DESTINÉE LIBREMENT CHOISIE AVANT LA NAISSANCE

(Chapitre VU, p. 321).

« Au moment de la naissance le destin fixait la carrière que chacun avait à parcoufir » (i). Il y avait aussi une doctrine (supra, p. 200) suivant laquelle ce destin résultait d'un libre choix fait par l'âme avant sa venue ou son retour en ce monde. L'idée est d'origine ma2;déenne (J. Bidez, Eds, pp. 45 et 169) : la daêna, dans VAvesta, opte librement entre le bien et le mal (Lommel, die Religion TLarathustras, 1931, pp. 156 ss.; T. Geffcken, Platon und dus Orient, N. J. K. A., 1929, p. 521). Elle a passé chez Platon — le rapprochement est de V. Pisani i^Riv. degli St. orient., XIV, 1934, p. 435) — dans le mythe d'Er l'Arménien {Réf. X, 617 e et 620 de) dont l'origine iranienne ne fait plus doute {Mages helléjtisês, I, p. i2 avec la note 2, et p. 185 ; Symbolisme, p. 377, note 6), peut-être par l'entremise d'Eudoxe de Cnide (Bignone, L Aristotele perduto, t. II, p. 84).

Réf. X,p. àiy e : oùj(^ 6|ji.5ç Sa'jjiwv Ir'^etai, àXX' û^z'ic; 8a!(jL0va alpr^uedGe. itpw'ïoi; os 6 Xcnjjiùv, upwToî oàpBÎaQoi pîov & auvéd-cat IÇ àvaY^v)?. Le choix une fois fait, Lachésis donne à chaque âme le génie qu'elle a préféré, p. 620^ : ov t'i'kt'zo 8at[j,ovo(, toûtov cpuXaxa Çufjuréfjiireiv. Clotho confirme la décision prise, Atropos la rend irrévocable, et c'est alors seulement, que l'âme passe sous le trône de la Nécessité : èvtEûôsv 81 8-?) àfAETacrxpeTtT'. utcô tov -lTiÇ 'AvâyxTiÇ ôpôvov.

Ce mythe tend à épargner à Dieu toute responsabilité dans le mécanisme de l'Anankè, p. 617 e : atxîa kXopvou* ôeôç «valxioç (2). Et l'importance qu'on attachait à cet aphorisme est attestée par le fait qu'il a été gravé sur un buste de Platon {supra, p. 200, note 3). L'âme ayant librement choisi sa destinée sans que Dieu y soit pour rien, elle la subit ensuite nécessairement, du fait, à ce qu'il semble, du déterminisme astrologique tel qu'il est censé connu par l'horoscope.

Il n'est pas exclu qu'une trace de ce système se retrouve dans la Sagesse de Jésus hen Sir a (= Eccli. 15I*) : « Au commencement II a créé l'homme, et II l'a remis dans la main de sa propre délibération, âv jç^Etpi 8iaSou'X(ou aùxoû. Si tu le veux, tu garderas les commandements » ; 151'^ : « L'homme a idevant lui la vie et la mort. Et s'il s'y est complu (3), cela lui sera donné ». Ce texte s'inspire manifestement de Deut. 30^^ : « J'ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction : choisis donc la vie, afin que tu vives ». Mais l'accent en est différent. Dans le Deutéronome, c'est en ce inonde que se fait le choix, et rien ne donne à penser que l'homme ne puisse plus se détourner de la vie, bonne ou mauvaise, où il s'est une fois engagé. Chez le Siracide au contraire il semble que le choix, une fois fait, doive être nécessairement subi :

e'vavxi àvôptiirtjùv ■?) Çwt) xal ô OàvaToç" xal 8'iàv EÙSoXY^ar), SoÔTjaEtat ocùxtf).

(1) Cf. Festugière, Fatalité, et libre arbitre dans Corpus Hermet., Nock-Festugière, I, p. 193-195. ^ (2) Festugière, à propos de C. H. 4, 8 (Nock-Festugière I, p. 55) renvoie aussi à Rêp. 2, 379 b : oux apa Tcâvxwv ys a'ixiov xô aYaâov (= Dieu), àXXà xwv [jiev eiS èj^ôvxwv aïxoov, xwv Se xaxwv àvafxiov, ^t encore 2, 379 c : y-oÙ xwv jjlÈv àyaôwv oôSéva aXXov aîxiaxéov, xwv 8e xaxwv aXX' axxa 8sï ÇitjxeTv ■^^f «'.Tia, àXX' o'j xôv Ôcdv. Cf. encore Tim. i2d, et en outre Geffcken, Zwei griech. Apologeten, P- 103, note 4; etDieterich, Nekyia, p. 115, note 1. — A rapprocher, en ce qui concerne la damnation, du ps.-Denys, Ep. 10 {PC, 3, col. 1117 6 : oûSs yàp èv xotî atwŒi xoï; impio\Liw>.(; «rtioi; eotjd xwv è^ aùxoù Sixaiwv àcpoptfffxwv 6 Seoç, àXX' o\ xoù Osoû ■navxeX.Sx; sauxoù; àqjopCtravxE;.

