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De l'ensemble de ces témoignages il résulte que les âmes des morts, plus ou moins profondément endormies, ne sont pas immédiatement jugées. Elles demeurent (sauf les idées des Arabes et celles de l'école d'Aphraate, supra, p. 449) en réserve jusqu'à la fin des temps dans les réceptacles secrets d'un se'ôl compartimenté.
Il arrive cependant que ce lieu d'attente perde son caractère de prison ou de dépôtj qu'il s'humanise en devenant, par combinaison avec Le. 16 22 le sein {sinus) ou le giron (gremhim) d'Abralaam (i) : « Non ei dominentur umbrae mortis, nec tegat eum chaos et caligo tenebrarum, sed exutus omnium criminum labe, in sinu Abrahae patriarchae
phétie de Zoroastre, — la première manifestation du Sauveur et son second avènement (cf. déjà dans le même sens — à propos de Clément d'Alexandrie, Str. 5, 5, 43, 1, éd. Stahlin, p. 443, 3 — Mages hellén. t. II, p. 363, note 2, et p. 372, note 3). Cela est très frappant dans un fragment du Livj-e des Scholies de Théodore Bar Kônaï, que le R. P. Paul Peeters a traduit du syriaque {Mages hellén., t. II, pp. 126-128). Les rapports en paraissent beaucoup plus étroits encore (sans doute a-t-il été retouché par une main chrétienne, ibid. t. I, p. 53, on dirait un centon de textes bibliques) que ne le dit le traducteur avec les Ecritures chrétiennes, si on le rapproche aussi bien des traits qui se réfèrent à la parousie que de ceux qui se réfèrent à la naissance du Sauveur victorieux {Sausyant = (Ttoxr'p = Salvator) : « Ils se saisiront de lui et le tueront {Mt. 17^2) sur le gibet {Act. 5^0) ; la terre et le ciel porteront le deuil de sa mort violente {Mt. 27^^)... Il ouvrira la descente vers les profondeurs de la terre {Mt. 12^°); et de la profondeur il montera vers le haut. {Rom. 10^-7 ; E-ph. 4 9-1")., Alors on le verra venir avec l'armée de la lumière {Mt. 25 3")^ porté sur les blanches nuées {Mt. 24 30); car il est l'enfant conçu du Verbe générateur de toutes choses {lo. 1^^; Lc.l^^-^^)». Et sur une interrogation d'Hystaspe, Zoroastre reprend : « Il surgira de ma famille et de ma lignée {Le. 132). jg suis Lui et II est moi. Je suis en Lui et II est en moi. {lo. 14^1, sous cette réserve qu'il ne s'y agit pas d'un ancêtre humain et de son descendant). Quand se manifestera le début de son avènement, de grands prodiges apparaîtront dans le ciel (Le 21 25 sur la parousie). On verra une étoile brillante au milieu du ciel {Mt. 2 2-9 sur la naissance, se référant implicitement à Nu. 2417). Sa lumière l'emportera sur celle du soleil {Protév. de Jacques, 212; ign. Eph. 19 2; Diodore de Tarse dans Phot. Diblioth., PG. 103, col. 877; S. J. Chrysost. in Mt. hom. 6, PG. 57, col. 64 ; Ps.-Alcuin, De div. off., PL. 101 col. 1178, dans Mages hellén. .t. II, p. 48 ; Ev. arabe de l'Enf., éd. P. Peeters, coll. Hemmer-Lejay, p. IX, autre version de la prophétie de Zoroastre d'après le ms. orient. 32 de la Biblioth. Laurentienne, et aussi pp. 3 et 9). Il vous faudra être sur vos gardes et veiller {Me. 14 33 37 5^^- la parousie) à ce que je vous ai dit et en attendre l'échéance {Le. 21 23 sur la parousie) parce que vous connaîtrez à l'avance {ibid.) l'avènement du grand roi {Mt. 2 2 et ps.-Mt. ^9 1-2 sur la naissance ; Orac. sibyll. 3,652 ; dans la mosaïque de Bethléem (1169) on lisait sous la Sibylle d'Erythrée : E caelo rex adveniet, Mâle, XII^ siècle.^ p. 175) que les captifs attendent pour être délivrés (/ Petr. 3^^ ; Hipp., Trad. apost., prière eucharistique : ut mortem solvat et vincula diaboli dirumpat et infernum calcet et justos ilhtminet, éd. Botte, p. 32)... Ne le négli-i gez pas, pour qu'il ne vous fasse pas périr par le glaive {Hebr. 113^,37); car il est le roi des rois, et c'est de lui que tous reçoivent la couronne (// Tim. 4 8). Moi et Lui, nous sommes un {lo. 10 30 sous la même réserve que plus haut lo. 14 H) » Si artificiels que soient ces rapprochements, il n'en est pas moins vrai que des deux côtés une échéance, la même échéance, est annoncée, celle du Jugement dernier, à laquelle les fidèles sont invités à prendre garde : c'était assez pour que les chrétiens crussent reconnaître le Christ dans le Victorieux {Sausyant) annoncé par la prophétie de Zoroastre.
