XXX. — PARENTALIA CHEZ LES CHRETIENS (Chapitre I, p
Outre les parentalia générales, qui se célébraient du 13 au 21 février, il y en avait de particulières à chaque famille, dont la date variait suivant les anniversaires (Rohde, Psyché, trad. fr. p. 194, note i), et qui cornportaient le repas funéraire appelé cara cogiiatio. Ce n'est pas aux -parentalia générales, comme l'a cru P. de LabrioUe (Aug. Conf. 1. 1, p. 118) que S. Augustin, Conf. 6, 2, rattache le rinfresco {refrigerium) auquel se livraient les chrétiens dans leurs cimetières sur les tombeaux des martyrs {infra, p. 453, note i), mais aux parentalia familiales : guia illa quasi parentalia superstitioni gentiliiim essent simillima {supra, pp. 30 et 40 ; cf. en outre Aug. Bp. 29 à Alypius, évêque de Thagaste).
En revanche la fête du 22 février, Cathedra Pétri, loin de se référer, comme il est
advenu ensuite, au magistère du Prince des Apôtres, était primitivement un banquet
funéraire — cathedra, entre autres sens, a celui-là (3) — célébré sur son tombeau le
lendemain des parentalia qui venaient de s'achever. C'est à ce souvenir que se rattache
la mention du calendrier de Polemius Silvius : VIII Kal. Mart. depositio sancti Pétri
et failli cara cognatîo. Une autre trace s'en retrouve au second concile de Tours (567),
canon XXII (Mansi, t. IX, col. 803) : Suntenimqui in festivitate cathedrae domni Pétri
afostoli cibos mortuis offerunt, et post missas, redeuntes ad domos proprias, ad gen-
tîlium revértuntur errores (cf. Delehaye, note au Martyrol. hier., AA. SS. nov. 11^,
P' 129). Ce texte ne se rapporte pas directemient à la cathedra entendue au sens àecara
cognatio. Il ne signifie pas que, faute d'avoir à leur portée le tombeau de l'Apôtre,
, les fidèles festoyaient chez eux en son honneur. Mais il signifie qu'après être allés
I célébrer sa fête à l'église, ils revenaient chez eux et, parce que c'était le 22 février,
' s acquittaient des rites des parentalia. Il atteste donc la persistance de la cara cognatio
(1) Cf. aussi Riwâyât XIV (ap. Massignon, La Passion d'Al Hallâj, p. 89S) : « Quiconque "Connaît ce monde périssable ne Me connaît point. Quiconque se familiarise avec les créatures "S peut être mon ami. Celui qui est mon ami ne connaît ni l'agrément ni la peine que ce monde procure. Quand Je regarde mon serviteur fidèle, Je le vois une lumière comme un de mes anges»; Ibd Adham (mort en 160/777) (ap. Massignon, Essai sur les origines... p. 226) : * Tourne vers Dieu ton visage, et Dieu tournera son visage vers toi et te comblera de sa grâce » [comparer la bénédiction d'Aaron, Num. 6 2*-26]. « Et quand il viendra à Moi, je lève- 1^1 les voiles entre lui et Moi, et il Me considérera tout à son aise. Puis Je dirai : « Reçois
j * bonne nouvelle (absir) ». Quel mal vous ont fait vos ennemis, puisque Me voici votre Paix» ?
(2) Cette note se réfère en outre à N. C. V, Les Lemuria, supra, p. 396. mri ^^' ^^'P'''^' P- ^^' ^'^^^ ^^ ^°*^ ^' ^* "^^ Klauser, Die Cathedra im TotenkuU, Munster,
436 LUX PERPETUA (p. 22)
le 22 février, et par suite, mais indirectement, le caractère primitif de la cathedra Pétri. La même conclusion se tire des sermons 190 et 191 du ps. -Augustin (i) (dans l'appendice aux sermons de S. Augustin) qui font en outre une allusion précise à la pratique du refrigerium : serm. 190 : « Miror cur afud quosdam [in]fideles hodie tam 'perniciosus error increverit, ut sufer tumulos defunctorum cîhos et vina conférant quasi egressae de corporîbus animae carnales cibos requirant » ; serm. 191 : Haec sunt (= les prières, mortifications, aumônes, actes de charité) quae caros vestros juvare -possunt, haec sunt refrigeria quiescentium, haec remédia defunctorum. (Cf. Klauser, le. ; Liet^manij Petrus urid Paulus in Rom^, Berlin, 1927; Parrot, Le « Refrigerium » dans l'au-delà 171 pp. in-80 Paris, 1937, pp. 135 ss. ; et supra, pp. 37 à 40). [L., C.].
XXXI. — ANIMAE CONDITIO, "fAPïSIS, ET BEKINAH (Chapitre I, p. 22).
« Sans doute les formules liturgiques qu'on prononçait (aux funérailles) avaient-ellej le pouvoir de fixer l'ombre dans le tombeau », qui allait être à jamais sa demeure, domus aeterna {supra, p. 25, infrà, p. 446). Il peut en être ainsi même quand, faute de restes à ensevelir, on doit se contenter d'un funus im.aginarium {supra, p. 24) : tel fut le cas aux funérailles de Polydore, Virgile, En. 3, 67 : « animamque sepulcro/condimus »,
Il s'agit, à proprement parler, d'une installation du défunt dans sa nouvelle résidence, dont le rite principal semble être une conclamatio solennelle (2). Le scholiaste de Térence, p. 59, 10 (dans V,hes. l. L., s. v. « conclamo ») dit que l'on veillait le cadavre pendant huit jours, et que le neuvième on criait : « plus ne vit ». C'est alors qu'on le portait au bûcher. Il semble ne s'agir ici que de s'assurer du décès. Servius est d'accord sur le délai de huit jours {En. 6, 218). Mais la conclamatio qui se fait à ce moment, et paraît précéder l'incinération, est selon lui «la dernière». Il y en avait donc eu une ou plusieurs autres auparavant, mais Servius ne dit pas en quelles circonstances. Il dit seulement, en se référant à Pline, Hist. Nat., qu'elles se faisaient par intervalles, et que c'était pour s'assurer que la vie avait cessé. Il est donc ici d'accord avec le scholiaste de Térence.
Il n'ignore pourtant pas qu'il y en avait une autre raison, En. i, 223 : « Umbrae ad-sepulcra vocabantur ». Une fois le sépulcre préparé, on appelait, pour la troisième fois, le défunt par son nom (3), et par trois fois on lui disait : vale : « post enim
(1) On peut se demander, encore que dom Morin n'y ait pas songé, s'ils ne seraient pas w saint Césaire d'Arles.
(2) Cette conclamatio se faisait aussi, dit Servius {En. 1, 223 et 3, 67-68) pour ceux li" avaient péri en terre étrangère, et elle était triple, comme on le voit dans En. 6, SOS : « TuflC egomet tumulum Rhoeteo in litore inanem / constitui, et magna Mânes ter voce vocavi »•
(3) Il subsiste quelque chose de cette cérémonie à la mort du Pape où, avant de faïf' dresser l'acte de décès, le cardinal camerlingue, frappant d'un marteau d'argent le pontife a front, l'appelle trois fois par son nom de baptême. N'ayant pas obtenu de réponse, il *"
NOTES COMPLEMENTAIRES (p. az) 437
nomen defimcti tertio vocatum, dioebatur : voie, vale, vale ». Contrairement à ce qui a été dit pliis haut, il semble que cet adieu se faisait, non pas ayant l'incinération, mais au moment où le tombeau se refermait sur les cendres et sur l'ombre (i). C'est ce qui résulte non seulement à' En. 3, 66-68 : « Inf erimus tepido spumantia cymbia lacté, sanguinis et sacri pateras, animamque sepulcro, condimus, et magna supremum voce ciemus », mais aussi du commentaire que Servius donne de ces vers : « Est autem hoc loco quod dicimus more solemni, id est tertio : vale ». Après quoi tout est fini, 6, 510 : « Omnia Delphobo solvisti et funeris umbris », ce que Servius explique « quia, constituto tumulo, mânes vocavit ».
Sacrifice ou offrandes, appel, salut, cette cérémonie a tous les caractères de T'iSpuatç par laquelle im dieu est incorporé à sa statue (^ôavov, a^aX^-a), à son autel (pu>ix6î), ou installé dans son sanctuaire ( vaoç ) ou son enclos sacré ( téfievoî ) (sufra, pp. 23, 26 et ^29 ; cf. en outre Ch. Picard, Manuel d' Archéologie grecque, Sctxlpture, période archaïque, I, p. 50 j E. Reisch, Entstehung und Wandel griech. Gôttergestalten (2) ; et Weynants-Ronday, Les statues vivantes) (3).
Le détail de la cérémonie ne nous est pas connu. En Egypte elle comportait, pour la statue d'un mort, un baiser du célébrant, identifié à Horus, qui lui transmettait le fluide vital, à moins que ce ne fût l'âme elle-même qu'U. avait reçue du mourant dans un dernier baiser (supra, p. 78 et Symbolisme, p. 119) : « Je viens pour te baiser, moi, Horus, je te presse la bouche, moi, ton fils qui t'aime » (Ph. Virey, Zlombeau de Rekhmarâ, p. 139) ; pour les statues divines comme pour les momies, un rite de « l'ouverture de la bouche, des yeux et des oreilles », àf ro, ou oun ro (A. Moret, Rituel
alors : « vere Papa mortuus est » (Lucius Lector [Mgr Guthlin], Le Conclave, Paris, s. d., p. 147).
(1) Ces cérémonies sont à rapprocher de ce qui se passe dans les funérailles chinoises, Weynants-Ronday, Les statues vivantes, Bruxelles, 1926, p. 185 : Le prêtre lit une lettre adressée au mort : « Cette lettre annonce d'abord au défunt qu'on a dressé une tablette pour son âme et qu'elle peut aller y habiter pour le temps à venir ; ensuite qu'im repas a été déposé devant la tablette à son intention. En conséquence le prêtre invite par trois fois l'âme à venir prendre possession du nouveau siège préparé pour la recevoir » ... « Lorsque le couvercle du cercueil est sur le point d'être rabattu sur le corps, ... la tablette est placée sur la poitrine du mort, et le fils aîné s'agenouille à côté du cercueil en disant : « Père (ou mère), lève-toi ! » Après quoi on ferme le cercueil tandis que le fils du mort va mettre avec respect la tablette sur la table » (d'après J. J. M. de Groot, The religions System of China, I, Leyde 1892, pp. 71-74 et 94). En fin de compte on rapporte la tablette à la maison, et l'âme du défunt est réputée y habiter dorénavant : il n'y a pas animae conditio dans le sépulcre, mais retour à la maison familiale.