(3) xai S'kàv eôSoxv^ur), So6i{(TETat aOxtJ). Hier, : quod placuerit^ei, dabitur illi,

4i8 LUX PERPETUA (p. 345)

Nous sommes ici très près du mythe d'Er et de l'Avesta : le choix paraît définitif • il détermine une destinée qui s'imposera désormais à celui qui a opté pour elle, qui lui sera donnée, ooer^aExxi aÔTw, Les deux systèmes ne diffèrent que par le moment où se fait le choix, dans l'Avesta et le mythe d'Er, avant la venue de l'âme en ce monde • chez le Siracide, lorsque l'homme est en âge de choisir. Encore n'est-ce pas sûr : car il est dit, EccU., 15^^, que cela se passe dès le commencement, èS ctpyr\<;.

L'aphorisme platonicien se retrouve presque textuellement dans le Corpus Hermeticum 4, 8 (éd. Nock-FestUgière, I, p. 52) : sTte'. ô pv Osoç àvakioç, fjfXEÏi; 81 aiViot xwv xaxàiv, Taùxa TcpoKpfvovxec xwv àyaGwv. Mais ici encore la perspective est autre : il ne s'agit plus d'tme libre décision qui à notre origine nous engrènerait dans la nécessité. Ici, c'est librement qu'à chaque instant nous préférons le mal au bien, encore que ce qui est de Dieu non seulement ait été, mais demeure toujours mis à notre disposition : xà [x.èv uapà xoù 6eoù •f]|j.ïv xE ÔTtTÎpSe xat ÛTTàpÇet. Ce n'est pas la perspective de Jésus ben Sira, mais c'est exactement celle du Deutéronome [L. C.].

XXin. — OCCIDENT ET ORIENT (Chapitre VIII, p. 345).

Ainsi, comme le monde iranien rejoint la Chine par le Turkestan (Pelliot), comme le groupe celte s'apparente d'une part au groupe italique (H. Hubert), d'autre part au monde indo-iranien (Vendryès) (i), de même le monde gréco-romain se rapproche du monde hindou, non seulement quant à l'art (A. Foucher, L'art gréco-bouddhique du Gandhara, Paris, 1 905-1 923), mais quant à la pensée : c'est ce que Th. Gomperz [Les Penseurs de la Grèce, t. I, Lausanne, 1904) a montré pour le culte des Mânes, qui est celui des Pères (-pitârali) (p. 33) ; pour le cycle de Pythagore, qui paraît être la roue de l'hindouisme (p. 139) 5 pour la doctrine de Mélissos, qui se retrouve dans les Védànta (p. 221). Cf. aussi Rohde, Psyché, éd. française, p. 364 sur les Orphiques, le x'jxXoç ■zr\ci yeviffEwç (ô x?;; [jLoîpaç xpoj(^ô(;) = rota fati et gêner ationîs), l'àTtoxaxiiiTTadii; xwv iitâvxwv ; p. 386 sur l'instabilité du complexe de l'âme chez Heraclite et les Jaïna ; F. Cumont, Recherches sur le Symbolisme funéraire des Romains, Paris, 1942, pp. 104 et 177 sur l'ascension du souffle vital {prâna, âtman) au travers des airs vers la Lune, pour finalement se fondre en Brahman, premier principe. Etre éternel; J. Bidez, Eôs, sur Platon et le monde oriental ; cf. aussi René Berthelot, La -pensée de l'Asie et l'astroUologie, Paris, 1938.

Mais — et c'est ce que n'ont pas su distinguer certains de ces auteurs, notamment M. René Berthelot, — autant les conceptions philosophiques et religieuses des Grecs et des Romains se rapprochent de celles de l'Inde, autant s'éloigne des unes et des autres

(1) Et aussi H. Hubert, notamment par l'interprétation du vase de Gundestrup (Jutland) a" musée de Copenhague, qui serait un chaudron à cervoise sacrée, celle-ci étant considérée comfflc équivalent du sôma = haôma, pour une cérémonie analogue au Yasna ; peut-être aussi du xuxewv grec (//. 11, 624, 641; Od. 10, 234; "cf. Loisy, Mystères^, p. 69).

NOTES COMPLÉMENTAIRES (p. 347) 419

et apparaît plus original le mouvement qui devait aboutir à la conception chrétienne de la vie éternelle (cf. infra, N. G. XXVIII, ErÔs et Aga-pè) [L. G.].

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