(1) IV Macc. 13 1'' : o'jToj; TraSôvraç r^t-iac, 'Aêpaàjj, /.a', 'laaàx xai 'laxwê 6uo8É^ovxai, xaî ■rcàv'cai; o\ Traxéosî Èiratvsao'jJtv (éd. Swete, The O. T. in greek, t. III, p. 751).
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coUocatus, locum lucis et refrigerii se adeptum esse gatideat, et cum dies judicii advenefit, cum sanctis et electis tuis eum resuscitari jubeas » (i).
Au grand jour du Jugement, elles recouvreront leur propre corps, et c'est alors qu'elles auront à traverser le fleuve de feu. Ce feu n'aura pas seulement pour effet, comme dans l'ancien mazdéisme des Gâthâ avestiques {swpra^ p. 225), de distinguer et séparer les bons des méchants. Il ne sera plus une simple ordalie. Il aura en outre, comme dans le Boimdahîsn, une triple fonction : 1° de laisser passer les bons sans lésion ni souffi-ance ; 2° de purifier ceux des coupables qui peuvent encore être régénérés ; 3° de tournienter éternellement les pécheurs incurables.
Ces idées archaïques subsistent encore chez S. Augustin, De civ. 20, 26 : « quando igné novissimi judicii mundabuntur. . . Proinde qui post judicium cum fuerint igné mundatl qui ejusmodi mundatione sunt digni ». S. Augustin, il est vrai, ne semble plus connaître ici l'effet lénifiant du feu sur les âmes des justes, celui que VAvesta comparait à l'action du lait chaud {swpra, p. 225). Il ne voit plus que sa morsure sur les deux classes de coupables. De civ. 16, 24 : « Significatur isto igné dies judicii dirimens carnales per ignem salvandos et in igné damnandos ». Il connaît pourtant un feu qui ne blesse pas, Enarr. 11 in Ps. XIX, § 9 : « sed aliud est igné non laedi, aliud per ignem salvari » (2). Mais c'est plutôt à l'idée de purification qu'il s'attache, Enarr. in Ps. XCVl : ce feu qui marche devant le Seigneur (3), quel est-il ? « quis est ergo ille ignis .? Possuraus eum accipere in poenam malorum, possumus in salutem redemptorum ». Il brûle l'élément mauvais, le médiocre, le foin (/ Cor. 3 12) 5 mais il n'a pas d'effet sur le bois vert, siicco spiritali vigens et virens. Et c'est ainsi que, selon les dispositions intérieures de chacun, il peut avoir des actions diamétralement opposées : « ille ardet, tu mânes integer » ; le foin est détruit, mais l'or est purifié : « arserat enim fenum ut purgaretur aurum ».
Mais les chrétiens ne s'en tinrent pas à ce stade de leur pensée. Ils en vinrent, eux
(1) Du supplém. alcuinien au Sacrant, grég., oraison avant la sépulture, Muratori, II, col. 216 (texte analogue après la sépulture, ibid.) = Pontif. romano-germanique, dans Martène, éd. de Venise, 1788, t. II, p. 389 = Pontif. rom. du Xll^ s. éd. M. Andrieu, St. e T. 86, p. 283.
(2) A rapprocher d'Origène, In Ps. 37 (36) (PG. 17, col. 128) : à[j.apxoXwv SI aitxexai -f) V-H'i-i] xoù Ttopdi;, wc 7) 'EpuOpà AlyoTiTuo'^, où fji'?)v xa! 'Eêpaîwv. Id. In Ez. hom. 1, 3 (éd. Bâhi-ens, p. 324) : « Quis est ignis iste sic sapiens... ut illaesum relinquat eum, qui in me est, lapidem pretiosum, ut mala tantum consumât quae feci, quae superaedificavi ligna, fenum stipulam î » ■ : ' , ' ' I ' ' ! ■ f i !