(2) Vortrag gehalten in der feierlichen Sitzung der Kaiserl. Akad. der Wissensch., 27 mai 1909, *1 pp., Vienne 1909. Je n'ai pu, à mon grand regret, trouver cette brochure à Paris.
(3) A la notion d"{8puotç a succédé celle d'inauguration, de dédicace, èyxatvtÇetv, qui correspond pour le sens à hébr. 'IJH) ancien égypt. hnk, lequel signifie préparer, au sens d'offrir,
"lais aussi d'accoutumer, d'allécher (Prov. 22**). On aurait pu croire que quelque chose de ce Qernier sens était passé dans ÈYxaivîÇstv, car les anciennes éditions du Lexique de Pollux donnent ; tô 81 ctYctXjJia l8p'jiTx<î9ai èpe'ïç xaî (Jtv5<Ta(j8at, ÈvstT^aaaOai, àvaffxïjffat, xa618pû<Tai, iYA.%Qi^p6- 'wOai. [Èy/.aivîaat -utj) Oeîf)], lyx.a.Qlc'Xi xt^i ve'L, x,a9aj(îiwïxi, xxOiepwaai, èv-£iJ.sv{tjat. Mais précisément ^s mots que nous avons mis entre crochets sont, d'après E. Bethe, Pollucis Onomasticon, Leip- '^% 1900, t. I, p. 3, une interpolation byzantine qui ne se trouve que dans les mss. BPS,
divin journalier en Egypte, p. 52), qui provenait peut-être, en ce qui concerne la statue divine, de son parallèle babylonien « l'ablution et ouverture de la bouche » (Zinunern 146-151, dans Loisy, Sacrifice, pp. 27^~'i77) i^)'
Toujours est-il que le dieu était si expressément censé résider dans sa statue qu'au dire de Diogène Laërce (2, 11, 5, Stil-po), pour avoir soutenu que la Pallas Athèné de
èÇslOs'îv f2i. Pausanias (3, 7) savait aussi que si la Victoire aptère était sans ailes, c'était pour qu'elle n'eût pas moyen d'abandonner le camp d'Athènes, 'A9T|Vctîwv 8è ff|v nîxt|V aÛTôOi àeî jiévstv, oùx ovtwv tcteowv. et qu'à Sparte la vieille statue d'Ares Enyalios avait les pieds entravés TtsSai; èox'.v è'j^wv 'Evuàlioç, à^aXjia àpjç^a'ïov, afin, pensaient les Lacédémoniens, qu'elle ne. pût s'enfuir : outtote xôv 'EvjàXiov cpô'jyovxa, oi)(^ï;ffeo9a£ oiptaiv, htjfx^i^m Taïç TréSatç ( 3 ) .
La notion d"t8pu<n(; n'était pas, on vient de le dire, propre aux Indo-Européens. Elle existe chez les Sémites, suivant lesquels il y a une présence, une inliabitation (hebr. sekinah, arabe sakinat, cf. ass. sakânu) du dieu dans son trône (môtab) ou
(1) Cf. Ph. Virey, op. cit. pp. 130-154, et La religion de l'ancienne Egypte, Paris, 1910, pp. 261 ss. — De cette ouverture de la bouche, soit égyptienne, soit babylonienne, on ne peut guère éviter de rapprocher le rite du baptême romain par lequel au dernier scrutin, immédiatement avant la renonciation à Satan (supra, p. 423, note 4) le célébrant, en touchant de son doigt humecté de salive les oreilles et les narines du baptizand, dit : Ephpheta, quod est adaperire [Les narines sont substituées à la bouche à cause du baptême des femmes, De Sacrant, 1, 3 : quia mulieres baptizantur']. Ce rite est emprunté à l'histoire de la guérison du sourd-muet dans Me. 7 ^^. Mais il n'est pas exclu qu'il s'y trouve, précisément à l'occasion de la nouvelle naissance, une vague réminiscence de l'animation de la statue divine. Comparer l'animation d'Adam, Gn. 2 "^ ; l'animation d'une figurine de terre, Ev. de l'enf., armén. et arabe, éd. Peeters (coll. Hemmer-Lejay) pp. 44 et 200, et Qor. 3 *3 ; et la réanimation, par Elle, de l'enfant de la veuve de Sarepta, / Reg. 17 21-22. — L'on pourrait encore se demander si, lors de la création des cardinaux, il n'en est pas de même de la double cérémonie de Vocclusio et de Vaperitio arts (V. Martin, Les cardinaux et la curie, Paris, 1930, in 12°, p. 32) : le pape en ouvrant le consistoire, déclare fermer la bouche aux nouveaux cardinaux, afin qu'ils ne puissent émettre leur avis ; puis au cours de la cérémonie, s'adressant de nouveau à eux, il leur dit : « Nous vous ouvrons la bouche, de sorte qu'en consistoire, dans les congrégations et dans les autres fonctions cardinalices, vous puissiez émettre votre avis » . Sans doute veut-on exprimer ainsi l'étroite dépendance ovi ils sont placés à son égard ; mais peut-être aussi demeure-t-il au fond de tout cela le relent d'une très vieille idée : c'est que le pape substitue chez le cardinal qu'il vient de « créer » une personnalité nouvelle à l'ancienne, au vieil homme, un homme nouveau.
(2) L'histoire n'est pas tout à fait claire : il y a aussi dans la querelle une question du double genre, masculin et féminin, de Oeôç . Mais cet élément paraît secondaire par rapport a" premier.
(3) Il pouvait arriver en d'autres cas que l'intention fût différente : il y avait aussi une statue encapuchonnée de Alorphô (:= Aphrodite) : y.-/6f,xa'. 51 xaXûit-cpav te E^ouaa, à laquelle) après coup, on avait lié les pieds, ...xal TtiSaç rep'. to'ji; TtoaL. Les hommes espéraient ainsi s assurer la fidélité de leurs femmes (Pausanias, 3, 11). — Cf. encore Hésych. s. v. KXrjtSsc;.
NOTES COMPLEMENTAIRES (p. 22) 439
dans son autel (niHTQ) (i) Gn. 3320, 35'i' ; Ex. 17I6, 324.5 . ^«^. 524 . dans son sanctuaire ( ID^n) Am. 56 ; Gn. 351-7 . dans son enclos sacré (ni;^, arabe bayt (2) Din»
arabe b^ram etc.); dans son idole (hébr. ;02, Ql^. arabe sanam), Ex. 32 *-^ et Lagrange, Etudes sur les religions sémitiques 2, pp. 92-93 sur le taureau, image du dieu babylonien Hadad, et son rapport avec Yahweh) ; dans son arbre sacré, {Gn. 21 33), ou
pieu divin iHl'ffi'H). Deut. 1621. Cf. A. "Vincent, La religion des Judéo-Aràméens d'Elé- ■phantine, in-80, Paris, 1937, pp- 562 à 621 5 et Râbi'ah. al Idawïah, mort en 185/801 (dans Massignoa, La Passion d'al Hallâj, p. 276) : « La Ka'ba est l'idole {sanam) de Dieu sur cette terre. Il n'y est pas enclos, mais il n'en est pas absent ».
Cette notion de la sekinah apparaît clairement dans le Qoran 2 2^^-^*^, fondation, de la Ka'ba par Abraham et Ismaël, et déjà dans la Bible à propos de l'Arche dans le Tabernacle {Nu. 10 35-36 ; Ps. 132), et en ce qui concerne le Temple de Salomon, les deux récits parallèles de la dédicace, 7 Reg. 8 et // Chron. ^-y, où il est aisé de retrouver, dans le second surtout, sous les remaniements du rédacteur deutéronomiste, les éléments primitifs, notamment Va-p-pel de Nu. 10 35.36 = Ps, 1338 = ps, 68 2. Dieu est appelé pour qu'il vienne, qu'il s'arrête, qu'il s'installe, qu'il se fixe, / Reg. 8 ^3 pu/ ;. qu'Aquila traduit par toù axYjvûjai, d'où dans 0' la leçon particulière à l'Alexan-
drimis.
A cet appel, pour manifester l'agrément qu'Abraham et Ismaël, selon Qor. 2*^^ avaient déjà demandé pour la Ka'ba, Yahweh répond, // Chron. 7 1-3, non seulement par un embrasement spontané de l'autel, // Chron. 7 ^ (= Ex. 40 2*), mais par une théophanie (qui se trouve une première fois avant la prière de Salomon, donc trop tôt, dans / Reg. 8 10.11 et II Chron. 51*), // Chron. 7I : « Et la gloire de Yahweh em-plit la maison »
y.x! 80^'/ xupEou IsCkt^isi {'isTù) '^""'^ oTxov Le mot est significatif : N ;53 comme ass. malû., qui veut dire em-plir, indique la prise de possession (cf. Is. ô^ dans O' ; Ex. 2922;
Ex. 28 3). Trois notions sont à distinguer ici : 1° TT^U/, installer ou introniser, einsetzen
(hiph. '2M}'\, setzen lassen) ; 20î^;Q, emplir, fiillen, qui suppose que Dieu vient occuper la maison ; 30 njn. dédier, vouer, widmen, qui est offrir le temple à celui pour
qui on l'a construit. Ces trois notions concourent et s'unissent dans l'idée plus générale
de consécration, "C/"[p, Einweihung, ou d'appropriation, qui leur est commune et permet
de passer de l'une à l'autre.