(3) Ps. 97 (96) 3 : « Ignis ante ipsum praecedet, et inflammabit in circuitu inimicos ejus » (cf. Ps. 50 (49) 3 : « ignis in conspectu ejus exardescet, et in circuitu ejus tempestas valida). C'est de Ps. 97 (96) 2.3 q^e dépend le vers du Carmen Sangallense : Crux micat in çaelis, niées -praecedit et ignis; et probablement aussi le verset supplémentaire ajouté à Vznûenne Libéra entre le xe et le xii^ s. : « Dum veneris judicare saeculum per ignem », — Le feu a pour effet de disperser les ennemis de Dieu, mais ce. n'est pas la raison pour laquelle il le précède : c'est en signe de sa majesté. Transposition au Dieu d'Israël de l'antique cérémonial royal en Ifan. Cf. Ammien Marcellin 23, 6, 34 (éd. Clarik, p. 316 = Mages Hellén. II, p. 32) : « f eruntque si justum est credi, etiam ignem caelitus lapsum apud se sempiternis focuUs custodiri, cujus toyiionem exiguam, ut faustam, praeisse quondam Asiaticis regibus dicunt ». Sur la persistance et le développement de cette tradition chez les Ptolémées et de là chez les Césars romains, cf. ^ages hellén. II, p. 52. — Hérodien, Hist. rom. 1, 50-55, dit que Commode considérait Marcia presque comme une épouse, et que, « si l'on eût porté le feu devant elle, elle eût joui de tous les honneurs qu'on rend aux impératrices ».
aussi, à admettre, comme l'avaient déjà fait les mazdéens, aussitôt après le trépas un jugement particulier (i), lequel au demeurant n'excluait pas que se tinssent à là fin des temps, les grandes assises du Jugement- dernier.
La même évolution se produisit dans l'Islam. On y vit apparaître au décès de chacun, un jugement particulier que le Qoran {su-pra, p. 448) n'avait pas prévu, Et ici l'influence directe de l'Iran est certaine : car l'âme, au sortir de la vie, doitl subir l'épreuve du pont Sirât (Goldziher, Le dogme et la Loi de l'Islam, p. 82), qui n'est autre, sous un autre nom, que le cinvat de VAvesta {swpra, p. 143) (2).
Le Qoran ne semble pas attacher grande importance à la conservation des restes humains. Il suppose, comme allant de soi, l'inlaumation du cadavre, mais il ne condamne pas l'incinération : il l'ignore. Il parle des ossements qui revivront, Qor. 75 3-4: : « L'homme pense-t-il que nous ne réunirons pas ses os ? Oui certes, nous avons pouvoir d'arranger jusqu'aux phalanges de ses doigts » (3). Mais il ne dit pas que leur conservation soit une condition de la résui-rection. Il dit bien que comme la nature renaît sous la pluie, ainsi se fera la résu^rrection {su-pra, p. 447) à partir de peu de chose, comme la première formation (4) :. ici un peu d'eau, là un peu de pous-
(1) Il arriva parfois que ce jugement particulier fût considéré, non comme prononcé du dehors, mais comme issu de l'âme elle-même prenant conscience de son indignité. Ps.-Denys, Ep. 10 (PG. 3, col. 1117, supra, p. 417, note 2). L'idée se retrouvera chez Ste Catherine de Sienne, Dial. 43 ; Ep. 44 [24-x] à Berengario degli Arzocchi ; et un peu plus tard chez Ste Catherine de Gênes, Purgat. 8, dans Vita mirabile... éd. Spinola, 4°, Gênes, 1681, p. 187 ; chez l'une et chez l'autre seulement pour . le jugement particulier.
(2) Peut-être le souvenir du pont cinvat est-il à l'arrière-plan de ces versets de IV Esdr. 7 " ; « Si non transierit angustum, in latitudinem quomodo venire poterit f » (cf. Gry, le. p. 133); 7 ''-^ : « Introïtus autem ejus angustus et in praecipiti positus, ut esset a dextris quidem ignis, a sinistris vero aqua alta. Semita autem est una sola inter eos posita, hoc est inter ignem et aquam, ut non capiat semita illa nisi solummodo vestigium hominis », cf. Gry, le, p. 135. - Dans le christianisme au contraire il n'y a nulle trace de ce pont, à moins que l'on ne veuille en trouver une lointaine réminiscence dans l'échelle de sainte Perpétue (Passio S. Perpetuae, 4, supra, p. 282); plus lointaine encore dans une image chère à sainte .Catherine de Sienne : Le Médiateur est un pont par lequel il faut passer — dessus et non dessous {Dial. 27) — pouf atteindre le Père céleste : e non bastarebbe a v.oi ad avère la vita perchè'l Pigliuolo tnio vi sin fatto ponte, se voi non teneste per esso (Dial. 22 ; cf. en outre 20 ; 21 ; 25-31, et Fawtier- Canet, La double expérience de Catherine Benincasa, Paris, 1948, p. 325). Mais la perspective est différente. Il ne s'agit plus seulement ici d'une ordalie après la mort comme moyen de discrimination entre les bons et les méchants : il s'agit de la voie ouverte pendant toute la vie à ceux qui veulent gagner le royaume des cieux. — Cf. Odes de Salomon 39 ^-H (éd. Labourt-Batiffol) pp. 36 et 114) : « Le Seigneur y (= sur les torrents) a fait un pont par sa parole, / il a marché et il les a traversés à pied... / Le chemin a été frayé pour ceux qui passent après lui)/ pour ceux qui parfont le chemin de sa foi et adorent son nom » (Rendel Harris, p. 134).