Ainsi obtient-on que Yahweh soit parmi son peuple, / Reg. 8 ^'^ : ysvoito (Tl'') >"JptO(; ô Oîdî :?) [j.(ov [X-eO' -^iiJLtôv (^JQÎJ) xa6ù); ^v [/.età xwv iraTiptov •^.jjlwv, et Ps. 132^* : « C'est ici le lieu de mon repos pour toujours. / Ici je résiderai, car je l'ai désiré ». Infra p. 441, n. I.
C'est bien, à l'égard de Dieu, l'équivalent de l"(5puini; grecque : mais on retrouve
(1) Porphyre, De Abst. 2, 56 (dans Eusèbe, Trêp. êv., 156) dit de l'autel des Aoufiaxïjvot d*Aral^ie : à ypûvrat wç ^oâvw (Lagrange, Relig. sémit. pp. 191 et 261).
(2) Suivant Lammens (Vincent, /. c. p. 609), arabe bayt, à l'origine, ne signifie pas une "laison, mais une enceinte de pierres circulaire (comme le bidental des Romains), au centre de laquelle était une pierre levée, d'oiï chez les Cananéophéniciens beth-el ]>■ bétyle. Le sens de maison proviendrait de la tente de cuir {qobba) qui était habituellement dressée près du bétyle, cf. Gn. 28 22. Infra, p. 440, n. 3.
aussi dans cette cérémonie les traits qui caractérisent la constitution de la domus aeterna, lorsque, réunissant les restes dans le tombeau, on y fixe l'ombre avec eux : animamque sepulcro condimus {En. 3, 67-68). Et le parallélisme est rigoureux puisque, de même qu'on appelle Yahweh pour qu'il vienne prendre possession du Tabernacle ou du Tem-
f»le {Nu. 10 35-36 ; Ps. 132^ j Ps. 68 2), de même une dernière fois — précisément pour 'attirer dans sa domus aeterna — on adresse au mort un suprême appel : et magna, sufremum voce ciemus {En. 3, 68). C'est à cette conception de la survie, non dans les espaces célestes ni dans l'Hadès, mais d^ns la sépulture elle-même, que se rattache le culte des Parentalia (cf. sufra, N. C. V, p. 396 et XXX, p. 434).
Il est passé quelque chose de ces idées dans le christianisme. Non pas peut-être dès l'origine, où l'inhabitation du Seigneur dans l'Eglise est d'ordre proprement, strictement spirituel, Mt. 18^0 ; « car où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis là au milieu d'eux ». Texte qui apparaît capital à qui veut bien se souvenir de l'assimilation que le Christ selon Matthieu fait de lui-même à l'Auteur de la Loi, 5 21 : « Vous avez entendu qu'il a été dit aux anciens... Et moi, je vous dis... » ; 5 i'? : car « je ne suis pas venu abroger, mais accomplir » ; de telle sorte que, pour comprendre en sa plénitude le sens du « je suis là au milieu d'eux », il n'est que de le rapprocher de son parallèle talmudique, Pirqé Aboth, 3, 8 : « Et d'où vient que lorsque dix hommes s'assemblent pour prier [c'est le minian\ la sekînah est au milieu d'eux ?... Et d'où vient que lorsque deux s'assemblent pour étudier la Loi, la sekinah est au milieu d'eux ? ... » D'où il résulte que dès l'origine le Christ glorifié a été considéré par les chrétiens comme la réalité spirituelle dont la sekinah avait été la forme impersonnelle et abstraite. Et c'est sans doute ainsi que s'est concrétisée plus tard, sous les influences conjuguées du sémitisme et de l'aryanisme, l'idée que sa présence résidait dans l'autel, De Sacramentis, 5, 2, 7 {PL. 16, col. 447) : « Qtuid est autem altare nisi forma corporis Christi ? » (i) et aujourd'hui encore dans la monition adressée par l'évêque à l'ordinand sous-diacre dans le Pontifical romain : « Altare quidem sanctae Ecclesiae Christus est » ; qu'il y avait donc lieu, lorsqu'on érigeait un autel, de l'oindre de baume et d'huile (2), comme l'antique Jacob avait fait la pierre levée de Louz qu'il appela Béthel, c'est à dire « maison de Dieu » {Gn. 28 ^''-i^) (3). De là aussi l'antienne qui se chante encore aujourd'hui en la circonstance, selon le Pontifical romain : « Mane surgens Jacob erigebat lapidem in titulum, fundens oleum desuper ; votum vovit Domino ; vere ïocus iste sanctus est, et ego nesciebam » (d'après Gn. 28 ^''-22).
De là aussi cette trace d"i8pu(j'.<; qui demeure dans le même livre liturgique à Vordo pour la consécration d'une église : « ut domus haec, quae tua subsistit dedicatione solemnis, tua fiât habîtatione sublimis ». La nuance était encore plus marquée dans la collecte de la messe de consécration qui est passée du pontifical romano-germanique aa pontifical romain du xii^ s. (4), St. e C 86, p. 193 : « Deus, qui invisibiliter omnia
(1) Cf. De Sacrant. 4, 2, 7 {PL. 16, col. 437) : « Forma corporis altare est, et corpus Christi est in altari ».
(2) Déjà au ive siècle, S. Ephrem Syrien, Hymni de Virginitate, éd. Rahmani, p. 13 : « pa"^ elle {=^ l'huile) les autels sont oints et deviennent dignes du sacrifice ».
(3) Sous réserve de ce qui est dit supra, p. 439, note 2. Sur Béthel considéré comme nom d'un dieu distinct de Yahweh, cf. R. Dussaud, Origines cananéennes du sacrifice israélite, Paris, 1921, pp. 231 ss.j comme identifié à Yahweh après avoir été temple divinisé, dieu-temple, cf. A. Vincent, le, p. 577 ss.
(4) M. Andrieu, Les Ordines romani, Louvain, 1931, t. I, p. 186.
NOTES COMPLEMENTAIRES (p. 22) 441
cotitines et tamen. pro sainte generis hutnani signa tuae potetitiae visibiliter ostendis, templum hoc, <;quaesumus>, majestatis tuae înhabitatîone illustra, et concède ut omnes qui hue deprecaturi conveniunt, ex quacumque ad te tribulatione clamaverint, consolationis tuae bénéficia consequantur ».
Pour ce qui touche aux morts, il n'en subsiste presque aucun vestige, si nette est dans le christianisme la distinction entre le corps qui retourne à la terre, et l'âme qui entreprend, assaillie par les démons et les vents, mais assistée par les anges et les saints {Symbolisme, pp. 129, 143, 37g ss., 502, 504), le périlleux voyage vers l'au-delà que décrit, selon les religions antiques, le chapitre VII ci-dessus. Il n'est pourtant pas exclu qu'il en reste quelque chose dans la cérémonie de la bénédiction d'un cimetière au Pontifical romain, où, quoique la distinction de l'âme et du corps y soit toujours scrupuleusement observée, le soin que l'on prend cependant de « purifier, bénir, sanctifier, consacrer » le cimetière afin de le préserver de l'incursion des esprits mauvais, atteste suffisamment qu'il s'agit d'établir, non pas un -pudridero, mais un lieu de repos, quietis sedem, tm dortoir, didcis requies et pausalio (i) mortuorum, où attendre en paix l'heure de la résurrection. L'idée est encore plus nettement exprimée dans deux prières pour la bénédiction du loculus, de la tombe individuelle. Pontifical romano-germanique, puis Pontifical romain du xii^ s. {St. e V. 86, p. 288) : « Rogamus te. Domine, sancte Pater, omnipotens aeterne Deus, ut digneris benedicere et sanctificare hoc sepulcrum et loculum in eo collocatum, ut sit remedium salutare in eo quiescentium, et redemptio animarum, atque tutela et munimen contra saeva jacula inimici ». — « Sanctificetur illud habitaculum, Domine Deus, per nostram supplicationem, et fugatur ab eo spiritus immundus per virtutem Dni nostri J.-C, ut sit placita requies corporum fidelium quae post modum in eo collocabxmtur » (2). La même note est encore donnée par deux oraisons de l'Ordo sefeliendi clericos romanae fraternitatis, Pontif. de la curie rom. au xiii° s. {St. e C 87, p. 509) : « Respice, Domine, super hanc fabricam sepulturae ; descendat ad eam, Domine, Spiritus tuus sanctus ut, te jubente, sit in hoc loco famulo tuo quieta dormitio ; et tempore judicii cum sanctis omnibus vera resuscitatio ». — p. 512 : « famulis et famulabus tuis omnibus, hic et ubique in Christo quiescentibus, da propitius veniam delictorum, ut a cunctis reatibus absoluti, tecum sine fine laetentur ». Ici nulle distinction de corps et d'âme -, nulle survie consciente, ni dans la tombe, ni dans le se'ôl ou l'Hadès, ni dans les espaces célestes. Un sommeil total, où rien ne luit. Mais une promesse pour l'avenir. Cf. infra, N. C. XXXV, p. 450.
Peut-être ces textes se rattachent-ils à un ancien état de la pensée judéo-chrétienne qui se retrouve encore dans le Qoran, 50 ^'^^ et 75^" (3) selon lequel l'âme, n'ayant pas
(1) Cette halte, pausatio, paraît bien être celle de Ps. 132 1* : au-rr) -Jj xaxâ-irautjtç iiou, que la Vulgate hiéronymienne traduit par haec requies mea. De là vient l'antienne Haec requies mea, du ps. Mémento, Domine, David dans Vordo pour la bénédiction d'un cimetière au Pontif. rom. 3-u xne s., éd. M. Andrieu, St. e T. 86, p. 287. Et l'on voit ainsi appliquer aux morts ce verset 14 du Ps. 132, qui est un psaume d'intronisation de Yahweh (S. Mowinkel, Psalmenstudien, 1921- 1924). La halte (nn^JQ) ou déposition de l'Arche est devenue symbole du repos du défunt {supra, p. 439) : Haec requies mea in saeculum saeculi : hic habitabo, quoniam elegi eam.
(2) C'est une idée bien différente de celle de S. Augustin, qui affirme, De Civ. I, 12 = De cura pro mortuis, 2 (4) que « nuUus sensus est in corpore occiso ».