(3) Qor. 23 37 , 23 84; 27 69; 371.6 = 1752 = 17101 = 56^6.47.
(4) Cyrille de Jér. Catech. 18 de resurrectione, 9 {PG. 33, col. 1027) : 5pa où/. oi8:(iJ.ev '^\^ •fluLsxÉpai; •jitocj'co'.ffS'oç -ciuv (î'0fJi'/.x(0v vT\^t 'jTtoOefftv ; ê? àxÉXwv TûoayjxsTcov Ttof/iffaç -fijjiâç ô Oeéç, ap'Z 'î'O'J' TîEaôvxai; ÈycTpat où Sùv/xai ; — Sur la nature de l'infimité, àtÉXï) Tzpiy^i.xxa, dont nous sommes faits, la précision donnée par Qor. 80 18 est déjà chez Théophile d'Antioche, Ad Autolycutn, h 7 ('PG. 6, col. 1037) : Tcpwxov ^Iv yàp ô'xt i-Koir,ai cte oùx ovxoç eiç xo ETvai... xaî l'^Xaffé as. i^ ^1?"^ oùsîa; |i.ixpâi; xat èXaj^iax'/)^ paviSoç.
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sière, Qor. 80 l'^-^i : « De quoi l'a-t-Il créé ? / d'une goutte de sperme ; / Ill'a créé et façonné ; j II lui a rendu la voie aisée ; / Il le fait mourir et l'ensevelit ; / et quand il Lui plaira, Il le fera revivre ». Mais ce peu de chose n'est pas indispensable à la toute puissance de Dieu.
Ni Adam, ni Jésus n'ont eu de père en ce monde, Qor. 3 52 ; « Jésus est aux yeux de Dieu ce qu'est Adam, que Dieu forma de poussière, et II dit : sois, et il fut », Il en est des morts comme de ceux qui ne sont pas encore : Dieu peut leur 'dire : sois, et cela vient à l'être [Qor. 2 ^^^ ; 6''^, 16^2) (i), Et il faut qu'il en soit ainsi pour que l'homme ne puisse se dérober à Lui, échapper au jugement, la résurrection dans le Qoran ayant pour but essentiel d assurer une sanction à la vie de ce monde.
L'attitude du Christianisme est moins radicale. Sans doute nombre de chrétiens ont-ils pensé, à la suite des Juifs et des Indo-européens, qu'une sépulture régulière était nécessaire et à la tranquillité des survivants (sufra, p. 22) et à la paix du défunt, y compris — lorsque l'idée en est venue, — la résurrection,; CIL, t. V, no 5415 : « ut hune sepulcrum numquam ullo tempore violetur, sed conservet usque ad finem mundi, ut possim sine iinpedimento in vita redire, cum venerit qui judicaturus est vivos et mortuos » -, inscription de Ma'rata dans la Syrie du nord {Princeton ex-ped. div. III, sect. B, p. 106, dans Relig. orient. *, p. 248) : AloV/io; [j.sv o'tx-^acwç TÙTTOî, Totç Sî ys. eôffîêô)^ Çv'ffacrtv îspo'j itpoTï'jXa'.a -îtxo'xSvtoo' aveu y^? "^'j-t^i;, Èxe[vt,i; où5<C!e^ti; [jiîTo-^oi; ET-<;a!> Ils n'ont pas connu le rite de l'os resectitm, puisqu'ils ne pratiquaient pas l'incinération {swpra pp. 23 et 388). Et l'on ne voit pas qu'ils aient conservé l'idée juive qu'il y a dans la colonne vertébrale un osselet ovale, infrangible et imputrescible, à partir duquel se fera la résurrection (2). Mais enfin ils s'efforçaient de se faire délivrer les corps des martyrs afin de leur donner une sépulture honorable {swpra, p. 340).