(^) Qor. 50 1* : « Avons-Nous été fatigué par la première création ? Et ils sont dans le doute quant à la nouvelle ! » — 75*0 : « N'est-Il donc pas capable de ressusciter les morts ? » Rapprocher S. Augustin — qui pourtant çrçit à la survie dç l'âme en attendant le jugement,
de vie indépendante du corps, le défunt s'endormait tout entier du sommeil de la terre jusqu'au jour où il serait ressuscité pour les grandes assises du Jugement, comme par ime création nouvelle. Ecce nunc in -pulvere âormiam, dit Job 721. Et cette poussière n'est pas celle du se'ôl ou de Varallou où survivent à demi-conscientes les ombres exténuées des morts, non : c'est la poussière de terre en laquelle il a été dit que nous devions retourner, Gii. 3 ^^ : quia -pulvis es et in fulverem reverteris. Ansi parle Job lui-même, 10 ^ : et in -pulverem reduces me. Mais viendra le jour où cette poussière reprendra vie, 19 25 : et in novissimo die de terra surrecturus sum... et in carne mea victebo Deiim meuni [selon la Vulgate 5 le sens de l'hébreu est autre]. C'est l'idée sousjacente au vœu dont sont encore aujourd'hui gravées tant de stèles chrétiennes : in s-peni beatae resurrectionis . . . Aussi n'avons-nous nulle part rien rencontré dans les textes chrétiens qui rappelle le animant sepulcro condimus de Virgile. Comment en serait-il autrement ? Ces textes oscillent entre deux conceptions : ou la vie de l'âme séparée, en voyage vers l'au-delà, donc absente du tombeau ; ou, dans le tombeau même, un sommeil si profond de tout l'être qu'il n'est point d'âme vagabonde qu'il y ait lieu d'y fixer.
Il y a oepiendant un cas, un seul, où se retrouve quelque chose de Vanimae condUio dans le sépulcre : c'est celui de l'érection d'un autel sur le tombeau d'un martyr ou, ce qui revient au même, de l'ensevelissement d'un martyr sous l'autel, ou de l'inclusion de ses reliques dans la cavité — qu'on appelle sé-pidcre — dont est creusée la pierre de l'autel.
Le salut du martyr étant assuré par sa mort, et plus généralement celui du confesseur de la foi étant attesté par le consensus omnium, sa présence peut être appelée du ciel en terre, dans le lieu saint de sa sépulture. L'autel, ainsi qu'il a été dit plus liaut (p. 440), est assimilé au Christ. Mais tous les saints reposent en Christ, omnibus in Christo quiescentibiis (canon de la messe romaine), et Dieu habite parmi ses saints : ainsi l'autel peut-il être le lieu d'une double inhabitation du Christ et de ses témoins : « Deus, dit une oraison de Vordo pour la conséci-ation d'un autel, qui ex omnium cohabitatione sanctorum aeternum maf estait tuae condis habitaculum... ». D'où la coutume de l'Eglise de Rome, à laquelle fait allusion S. Ambroise, Ef. 22 à sa sœur Marcellina, PL. 16, col. 1019, sur l'invention des corps saints de Gervais et Protais, qui lui permit, comme le réclamait le peuple, de dédier une basilique à la romaine : — « Sicut romanam basilicam dedices !» — « Faciam si martyrum reliquias invenero ».
Mais encore fallait-il que l'esprit de ces saints suivît leurs reliques. Et c'est ici que réapparaissent très clairement — dans les ordines -çoMt la consécration de l'autel stable et de l'autel portatif [lapis ou altare itinerarii) — les deux notions conjointes et confondues de r'îSpuff'.c; d'un dieu et de Vanimae conditio : « Surgite sancti Dei de mansionibus vestris... Ambulate, sancti Dei, ad locum praedestinatum qui vobis praeparatuffl est ». C'est l'appel que nous avons entendu retentir et aux funérailles (supra, p. 436) et à la consécration du lieu saint {supra, p. 439). Et l'on suppose, aussitôt après, qu'il a été entendu, qu'il est exaucé : « Sub altare Dei sedes accepistis... Exsultabunt sancti in gloria, et laetabuntur in cubilibus suis » {Ps. 149^) (i).
— Civ. I, 12 = De cura pro mortuis 2 (4) : « terra ... quam totam implet praesentia sui (Deus) qui novit unde resuscitet quod creavit ». Cf. infra, p. 458, note 2.
(1) Cf. S. Ambroise, Ep. 22, à sa sœur Marcellina (PL. 16, col. 1023 B) : « Sed ïHe (= Christus) super altare, qui pro omnibus passus est ; isti sub altari, qui illius redempti sunt passione ». S. Augustin, Serm. 318, de martyre Stephano, V : « Non aram fecimus StephanOj sed de reliquiis Stephani aram Deo » (éd. des Bénédictins, t. V, col. 886). — Duchesne, Ori-
NOTES COMPLEMENTAIRES (p. 328) 443
Tant il est vrai que les idées, en se transformant, se perpétuent, et que les plus lointaines traditions des civilisations antiques, soit indo-européenne, soit sémitique, à moins qu'elles ne remontent au delà de l'une et de l'autre, se survivent dans un jour nouveau et avec une vertu nouvelle dans la religion qui, sans s'y asservir — elle n'en est pas absente, mais elle n'y est pas enclose ( 1 ) — en a recueilli l'archaïque héritage [L. C.].
XXXII. — SALUT DES « AHORES » BAPTISÉS (Chapitre VII, p. 328, note 4)
Le Rituel romain, dans VOrdo sepeliendi farvulos, prescrit que les enfants qui sont morts avant l'âge de raison soient couronnés de fleurs ou d'herbes aromatiques ou odoriférantes en signe de l'intégrité de leur chair et de leur virginité.
Nous sommes ici tout à fait à l'opposé de la malédiction qui pesait sur les « ahores ». Les enfants baptisés, morts en bas âge, ont maintenant un sort privilégié. On leur applique les paroles du Ps. 24 ^-^ : « Quis ascendet in montem Domini ? aut quis stabit in loco sancto ejus ? — Innocens manibus et mundo corde, qui non accepit in vano animam suam, nec juravit in dolo proximo suo ». Ce que le Rituel d'Alet^, 1677, explique ainsi : « Il faut traiter les corps de ces petits enfants comme des temples dans lesquels le saint Esprit a toujours fait sa demeure : c'est pourquoi il est bon de les enterrer séparément des autres chrétiens ». C'est peut-être ici la tardive interprétation chrétienne d'une coutume qui avait' primitivement la signification contraire, et qui a survécu, avec son sens primitif en ce qui concerne les enfants morts sans baptême, sur qui s'est concentrée l'antique malédiction qui avait d'abord frappé l'ensemble des « ahores » {sufra, pp. 327-328) [L. C.].
gines du culte 5, 1920, p. 427 a bien vu que « ce rituel est exclusivement funéraire. On prépare le tombeau du saint, on l'y transporte, on l'y enferme, on répand un parfum à l'intérieur «t à l'extérieur du sépulcre ». Et plus loin, p. 435 : « De ces deux rituels \le romain et le gallicanl, ^^ premier, le rituel de type funéraire, est certainement et purement romain, comme on le voit et par ses documents et par son accord avec ce que nous savons des anciens usages romains en ce genre de choses ». L'antienne Sub altare Domini sedes accepistis se trouve déjà dans VOrdo de Saint-Amand (Duchesne /. c. pp. 498-499), dont le ms. {Paris. 974), qui est du ixo s., reproduit im exemplaire bien plus ancien (M. Andrieu, Les Ordines romani, t. I, pp. 492-493). Et dans la première messe de la Dédicace au Sacram. Léonien (Muratori, I, col. 308) : « Qui ut in omni loco dominationis tuae beati Pétri apostoU magnifiées potestatem, non solum ubi venerabiles ejus reliquiae conquîescunt, sed ubicumque pretiosa reverentia fuerit invocata, tribuis esse -praesentem, nunc etiam perseverare demonstres. . . ». (1) Cf. supra, p. 439.
aussi dans cette cérémonie les traits qui caractérisent la constitution de la dontus aeterna, lorsque, réunissant les restes dans le tombeau, on y fixe l'ombre avec eux : animamque sepulcro conditnus (En. 3, 67-68). Et le parallélisme est rigoureux puisque, de même qu'on appelle Yahweh pour qu'il vienne prendre possession du Tabernacle ou du Tem-
f»le {Nu. 10 35-30; Ps. 1328; ^5. 68 2), de même une dernière fois — précisément pour 'attirer dans sa domus aeterna — on adresse au mort un suprême appel : et magna sn-premum voce ciemus {En. 3, 68). C'est à cette conception de la survie, non dans les espaces célestes ni dans l'Hadès, mais dans la sépulture elle-même, que se rattache le culte des Parentalia (cf. su-pra, N. C. V, p. 396 et XXX, p. 434).
Il est passé quelque chose de ces idées dans le christianisme. Non pas peut-être dès l'origine, où l'inhabitation du Seigneur dans l'Eglise est d'ordre proprement, strictement spirituel, Mt. 18^0 : « car où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis là au milieu d'eux ». Texte qui apparaît capital à qui veut bien se souvenir de l'assimilation que le Christ selon Matthieu fait de lui-même à l'Auteur de la Loi, 5 21 : « Vous avez entendu qu'il a été dit aux anciens... Et moi, je vous dis... » -, 5" : car « je ne suis pas venu abroger, mais accomplir » ; de telle sorte que, pour comprendre en sa plénitude le sens du « je suis là au milieu d'eux », il n'est que de le rapprocher de son parallèle talmudique, Pirqé Aboth, 3, 8 : « Et d'où vient que lorsque dix hommes s'assemblent pour prier [c'est le minian\ la sskinah est au milieu d'eux ?... Et d'où vient que lorsque deux s'assemblent pour étudier la Loi, la sekinah est au milieu d'eux ? ... » D'où il résulte que dès l'origine le Christ glorifié a été considéré par les chrétiens comme la réalité spirituelle dont la sekinah avait été la forme impersonnelle et abstraite. Et c'est sans doute ainsi que s'est concrétisée plus tard, sous les influences conjuguées du sémitisme et de l'aryanisme, l'idée que sa présence résidait dans l'autel, De Sacramentis, 5, 2, 7 {PL. 16, col. 447) : « Q"uid est autem altare nisi forma corporis Christi ? » (i) et aujourd'hui encore dans la monition adressée par l'évêque à l'ordinand sons-diacre dans le Pontifical romain : « Altare quidem sanctae Ecclesiae Christus est » ; qu'il y avait donc lieu, lorsqu'on érigeait un autel, de l'oindre de baume et d'huile (2), comme l'antique Jacob avait fait la pierre levée de Louz qu'il appela Béthel, c'est à dire « maison de Dieu » {Gn. 28 ^''-i^) (3). De là aussi l'antienne qui se chante encore aujourd'hui en la circonstance, selon le Pontifical romain : « Mane surgens Jacob erigebat lapidem in titulum, fundens oleum desuper ; votum vovit Domino ; vere locus iste sanctus est, et ego nesciebam » (d'après Gn. 28 ^''-22).