Ils ne s'en tinrent pourtant pas à ces idées anciennes. Et ils en vinrent à penser qu'il n'était pas nécessaire que les restes fussent en tout ou partie conservés pour que la- résurrection fût possible, Tatien, Adv. Graec. 6 {PL. 6, col. 819 A : -cov aô-uov ^poTtov
(1) Cf. Minucius Félix, Octavius 34, 9 : « Porro difficilius est, id quod non sit incipere quam id quod fuerit iterare. Tu perire et Deo credis, si quid ocuHs nostris hebetibus subtrahatur f ». Et Athénagore, De Resurrect., 3 {PG. 6, col. 980) : t\ yàp (jir, ovxa xarà xf|V upcoTriV auff-cauiv £Tco(y,i7E ri, TÎôv àvOpwirwv awfxaxa xal xài; toÛtwv àpyàç, xa; 8ta)^u0ivTa xaÔ' ô'v av t'jyri TpÔTrov, àvadT-Zicrei |j.£xà xTjÇ aùxï,<; {ou x^? 'i^Tf/^) eûfxapEÎa!;. È-!T!ffr,î yàp aôxîf) xa' xoûxo âuvaxov. — Efficacité de la parole créatrice : Gn. 1 ; Ps. 33 (32) ^ -. « quoniam ipse dixit et facta sunt, / ipse mandavit et creata sunt » ; Judith, 16 l'' : « quia dixisti et facta sunt, / misisti spiritum tuum et creata sunt, / et non est qui résistât voci. tuae » ; Basilide, dans Hippol. Philosophumena, 7, 22 : dcXXà eTtte, 'fr,a\ xal l-^éytio. En Egypte « l'idée de la force créatrice du verbe existe déjà nettement dès les textes des Pyramides » (Moret, Rit. du culte journalier, p. 155, note 4). Le Mâ^ Kherou, qu'il soit dieu, mort divinisé, roi ou officiant, est celui dont la voix réalise ce qui n'était que représentation ou simulacre (Virey, Tombeau de Rekmarâ, pp. 101 et 149 ; et Relig. de l'anc. Egypte, p. 84 ; Moret, le. pp. 152-165). — Inscription hiéroglyphique du temple de Dendérah sous Néron (ap. Festugière, La Révélation d'Hermès Trism., t. I, Paris, 1944, p. 69) : « Révélation du Dieu de la Lumière, Râ, lui qui existe dès le commencement, Thoth, lui qui repose sur la Vérité. Ce qui jaillit de son cœur a aussitôt existence ; ce qu'il a prononcé subsiste pour l'éternité ».
(2) Réponse de R. Josué ben Hanania à l'empereur Hadrien, LevR 18, 1 et GetiR. 28, 2, pp. 261 ss., ap. Bonsirven I, p. 484. Détails sur cet osselet dans Bartolocci, Bibliotheca rabhinica, Rome, 1675, I, pp. 86 ss.
ô yev^jxevoç xat 8ià OavdcTou "[AY]xéTi wv, auOd; te |j,r(/.é8' iî)pô[/,evo(;, è'aofjiai itaXiv, djffTtsp jji."^ TcSt'Xai •ysYOviix;, eTta YevvYjÔEd;. Kâv uup èÇ cpaviari jj(.ou xo aapx.t'ov, £^aT(J!.tcr0ETffav tt|v uXtqv ô xôa:|jioi; XEytopTf/cev xSv èv uoxafioïi;, xâv sv OaXâooatî Ix8aitav7)6w, xav ôttô Gr;p[(i)v SiaffTTocffGtï) Ta|j,£(ot<; èvaTcdxEtjjiai irXoucriou SeaTcoTou.
D'où l'idée que peu importait la sépulture. Certains exaltés d'Egypte allaient, dans la ferveur de leur pénitence, jusqu'à réclamer que leur corps fût privé de sépulture humaine et enfoui comme celui d'un animal, xoù |j.y) xaTa$u.)6-?;vat aùxov àvOpwTttvïic; iot.or,<^, àXXà àXÔYou, et jeté au courant du fleuve ou abandonné aux bêtes dans un champ, ^ h> xif) pE(âpqj -cou Tcoxajj.ou. t] iv à^pti) xoTç 07)pîoi(; irapotSoG'^vai (S. Jean Climaque, Scala Parad. grad. 5, PG. 88, col. 772 B).
C'était braver les idées reçues, contredire aux traditions les mieux assises (i). S. Augustin demeura dans une plus sage mesure. De cura -pro mortuis, 3 (4) = De Civ. i, 12 : « Proinde ista omnia, curatio funeris, conditio sepulturae, pompa exsequiarum, magis sunt vivorum solatia quam subsidia mortuorum ». Et il rappelle le vers de Lucain, Phars. 7, B19 :
Caelo tegitur qui non habet urnam.