De là aussi cette trace d"i8pu(T!; qui demeure dans le même livre liturgique à Vordo pour la consécration d'ime église : « ut domus haec, quae tua subsistit dedicatione solemnis, tua fiât habitatione sublimis ». La nuance était encore plus marquée dans la collecte de la messe de consécration qui est passée du pontifical romano-germanique au pontifical romain du xii^ s. (4), St. e C 86, p. 193 : « Deus, qui invisibiliter omnia
(1) Cf. De Sacram. 4, 2, 7 {PL. 16, col. 437) : « Forma corporis altare est, et corpus Christi est in altari ».
(2) Déjà au iv^ siècle, S. Ephrem Syrien, Hymni de Virginitate, éd. Rahmani, p. 13 : « par elle (= l'huile) les autels sont oints et deviennent dignes du sacrifice ».
(3) Sous réserve de ce qui est dit supra, p. 439, note 2. Sur Béthel considéré comme nom d'un dieu distinct de Yahweh, cf. R. Dussaud, Origines cana7jêe7ines du sacrifice israêlite, Paris, 1921, pp. 231 ss.; comme identifié à Yahweh après avoir été temple divinisé, dieu-temple, cf. A. Vincent, le, p. 577 ss.
(4) M. Andrieu, Les Ordines romani, Louvain, 1931, t. I, p. 186.
NOTES COMPLEMENTAIRES (p. zz) 441
contines et tamen. pro salute generis humani signa tuae potentiae visibiliter ostendis, templum hoc, <;quaesumus>, majestatis tuae inhabitatione illustra, et concède ut omnes qui hue deprecaturi conveniunt, ex quacumque ad te tribulatione clamaverint, consolationis tuae bénéficia consequantur ».
Pour ce qui touche aux morts, il n'en subsiste presque aucun vestige, si nette est dans le christianisme la distinction entre le corps qui retourne à la terre, et l'âme qui entreprend, assaillie par les démons et les vents, mais assistée par les anges et les saints (Symbolisme, pp. 129, 143, 379 ss., 502, 504), le périlleux voyage vers l'au-delà que décrit, selon les religions antiques, le chapitre VII ci-dessus. Il n'est pourtant pas exclu qu'il en reste quelque chose dans la cérémonie de la bénédiction d'xm cimetière au Pontifical romain, où, quoique la distinction de l'âme et du corps y soit toujours scrupuleusement observée, le soin que l'on prend cependant de « purifier, bénir, sanctifier, consacrer » le cimetière afin de le préserver de l'incursion des esprits mauvais, atteste suffisamment qu'il s'agit d'établir, non pas un -pudrîdero, mais un lieu de repos, quîetis sedem, un dortoir, didcis requies et -pausatio (i) mortuorum, où attendre en paix l'heure de la résurrection. L'idée est encore plus nettement exprimée dans deux prières pour la bénédiction du loculus, de la tombe individuelle. Pontifical romano-germanique, puis Pontifical romain du xii« s. {St. e C 86, p. 288) : « Rogamus te, Domine, sancte Pater, omnipotens aeterne Deus, ut digneris benedicere et sanctificare hoc sepulcrum et loculum in eo collocatum, ut sit remedium salutare in eo quiescentium, et redemptio animarum, atque tutela et munimen contra saeva jacula inimici ». — « Sanctificetur illud habitaculum. Domine Deus, per nostram supplicationem, et fugatur ab eo spiritus immundus per virtutem Dni nostri J.-C, ut sit placita requies corporum fidelium quae post modum in eo collocabtmtur » (2). La même note est encore donnée par deux oraisons de XOrdo sefeliendi clericos romanae fraternitatis, Pontif. de la curie rom. au xiii° s. {St. e C 87, p. 509) : « Respice, Domine, super hanc fabricam sepulturae ; descendat ad eam, Domine, Spiritus tuus sanctus ut, te jubente, sit in hoc loco famulo tuo quieta dormitio ; et tempore judicii cum sanctis omnibus vera resuscitatio ». — p. 512 : « famulis et famulabus tuis omnibus, hic et ubique in Christo quiescentibus, da propitius veniam delictorum, ut a cunctis reatibus absoluti, tecum sine fine laetentur ». Ici nuUe distinction de corps et d'âme ; nulle survie consciente, ni dans la tombe, ni dans le se'ôl ou l'Hadès, ni dans les espaces célestes. ITn sommeil total, où rien ne luit. Mais une promesse pour l'avenir. Cf. infra, N. C. XXXV, p. 450.
Peut-être ces textes se rattachent-ils à un ancien état de la pensée judéo-chrétienne qui se retrouve encore dans le Qoran, 50 ^'^ et j^ *o ( 3) selon lequel l'âme, n'ayant pas
(1) Cette halte, pausatio, paraît bien être celle de Ps. 132 '^'^ : «utt) •?) xaxâiïaucf!; u-ou, que la Vulgate hiéronymienne traduit par haec requies mea. De là vient l'antienne Haec requies mea, du ps. Mémento, Domine, David dans Vordo pour la bénédiction d'un cimetière au Pontif. rom. au xiie s., éd. M. Andrieu, St. e T. 86, p. 287. Et l'on voit ainsi appliquer aux morts ce verset 14 du Ps. 132, qui est un psaume d'intronisation de Yahweh (S. Mowinkel, Psalmenstudien, 1921- 1924). La halte (nn^JD) ou déposition de l'Arche est devenue symbole du repos du défunt {supra, p. 439) : Haec requies mea in saeculum saeculi : hic habitabo, quo7iiam elegi eam.
(2) C'est une idée bien différente de celle de S. Augustin, qui affirme, De Civ. I, 12 = De cura pro mortuis, 2 (4) que « nullus sensus est in corpore occiso ».
(3) Qor. 50 1* : « Avons-Nous été fatigué par la première création f Et ils sont dans le doute quant à la nouvelle ! » — 75*0 : « N'est-Il donc pas capable de ressusciter les morts f » Rapprocher S. Augustin — qui pourtant çrpit à la survie de l'âme en attendant le jugement,
de vie indépendante du corps, le défunt s'endormait tout entier du sommeil de la terre jusqu'au jour où il serait ressuscité pour les grandes assises du Jugement, comme par une création nouvelle. Ecce nunc in -pulvere dormiam, dit Job 7 21. Et cette poussière n'est pas celle du se'dl ou de Varallou où survivent à demi-conscientes les ombres exténuées des morts, non : c'est la poussière de terre en laquelle il a été dit que nous devions retourner. G». 3 ^^ ; quia -pulvis es et in -pulverem reverteris. Ansi parle Job lui-même, 10 ^ : et in ■pulverem reduces me. Mais viendra le jour où cette poussière reprendra vie, 19 25 .- et in novissimo die de terra surrecturus sum. . . et in carne mea victebo Deum meum [selon la Vulgate ; le sens de l'hébreu est autre]. C'est l'idée sousjacente au vœu dont sont encore aujourd'hui gravées tant de stèles chrétiennes : in spem beatae resurrectionis... Aussi n'avons-nous nulle part rien rencontré dans les textes chrétiens qui rappelle le animam sepulcro condimus de Virgile. Comment en serait-il autrement ? Ces textes oscillent entre deux conceptions : ou la vie de l'âme séparée, en voyage vers l'au-delà, donc absente du tombeau ; ou, dans le tombeau même, un sommeil si profond de tout l'être qu'il n'est point d'âme vagabonde qu'il y ait lieu d'y fixer.
n y a cependant im cas, un seul, où se retrouve quelque chose de Vanimae conditio dans le sépulcre : c'est celui de l'érection d'un autel sur le tombeau d'un martyr ou, ce qui revient au même, de l'ensevelissement d'un martyr sous l'autel, ou de l'inclusion de ses reliques dans la cavité — qu'on appelle sépulcre — dont est creusée la pierre de l'autel.
Le salut du martyr étant assuré par sa mort, et plus généralement celui du confesseur de la foi étant attesté par le consensus omnium, sa présence peut être appelée du ciel en terre, dans le lieu saint de sa sépulture. L'autel, ainsi qu'il a été dit plus haut (p. 440), est assimilé au Christ. Mais tous les saints reposent en Christ, omnibus in Christo quiescentibus (canon de la messe romaine), et Dieu habite parmi ses saints : ainsi l'autel peut-il être le lieu d'une double inhabitation du Christ et de ses témoins : « Deus, dit une oraison de Vordo pour la consécration d'un autel, qui ex omnium cohabitatione sanctorum aeternum majestati tuae candis habitaculum... ». D'où la coutume de l'Eglise de Rome, à laquelle fait allusion S. Ambroise, Ep. 22 à sa sœur Marcellina, PL. 16, col. 1019, sur l'invention des corps saints de Gervais et Protais, qui lui permit, comme le réclamait le peuple, de dédier une basilique à la romaine : — « Sicut romanam basilicam dedices !» — « Paciam si martyrum reliquias invenero ».