Ce n'est d'ailleurs pas raison pour abandonner les dépouilles des morts, De cura ■pro mort. 3 (5) = De Civ. i, 13 : « Nec ideo tamen contemnenda et abicienda sunt corpora defunctorum, maximeque justorum atque fidelium, quibus tanquam organis et vasis ad omnia bona opéra sancte usus est Spiritus » (2). Mais si, pour quelque cause que ce soit, les obsèques sont impossibles, il ne s'en faut pas troubler, et les adversaires auraient tort d'en tirer argument pour narguer ceux qui ont été privés de sépulture : car, à défaut de pompe funèbre et d'un tombeau de marbre, ils ont été portés par les anges dans le giron d'Abraham [De cura pro mort. % (4) = De Civ. I, 12) et leurs corps n'en seront pas moins ressuscites, ihià. : « Quanto minus debent de corporibus insepultis insultare Christianis, quibus et ipsius carnis membrorumque omnium reformatio non solum ex terra, verum etiam ex aliorum elementorum secretissimo sinu, quo dilapsa cadavera recesserunt, in temporis puncto reddenda et redintegranda promittitur ».
Et pourtant les anciennes idées étaient si puissamment implantées qu'elles survécurent encore longtemps. D'où la longue suite des imprécations contre les violateurs de sépultures : « insepultus jaceat, non resurgat » (Bosio, Roma sotterranea, Rome, 1632, p. 436) ; « quia hoc [hjossa removit, anathema sit (Le Blant, Inscript, chrét. de Gaule, no 13); et encore sur le tombeau d'un prêtre du x^ siècle : « et nullus violet hoc sepulcrum, et qui praesumpserit in diem judicii non resurgat » (Oderici Sylloge vetermn inscriptîonum, p. 352) (-3).
Mais ce ne sont là que survivances d'un état d'esprit archaïque. En réalité ce qui importait aux chrétiens, c'était bien encore, comme aux temps antiques, le repos —
(1) axacpoi : SMpra, pp. 22, 23, 84, 319 ; cadavres de suppliciés jetés au fleuve ou à la voirie : supra, p. 340 ; xuvoëpwxot : supra, p. 316.
(2) Ainsi Monique avait-elle demandé qu'on l'enterrât n'importe où, Conf. 9, 11 (27) : « Ponite, inquit, hoc corpus ubicumque : nihil vos ejus cura conturbet ; tantum iUud vos rogo ut ad Domini altare memineritis mei ubi ubi fueritis » ; 9, 11 (28) : « Nihil, inquit, longe est Deo, neque timendum est ne ille non agnoscat in fine saeculi unde me resuscitet ». Cf. encore 9, 13 (36).
(3) D'après Dict. d'archêol. chrét. s. v. « Ad Sanctos », col. 484. Supra, pp. 107, 320.
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Requiem aeternam dona eis, Domine (i) : — seulement ce n'était plus la léthargie de la tombe {supra, p. 24), ni la vie exténuée du se'ôl dans la poussière et dans la nuit Isiifra, p- 55) 5 ce n'était pais non plus l'ivresse que les mystes avaient attendue de leur banquet sacré dans l'espace aérien aux abords de la Lune (supra, pp. 246, 2ç8), ni l'absorption de leur conscience personnelle dans la vision extatique de l'Un (supra, pp. 302, 385 et N, C. XXIX p. 433). C'était, comme cliez les mazdéens, le règne de Dieu dans le royaume des cieux.
Pourtant ni ce règne ne ressemblait au KhsaOrâ d'Ahoura-Mazda, ni la réalisation du royaume ne résultait, comme selon le mazdéisme, de l'action guerrière d'un yazata, rex magnus de caelo, Sausyant, c'est-à-dire le Victorieux, qui s'identifie au Sol invictus rex. Non que ces images soient entièrement étrangères à la représentation du second avènement {supra, p. 453, note 3 ; et Me. 13 2^; Mt. 24^8 et 25^1; Le. 21^''). Mais le second avènement n'est ici que la conclusion de ce qui se sera produit par d'autres moyens. Le Messie chrétien ne vient pas en chevauchée de conquérant ni sur un char de feu comme un héros solaire : «Tressaille de joie, fille de Sion», avait-il été dit {Zach. ()^'^ Mt, 21 5) :
voici que ton roi vient à toi
humble et monté sur un âne
sur un ânon, poulain d'ânesse.