Mais encore fallait-il que l'esprit de ces saints suivît leurs reliques. Et c'est ici que réapparaissent très clairement — dans les ordines pont la consécration de l'autel stable et de l'autel portatif {lapis ou altare itinerarii) — les deux notions conjointes et confondues de r'îSpucrti; d'un dieu et de Vanimae conditio : « Surgite sancti Dei de mansionibus vestris... Ambulate, sancti Dei, ad locum praedestinatum qui vobis praeparatum est ». C'est V appel que nous avons entendu retentir et aux funérailles {supra, p. 436) et à la consécration du lieu saint {supra, p. 439). Et l'on suppose, aussitôt après, qu'il a été entendu, qu'il est exaucé : « Sub altare Dei sedes accepistis... Exsultabunt sancti in gloria, et laetabuntur in cubilibus suis » {Ps. 149^) (i).
— Civ. 1, 12 = De cura pro mortuis 2 (4) : « terra ... quam totam implet praesentia sui {Deus) qui novit unde resuscitet quod creavit ». Cf. infra^ p. 458, note 2.
(1) Cf. S. Ambroise, Ep. 22, à sa sœur Marcellina {PL. 16, col. 1023 B) : « Sed ille (= Christus) super altare, qui pro omnibus passus est ; isti sub altari, qui illius redempti sunt passione ». S. Augustin, Serm. 318, de martyre Stéphane, V : « Non aram fecimus Stephano, sed de reliquiis Stephani aram Dec » (éd. des Bénédictins, t. V, col. 886). — Duchesne, Ori-
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Tant il est vrai que les idées, en se transformant, se perpétuent, et que les plus lointaines traditions des civilisations antiques, soit indo-européenne, soit sémitique, à moins qu'elles ne remontent au delà de l'une et de l'autre, se survivent dans un jour nouveau et avec une vertu nouvelle dans la religion qui, sans s'y asservir — elle n'en est pas absente, mais elle n'y est pas enclose (1) — en a recueilli l'archaïque héritage [L. C.].
XXXII. — SALUT DES « AHORES » BAPTISÉS (Chapitre VII, p. 328, note 4)
Le Rituel romain, dans VOrdo sepeliendi -parvulos, prescrit que les enfants qui sont morts avant l'âge de raison soient couronnés de fleurs ou d'herbes aromatiques ou odoriférantes en signe de l'intégrité de leur chair et de leur virginité.
Nous sommes ici tout à fait à l'opposé de la malédiction qui pesait sur les « ahores ». Les enfants baptisés, morts en bas âge, ont maintenant un sort privilégié. On leur applique les paroles du Ps. 248-4 -. « Quis ascendet in montera Domini ? aut quis stabit in loco sancto ejus ? — Innocens manibus et mundo corde, qui non accepit in vano animam suam, nec juravit in dolo proximo suo ». Ce que le Rituel d'Alet^, 1677, explique ainsi : « Il faut traiter les corps de ces petits enfants comme des temples dans lesquels le saint Esprit a toujours fait sa demeure : c'est pourquoi il est bon de les enterrer séparément des autres chrétiens ». C'est peut-être ici la tardive interprétation chrétienne d'une coutume qui avait- primitivement la signification contraire, et qui a survécu, avec son sens primitif en ce qui concerne les enfants morts sans baptême, sur qui s'est concentrée l'antique malédiction qui avait d'abord frappé l'ensemble des « ahores » {sufra, pp. 327-328) [L. C.].
gines du culte 6, 1920, p. 427 a bien vu que « ce rituel est exclusivement funéraire. On prépare le tombeau du saint, on l'y transporte, on l'y enferme, on répand un parfum à l'intérieur et à l'extérieur du sépulcre ». Et plus loin, p. 435 : « De ces deux rituels \le romain et le gallicanl, le premier, le rituel de type funéraire, est certainement et purement romain, comme on le voit et par ses documents et par son accord avec ce que nous savons des anciens usages romains en ce genre de choses ». L'antienne Sub altare Domini sedes accepistis se trouve déjà dans YOrdo de Saint-Amand (Duchesne /. c. pp. 498-499), dont le ms. {Paris. 974), qui est du ix° s., reproduit un exemplaire bien plus ancien (M. Andrieu, Les Ordines romani, t. I, pp. 492-493). Et dans la première messe de la Dédicace au Sacram. Léonien (Muratori, I, col. 308) : « Qui ut in omni loco dominationis tuae beati Pétri apostoU magnifiées potestatem, non solum ubi venerabiles ejus reliquiae conquîescunt, sed ubicumque pretiosa reverentia fuerit invocata, tribuis esse praesentem, nunc etiam perseverare demonstres. , . ». (1) Cf. supra, p. 439.
444 LUX PERPETUA (pp. 335 et 340)
XXXIII. — POING COUPÉ ET SÉPULTURE INFAME (Chapitre VII, p. 335)
La main du suicide ( aùxoxeîp ) est tranchée pour être enfouie à part. II semble qu'il faille rapprocher de ce rite le supplice du parricide à qui, selon le code pénal français de 18 10, le bourreau coupait le poing avant de le mettre à mort : cet usage a persisté jusqu'à la promulgation de la loi du 28 avril 1832 qui en a ordonné l'abolition. Mais encore aujourd'hui le parricide est exécuté en chemise et la tête couverte d'un voile noir {Code pénal, art. 13). Ce voile est sans doute emprunté à la loi romaine des Décemvirs qui ordonnait que le parricide fût cousu, la tête voilée, dans un sac et jeté à la rivière. En France, avant 1791, en vertu, non d'une loi écrite, mais d'une coutume séculaire, après avoir eu le poing coupé (et voilà l'origine de l'article 13 de 18 10), il était rompu vif, puis ses restes brûlés, et les cendres jetées au vent {sufra, pp. 22 et
On a vu plus haut (p. 340) qu'à Rome le cadavre du supplicié était, à l'aide d'un
croc, traîné par le bourreau jusqu'aux Gémonies pour y être exposé, et ensuite jeté au
Tibre ; qu'à Athènes il était, sans cérémonies, envoyé à la fosse commune, TtoluâvSpiov
{ibid.). Des usages analogues se pratiquaient dans le monde sémitique, (i), notamment à
Jérusalem où le cadavre était abandonné sans sépulture au val de Hinnom (2), lieu maudit,
autrefois souillé par les sacrifices humains du haut-lieu de Topheth {]er. 7 31-33 et 19^),
qu'à cause de cela le pieux roi Josias avait proclamé infâme (// Reg. 23 ^o), et d'où est
venue dans l'Evangile la géhenne (hébr. Ge-hinnom) « où le ver ne finit ni ne
s'éteint le feu » (Me. 9 *8 -^Js. bb 2^) ; ou bien encore il était, dans les mêmes parages,
enfoui sans appareil dans un charnier de biothanates, comme fut peut-être le Hakeldama
de l'Evangile {Mt. 27''-^), champ d'un potier devenu « champ du sang », ce sang
n'étant pas celui de Judas comme il est dit dans Act. 1 1^^ mais plutôt des enfants qui
avaient été si longtemps dans le voisinage jetés au four de Topheth (Loisy, Synoptiques II,
p. 627, note 4), en holocauste à Baal, à moins que ce ne fût à Yahweh (Dussaud,
Sacrif. israélite, pp. 171-172).
A l'heure actuelle le Code pénal français dispose, à son article 14, que les corps des suppliciés seront délivrés à leurs familles si elles les réclament, « à la charge par elles de les faire inhumer sans aucun appareil » {supra, pp. 22 et 340) ; à défaut, ils sont enterrés dans un quartier spécial du cimetière, et leurs tombes ne doivent être marquées d'aucun signe ou monument.
Tous ces usages sont des survivances des traditions antiques qui font l'objet du présent ouvrage {supra, pp. 23, 339-340). Et ils ont leur commune origine dans l'idée que les Biothanati sont rejetés de la communauté des morts, et par suite exclus de l'Hadès {supra, p. 339). [L. C.].
(1) Cf. par exemple Deut. 28 26 ; / Reg. lé" ; ]ér. 7 33 j Ps. 53 6; 792; I4i 7 . Ps. Sal. 4 21.
(2) Dans la banlieue sud, au sortir de la porte aux Tessons.
NOTES COMPLEMENTAIRES (pp. 334 et 232) 44J
XXXIV. — SORT DES CROISÉS MORTS EN GUERRE (Chapitre VII, p. 334, note i)
Même doctrine chez les chrétiens en ce qui concerne la guerre contre l'Infidèle : l'archevêque Turpin dans la Chanson de Roland, v. 11 34 :
Se vos murez, esterez seinz ntartirs (i)
Le thème est repris et élargi par le cardinal Mercier, primat de Belgique, dans une lettre pastorale — Fer crucem ad lucem, p. 45 — de Noël 1914 : le Christ couronne la valeur militaire, et la mort chrétiennement acceptée assure au soldat le salut de son âme (2).
Il semble y avoir un certain relent des idées anciennes dans la vision du moine Vulferius à l'abbatiale de S. Jean de Réome (Yonne), Raoul Glaber, Hisf. 2, 9, Prou, p. 45 : passent en troupe les âmes de soldats morts en guerre contre les SarrasLas, et messagers de guerre et de mort. Ce ne sont pourtant pas des âmes errantes et malfaisantes : de blanc vêtues et portant la stola de pourpre, elles sont en chemin vers le paradis : « Professionem, inquiunt, christianitatis gestamus ; sed ob tutelam patriae catholicaeque plebis defensionem gladius nos in bello Saracenorum separavit ab humanorum corporum habitatione. Idcirco nos omnes pariter divina vocatio nunc transfert in sortem beatorum ; sed ideo per hanc provinciam nobis contigit habere transitum, quoniam plures ex hac regione infra brève temporis spacium nostro sunt addendi coUegio » [L. C.].
XXXV. — IMMORTALITE ET RESURRECTION (Chapitres I, p. 24, et IV, p. 232).
Le présent ouvrage a montré que toute l'antiquité, aussi bien indo-européenne que sémitique, a cru que les morts conservaient une vie amenuisée et débile, soit dans leur tombeau individuel familial ou collégial (supra, pp. 24 et 223) soit dans un royaume d'Hadès, Orcus, se'ôl, aralloîi, etc, conçu d'abord comme souterrain [supra, p. ,55), puis transféré à la surface de la terre dans l'hémisphère austral [supra p. 191), ou dans l'atmosphère au-dessous de la lune [sttpra, p. 208).