C'est en ce petit arroi que Jésus de Nazareth, roi messianique, rex magnus de caelo, fit son entrée dans la Ville sainte par une voie jonchée de rameaux. Et ce triomphe pacifique s'acheva sur un gibet au Golgotha, entre deux voleurs, afin qu'il fût mani-
(1) Antiphonaire dit grégorien, In agenda mortuorum, PL. 78, col. 722. Ce texte, qui a tant préoccupé Fr. Cumont durant les dernières années de sa vie, provient — il ne l'ignorait pas [Symbolisme, p. 385) — de F Esdr. {su-pra, p. 448, n. 1) dont il existe deux recensions, la française A (Amiens), S (Sangerman. = BN. lat. 11504-11505), et l'espagnole C (Complut, à Madrid), M (Mazar. à Paris), L (Légion.), l'une et l'autre éditées par Bensly et R. James, T. and St. III, 2. Rec. fr. p. 5 : « Requiem aeternitatis dabit vobis. Parati estote ad praemia regni : quia lux perpétua lucebit vobis per aeternitatem temporis » ; Rec. esp., p. 86 : « Requiem aeternitatis vestrae dabo vobis... Parati estote ad praemium regni. Lux perpétua lucebit vobis, et aeternitas temporum vobis parata est ». F Esdr. lui-même pourrait dépendre ici à' H en. 96^-3 : « Ayez confiance, ô justes... loin de la face des méchants, qui gémiront et pleureront sur vous comme des Sirènes (éthiop. tsêdonât, cf. Is. 13 21 ; Jér. O' 36 39). Ne craignez donc pas, vous qui souffrez, car il y aura un remède pour vous, une claire lumière luira four vous, et du ciel vousi entendrez la voix du repos-». — ^ Selon Edmund Bishop, Liturgica historica, Oxford, 1918, p. 189, la première mention liturgique de ce texte se trouve dans le supplém. alcuinien au Sacram. grég., Muratori II, cxjl. 215 : « Requiem aeternam dona ei, Dne », en tant que capitule, quando anima egreditur de corpore. Cependant la substance en apparaît déjà en 747, au canon 27 du concile de Cloveshoe : « Dne, secundum magnam misericordiam tuam da requiem, animae ill., atque ei, pro tua immensa pietate, gaudia lucis aeternae donare cum tuis sanctis dignare » ce qui, selon Bishop {le. p. 189), n'implique pas nécessairement que la formule fît dès lors partie de la liturgie anglaise. En revanche Fr. Cumont {Symbolisme, p. 385, note 3) se fondait sur les épitaphes du cimetière d'Aïn-Zara (ve-vic s.) près de Tripoli d'Afrique, où la formule se trouve, en tout ou partie, vingt-six fois, pour penser que V Esdr. est bien antérieur au v^ siècle. Sans doute aussi faut-il déduire de là que si l'usage liturgique du Requiem a été, comme le voulait Bishop {Book 0/ Cerne^ p. 35), gotho-gallican avant d'être romain, c'est d'Afrique qu'il sera passé en Espagne ^t en Gaule.
4éo LUX PERPETUA
festé qu'il n'est plus grand amour que de donner sa vie pour qui l'on aime {lo. 15 13\ Ainsi fut inauguré le royaume, selon qu'il avait été dit, Le. 17 2O-21 ; « La venue du règne de Dieu n'est pas objet d'observation. L'on ne dira point : « Il est ici ou il est là » ; car voici : le règne de Dieu est parmi vous ». Et il consiste essentiellement, si l'on peut employer ici cette terminologie paulinienne et johannique, dans une seconde naissance, une naissance d'en haut, dans la transformation du charnel en spirituel, et du vieil homme en homme nouveau (i). Ce qui revient à dire qu'il introduit dans la vie de ce monde une perspective d'éternité : et c'est en effet dans l'éternité qu'il trouve son achèvement, et qu'il obtient, au delà de toutes les restrictions, conditions ou modalités de ce monde, en union avec le Père céleste ( ^), la vie éternelle dans la lumière sans déclin... et Liix -per-petua luceat eis (3).
Ltix perpétua, lumière sans déclin. Ici se retrouve encore l'influence mazdéenne. C'est le Garôtman (supra p. 270 ; Symbolisme, p. 179 avec la note 2), splendeur indéfectible, immense lumière de l'Empyrée (supra pp. 187, 217, 270, 400) où se tenait, au-dessus de tous les mondes, le grand dieu de lumière, Ahoura Mazda (stipra, p. 270). Lumière en soi, antérieure à tous les luminaires, — selon Gn. i ^ -. Dieu dit •. « Soit la lumière, et la lumière fut », — et qui survivra à l;eur destruction, S. Ambroise, De bono morth, 12, 53 (PL. 14, col. 154) : « Non Solis istius usus erit aut Lunae neque Stellarum globi, sed sola Dei fulgebit claritas ».
Ici le christianisme a recueilli un héritage (4) qui, tardivement reçu par Israël (5), n'avait pas appartenu à la vieille croyance des Juifs. Car la première origine — autant qu'on la puisse atteindre — en est à chercher dans le monde avestique. C'est de là qu'elle est venue, — comme la pluie de feu dont parle Dion Chrysostome (supra, p. 430), tiiéophanie zoroastrienne sœur de la théophanie mosaïque, — illuminer dès l'origine les premières espérances chrétieimes. C'est du premier témoin, Etienne le protomartyr, qu'il
(1) Les raisons invoquées par Loisy (Synopt. II, pp. 402-403) contre cette interprétation ne sont pas décisives. TertuUien, Adv. Marc. 4, 35 (PL. 2, col. 448) admettait déjà que le texte devait s'entendre en ce sens que le royaume de Dieu est dèsi à présent à notre portée : « quis non ita interpretabitur intra vos est, id est in manu, in potestate vestra, si audiatis, si faciatis Dei praeceptum ? »
(2) Supra, p. 431, N. C. XXVIII.
(3) V Esdr. 2 35 (^f. supra, p. 448, note 1). Le premier usage liturgique de ce te-ate, est dans l'Office romain l'antienne pour le Magnificat au Commun des Martyrs (vers le ix^ s. selon Bâumer, Hist. du Brév., tr. fr. I, p. 93) -. « Lux perpétua lucebit sanctis tuis, Dfie, et aeternitas temporis ». Dans un ms. de la Vallicelliana, B 63, recueil factice oii se trouve un fragment de missel plénier du monastère de S. Eutychius près Nursie (Ebner, Quellen und Forschungen %tir Gesch. des Missale rom., p. 198), dom de Bruyne (Revue Bénédictine, 1908, p. 359) a reconnu dans une messe de communi plurimorum Martyrum une épitre empruntée à V Esdr. 2 ^2.48.
(4) Sacrant. Lêonien (Muratorl, I col. 453) : « Praesta, Dne, quaesumus, animae famuH tui misericordiam sempiternam [immensam], ut eam, mortalibus nexibus expeditam, lux aeterna possideat ».
(5) Is. 60 19 : « Erit tibi Dns in lucem sempiternam » ; Ps. 35 ^o : « . In lumine tuo videbimus lumen » ; Apoc. d'Elie, 2 3-8, éd. G. Steindorff (7'. U. XVII, 3, p. 37) : « Ist keine Pinsternis an diesem Orte noch / Nacht ? » Er erwiderte mir : « Nein, denn der Ort, / an dem die Gerechten sind und / die Heiligen nicht ist Fânsternis an/ jenem Orte, sondern sie sind / i" dem Lichte aile Zeit ». IV Esdr. T^^^, Gry (le. p. 217) : « La mort est bousculée et la vie se dresse, / la corruption est évincée et la lumière s'impose »,
NOTES COMPLEMENTAIRES (p. 232) 461
est dit, Act. 7 55 : « Cum autem esset plenus Spiritu sancto, intendens in caelum, vidit gloriam Dei 'Hin"! "llS,!!!!!) et Jesum stantem a dextris Dei. Et ait : Ecce video caelop apertos et Filium hominis stantem a dextris Dei ». Ainsi se réalisait pour le premier 0iartyr chrétien, à l'instant même où il allait succomber sous les pierres de ses bourreaux, la promesse quasi mazdéenne inscrite aux psaumes d'un prophète pharisien (i) :
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O'jx ly.y.zi'hz'. tzi. [L. C.].
(1) Ps. de Sal. 3 16, éd. Viteau, p. 270. Cf. Passio S. Perfeime 11 (éd. Armitage Robinson, T. and St. I, p. 78) : « Viditnus lucem immensam » (tpw; X'JiixTtp6ra-oy e'iîo^sv) ; 12 (p. 80) « Et venimus prope locuna, cujus loci parietes taies erant quasi de luce aedificati (':o'you; waavi! £■/- cp'uTO:; 'j)xooo[j.Tj[jLivo'jq) et ante ostium loci illius angeli quattuor stabant, qui introeuntes vestierunt stolas candidas. Et introïvimus et audivimus vocem unitam dicentem : Agios, agios, agios, sine cessatione ».