(1) Nous prenons le vers dans la perspective du poème, qui suppose une campagne contre les Infidèles. M. Robert Fawtier [La Chanson de Roland, in-12o, Paris, 1933), a montré qu'en réalité la Chanson de Roland a pour origine une retraite désastreuse de l'armée Caroline et un combat du 15 août 778 où l'arrière-garde, commandée par Roland, succomba sous les coups de chrétiens Basques et Navarrais.
(2) La thèse du cardinal Mercier fut censurée par son confrère le cardinal Billot le 25 mars 1915, La France catholique à Rome, p. 26 : « Dire que le seul fait de tomber consciemment pour la cause juste de la patrie « suffit à assurer le salut », ce serait « substituer la patrie à Dieu... oublier ce qu'est Dieu, ce qu'est le péché, ce qu'est le pardon de Dieu ».
Il arrivait que cette précaire survivaace se présentât comme un sommeil si profond que le défunt ignorait tout, même sa propre mort, Eccl. 96 :
xaî ol v£>cpol oux Etfftv YW^'>'0VTe(; oùSsv (l).
Hén. loo^ : « Et si les justes dorment d'im long sommeil, ils n'auront rien à craindre ». « Peut-être, dit à ce propos Lagrange [Le Judaïsme avant Jésus-Christ, p. 265), s'agit-il ici des âmes des morts, qui sont comme endormies » (2). Une survie si réduite tendait à se confondre avec l'anéantissement ; et c'était, au temps de Jésus, l'opinion des Sadducéens {Me. ïz^^, Mt. 22^^, Le. zo^', Act. 238), qui, niant la résurrection, sans peut-être se prononcer sur l'immortalité de l'âme, s'en tenaient à l'ancienne conception du èe'ôl.
Dès lors la protestation contre la mort, qui est au cœur de chaque être humain {supra, pp. I et 139) avait le choix entre deux moyens d'affirmer sa volonté de persévérer dans l'être : c'était ou, distinguant nettement l'âme du corps, de proclamer l'immortalité de l'âme, ou d'imaginer qu'un jour viendrait où, les corps ressuscitant, les êtres humains, rétablis dans leur intégrité première, retrouveraient dans un monde renouvelé ou trouveraient dans un autre monde, la plénitude de la vie.
Les chapitres qui précèdent ont expliqué comment s'était développé et petit à petit imposé le premier système. Il a fleuri même chez les Juife, notamment dans les œuvres de Philon d'Alexandrie qui admet que l'âme, à la mort, s'en retourne là d'où elle était venue, &'0£v f.XOïv àrtio jotjç, c'est-à-dire à Dieu {De Abrah. 258) et ignore la résurrection (3). Néanmoins l'opinion générale s'y montra plutôt favorable au second. Celui-ci n'y était pourtant pas traditionnel. Il était même récent. Israël avait longtemps gardé la croyance archaïque à la vie souterraine de la tombe ou du se'ôl, domus
aeterna, maison d'éternité, D;2ï 11)2 {supra,, p. 25) (4), Ps. 49 12 0' ;
(1) Cf. supra, p. 322 : « Si sapiunt aliquid post funera Mânes ». Il reste ici un espoir que rejette l'amère négation de Qoheleth.
(2) Cf. infra, pp. 447-450.
(3) Il semble en être de même dans Sap. 3 ^ ; S 15 ; 9 1^. Justin, Dial. 80, 4, a connu de « prétendus chrétiens » qui pensaient ainsi -. et "fàp xat auv2êâ)iETe ûjjieïi; xiai XsYO[j.évoi<; ^(^ptcîxtavoïî... o'i /.a; Xi^Quai'/ p.Y) sTvai vexowv àvKffxaatv, àXkà a[i.a tS) àiïoQvï^axEtv, xùç "l^u^àç aOxwv àvxXa[ii6âveff6at eI; tÔv oùpavdv, |j.-r, ù-KoXiQr,xz aiixo'ji; ^ptdtiavoui;.
Encore est-il que l'on rencontre parfois dans les textes les plus authentiquement romains {Ordo sepeliendi clericos romanae fralernitatîs dans Pontif. de la Curie rom. au XIIl^ s., éd. M. Andrieu, St. e T. 87, p. 512), des traces d'une doctrine qui, sans nier la résurrection, ne la suppose pourtant pas de nécessité : « Omnipotens sempiterne Deus, qui humano corpori animam ad imaginem tuam inspirare dignatus es [G«.l 26, 2 '', infra, p. 457, n. 1] tu imaginera tuam cum sanctis electis <^tuis> aeternis sedibus praecipias sociari ». (Il faut toutefois noter qu'il s'agit là non de l'esprit impersonnel, voùç rouah, mais de l'âme, '\'^yj,, nêphes, qui doit conserver ici sa personnalité, puisque l'on-demande qu'elle soit associée aux saints élus). Cf. infra, p. 455. — C'est peut-être aussi — quoi qu'il fasse mention de la résurrection, Div. Nom. 6, 2 {PG. 3, col. 856£>), Eccl. hier. 7, 1, 1 (col. 553), 7, 3, 10 (col. 565) — le cas du ps.-Denys, Eccl. hier. 7, 1, 3 (col. 556 S), 7, 3, 4 (col. 560). Il y a dans ce chapitre 7 une triple répétition qui donne à penser qu'il a été remanié et interpolé ; cf. Stiglmayr, Die Eschat. des ps. - D, dans Ztschr. fiir. kathol. Théologie, 1899, pp. 1-21.
(4) Cf. Relig. orient. *, p. 247. — « Domus aeterna est ; hic sum situs ; hic ero semper », épitaphe païenne dans Olivieri, Marmara pîsaurentia, 1738, p. 33.. — Persistance de la notion
NOTES COMPLEMENTAIRES (p. 232) 447
Kat o\ râcpot aôxwv o!x(at aùtwv e'.t; tov aUova. JScc^. 126 ; ^'xt âTiopE'jô-/) ô avôpwTrot; eU olxov aîwvot; aiJToij (i). Et la foi à la résurrection apparaît tard, comme la réalisation de ce qui avait d'abord été une métaphore. Car ce n'était encore chez Ezéchiel 37 ^-i* qu'iine image qui symbolisait la future renaissance du peuple d'Israël. Dans Is. 26 1^ l'image tend à se réaliser et à se tourner en espérance :
Tes morts vivront, mes cadavres se lèveront, Réveillez-vous et chantez, vous qui gisez en poussière. Car ta rosée est rosée d'aurore (2) Et la terre rendra les ombres (□"'i^D"!)- Mais il faut attendre jusqu'à Daniel 12 1-^, c'est-à-dire vers l'an 160 avant Jésus- Christ pour trouver une affirmation doctrinale de la résurrection :
Et nombre de ceux qui dorment en poussière de terre
se réveilleront.
Les uns pour la vie éternelle,
les autres pour l'opprobre et l'éternelle exécration. Les sages brilleront
comme l'éclat du firmament Et ceux qui en auront guidé beaucoup vers la justice,
comme les étoiles éternellement et pour jamais.
Encore ne s'agit-il pas alors de résurrection générale. La nouvelle doctrine ne sera complète (3) qu avec Hénoch 51 1 : « En ces jours-là la terre rendra son dépôt (4),
chez les chrétiens : Dict. d'Arch. chrét. s. v. « Inscriptions grecques chrétiennes » col. 672 ; inscription ombrienne de 373 {CIL, XI, 4629) : « aeternamque domum Cominienus Amantius paravi, nobisque sancti \jjue\ tui Mânes nobis petentibus adsint » ; opinion combattue par S. Augustin, supra, p. 26, note S. — La formule se christianise dans « In pace et in domo aeterna Dei » {Dict. d'Archéol. chrét. s. v. « Défunt », col. 447). L'évolution s'en achèvera dans le texte de la -préface des morts : « Tuis enim fidelibus, Domine, vita mutatur, non toUitur ; et dissoluta terrestris hujus habitationis domo, aetei'na in caelis habitatio comparatur ».
(1) Sommeil dans le tombeau : Job, 3 13-15 ; 3 17 . séjour au se'ôl, Eccl. 9 ^ et 9 1*^ ; les deux notions mêlées : Ps. 88 (87).
(2) D'/s. 26 19 sur la rosée d'aurore et de Ps. 68 (67) ^^ sur la pluie vivifiante, Israël a tiré l'idée que la pluie et la rosée seraient les agents du grand réveil {P. Berak. 5, 2, 9 B, ap. Bonsirven, Le Judaïsme palestinien au temps de J.-C, Paris 1935, t. I, p. 484). C'est pourquoi les Juifs font mention de la résurrection des morts dans la bénédiction de la pluie. • — Cf. Sacram. léonien. De siccitate temporis (Muratori, t. I, col. 448) : « Vere dignum etc. Ad cujus immensam pertinet gloriam ut non solum mortalibus tua Deitate succurreris, sed de ipsa etiam mortalitate nostra remedium provideris, et perditos, unde perierant inde salvaris ». — Qor, 35 10 : « C'est Dieu qui envoie les vents, et ils poussent un nuage, et avec lui Nous arrosons un pays mort et Nous ranimons la terre morte. Ainsi la résurrection ! ». Cf. aussi 43 '^^ et en outre 7 5f' ; 12^ ; 30*9; 50 9-11. jnfra, p. 456.
(3) Avec DiUmann et Fr. Martin, contre Charles qui croit que le texte ne s'applique qu'à Israël. Cf. Lqisy, Relig. d'Israël'^, p. 285. — Il n'y a pas lieu de se référer à Job 19 25, dont ie texte fort obscur ne concerne pas la résurrection, Dhorme, Le livre de Job, pp. 257-259.
(4) Cf. Qor. 84 * : « Lorsque la terre... aura rejeté ce qui est en elle, et sera vide » ; 99 ^ : "^ qu'elle secouera sa charge » ; 100 9 : « Lorsque ce qui est dans les tombeaux sera bouleversé » ; cf.. infra, p. 451, n. 3, IV Esdr. 4 «i et 7 32.
et le se'ôl ce qu'il a reçu, et les enfers ce qu'ils doivent » (éd. Fr. Martin, p. 103), et mieux encore IV Esdr. i/\.^^ : « Judicium enim post mortem veniet, quando iterum reviviscemus : et tune justorum nomen apparebit, et impiorum facta ostendentur » (i).
Cette résurrection se produit à partir du sommeil « en poussière de terre », c'està-dire, comme on l'a vu plus haut, d'un état voisin de l'anéantissement. Sans doute la notion en était-elle particulièrement adaptée à l'esprit sémitique, car on la retrouve nettement exprimée dans le Qoran.
A part quelques privilégiés {Qor. 3625-26)^ notamment les martyrs (2^^^), qui sont vivants près de Dieu et à qui rien ne fait défaut (3, ^^3) (2), les morts sont dans leur tombeau (22''), sans vie, séparés de leur âme comme pendant le sommeil (39^^) (3), où « Dieu la prend » (4) (ib.), ce qui ne veut pas dire qu'elle subsiste en lui, mais seulement que tout lien est rompu entre elle et le corps qu'elle avait animé, en sorte qu'en ce qui le concerne, elle n'a plus de réalité. Qor., 80 21 : « Il le fait mourir et l'ensevelit, / et quand il Lui plaira. Il le fera revivre ».
C'est pourquoi la résurrection sera comme une création nouvelle, Qor. 13 ^ : « Hé quoi ! une fois devenus poussière, serons-nous pour de bon créés de nouveau ? » ; 17 53 : « Et qui nous fera revenir à la vie ? — ■ Dis : Celui qui vous a formés la première fois » ; igeT.es . « L'homme dit : Quand je serai mort, rassortirai- je vivant ?
— Ne lui souvient-il pas que Nous l'avons formé alors qu'il n'était rien ? » ; 50 1* : « Avons-Nous été fatigué par la première création ? Et les voilà dans le doute au sujet de la seconde ! »
Telle est la position coranique touchant la période intermédiaire entre la mort et la résurrection (5). Ce n'était pas une nouveauté : ainsi pensaient les Juifs au moins
(1) On distingue aujourd'hui dans le « quatrième livre d'Esdras » (éd. du texte, latin Bensly et R. James, T. and St. III, 2) trois documents : 1° IF Esdr., qui sont les chapitress 3 à 14, apocalypse juive éditée par vme main chrétienne, éd. en colonnes des diverses recensions, B. Violet, die Ezra-Apokalypse, dans le Corpus de Berlin, 1910 ; restitution de l'archétype entrad. fr., Gry, Les dires prophétiques d'Esdras, in 4°, Paris 1938 ; — 2° F Esdr., qui sont les ch. 1 et 2, brève apocalypse chrétienne, trad. Labourt d'après le texte latin, Revue biblique, 1909, pp. 412 ss;
— 3° VI Esdr., qui sont les ch. 15 et 16 dans l'éd. Bensly et James déjà citée. — Gry, le. p. 409 : « A la résurrection, pour les justes leur droiture sera révélée ; pour les impies <^ leurs crimes^ seront dénoncés ». — IP Esdr. 7^12.113 . « Praesens saeculum non est finis, gloria in eo <C. i^oti !> frequens manet : propter hoc oraverunt qui potuerunt pro invalidis. Dies enim judicii erit finis temporis hujus <[ et initium ^ futuri immortalis temporis » ; Gry, le, pp. 215- 217 : « C'est que ce monde n'étant point <[ parvenu^ à son terme, <^ l'Ecriture du Seigneur > y garde valeur constante ; voilà pourquoi (gens) pieux ont prié dans le monde pour des nécessiteux. Mais le jour du jugement, ce monde <^ sera parvenu ]> à son terme, et le jour de la Résurrection, le monde à venir, à ses débuts ».
(2) Cf. en Israël, Hénoch : Gn. 5 2^, Eccli. 44 16, Hebr. 11 6 ; Elle : II Reg. 2 il ; sur l'héroïsation des empereurs, d'Antinous, d'Apollonius de Tyane, supra, p. 298 ; sur l'immortalité psycho-corporelle, Rohde, Psyché, trad. fr., pp. 64 et 568-573.
(3) Supra, p. 415. N. C. XX.
(4) Même formule en Israël : Berak. 60 B ; Pesiq. R 143 A ; et prière juive du matin dans Bonsirven, le, p. 323.
(5) Cf. infra, p. 456. — C'est pourquoi le Qoran suppose que la géhenne, qui est conçue comme une fournaise mobile [cf. IF Esdr. 4*8 .: « Et steti et vidi : et ecce fornax ardens transiit
NOTES COMPLEMENTAIRES (p. 232) 449
depuis le livre de Daniel {su-pra, p. 447) et aussi, pour une large part, les Sémites chrétiens.
Eusèbe raconte en effet (Hist. eccl., 6, 37, éd. Schwartz, t. IJi, p. 592) qu'Origène
fut appelé à un Synode en Arabie pour discuter avec des chrétiens de ces parages
qui soutenaient que l'âme, au moment du trépas, meurt avec le corps et qu'elle est
détruite, mais qu'au moment de la résurrection, elle revivra avec lui : o'i klt-fav tyjv
àvijoiijicsîav (|/'jj(^r,7, této; [j.v/ y.'xxà. xôv zyiaxihvx xxtpov, Sjia T(i xe^suTfi auvaT:oOvY|{TX.£tv toÏ<;
stiàxïiv y-v. a-jvS'.x'pQîîpîdG-/'., a'jôtî oî tcoxe xocuz tov x'/jç àvajxâaîw; xatpov aùv aùxoT; àvaêtw-
ff£a05tt (i). Origène les fit revenir à des sentiments qui paraissent aujourd'hui plus
orthodoxes. Mais nonobstant son autorité, il n'en était pas partout de même à cette
époque. Et des idées analogues à celles des chrétiens arabes avaient cours en Syrie
/dans les milieux les plus autorisés. Aphraate, entre autres, — qui admet comme les Néo-
)latoniciens [swpra, p. 349) que l'homme est formé de trois éléments, esprit, âme et
;orps, — dit, Demonstr. 6, De monachis 14 (Patrol. Syr. t. I, col. 294) que si dès
e trépas l'esprit (= Hl") = ■>''^^^') remonte au ciel d'où il était descendu (2) l'âme
coram me ; et factura est, cum transisset, et flamma, et vidi, et ecce superavit fumus » la jékenne ayant été préparée dès avant la création du monde (cf. /s. 30 33) Gry, le. pp. 42, 47, 155 et 179] actuellement vide, arrivera au Jour du Jugement pour happer et engloutir les damnés, comme autrefois le Topheth de Hinnom, Qor. 89 ^^ : « Lorsque s'avancera la géhenne, alors on réfléchira, mais à quoi bon ?... ». Ce verset du Qoran n'est pas sans rappeler Ps. 97 (96)3 . « Ignis ante ipsum praecedet, et inflammabit in circuitu inimicos ejus », et surtout IV Esdr., 7 '3 ; « Et quid habebunt dicere in judicio vel quomodo respondebunt in novissimis tempori- )us ? » Gry, p. 183. — Certains chrétiens, Evode par exemple dans une lettre à laquelle répond S. Augustin (Ep. 163), croyaient aussi que « depuis la résurrection du Seigneur jusqu'à l'époque du Jugement, l'enfer est et restera vide ». Cf. infra, p. 451.
(1) Mansi I, col. 789. Ce synode aurait réuni quatorze évêques sous la présidence (î) d'Oribe. D'après Héféle-Leclercq, Hist. des Conc. t. 1 1, pp. 163-164, il aurait été tenu entre 244 et
249. Cf. S. Augustin, De haeres. 83, se référant au texte cité d'Eusèbe : « qui dixerunt animas cum corporibus mori atque dissolvi, et in fine saecuU « utrumque resurgere » ; Niceph. Call. Iccles. hist. 5, 23, sans indication de source {PG. 145, col. 1112) : .. o'î Sri sIcrrjYoûvxo xï,v wOjjwitivfjV 4'^X'ô'>' <ï'jva|ji.a- xtij (T;ôfjiaTt xaî aùxT,v ttoÔ^ xô Ttapov àiîoOvï^a/.etv , y.ai. auv Ix.îîvtu lif'.nctffOai xr|V tpOopâv o(|/6 §É ixoxe x-^^ âvaaxào'sioi; i(jo[j,îV7)4, àvaêtc&axstv auô'.i; xàxsfvaç crùv xoTç TOEïépoi; Œ(i)[j.a(ri, xal xoù Xotito'j Èç àoGstpTtav oixxr,pe't(T6a(. — Même doctrine chez Tatien, i Graec. 6 {PG col. 833 A) : où/, è'ffxiv àOâvxxoç... -fj <\i\i'/ri [xaô' èaux?)v] Dvr,xï, Se. 'AÀXà
Î'J''ï~xi f, aùxr, xat jj.r] à-rco6vV)(jXEiv • GvYÎa-xsi fxev yàp xai Xoexai p.£xà xoù ff!jL>iJi.axoi; p.-?) ■'mv.rro'soL X7)V àX-/,0£!av " àvlaxarai 8s eU uaxspov è%\ cruvxeXstqc xoù xdtTfjiou ff'Jv xû (rwjjiaxi, •MKov Stà xt(jiwpîa<; èv àOavauîoi Xajxêxvousa • TtdtXtv 8e où ôvï^axet, xav irpôc xaipiJv Xu9-fi, JV' ETCi'Yvwdiv Toû Oeo'j TrETtotfifjtévr,. - Et Athénagore en connaît l'existence, De Resurrectîone vG. 6, col. 1013 : fîxoi yàp TïavxsX'rît; saxt oêécni; x-?;; Çojy)ç è Gàvaxoç ff'jvSiaXuo(xÉvT,(; Il ïwjj.ax'. xr,!; i|'UJ(y^i; xal (TuvSiatpOî'.pojjiÉvr,!; -r) jji.Év£i p.lv xaO' lauxTiV aXuxoi: -f) ^j'o^"?), âcJxéSaffXûî, 'JiïoOopo!;, cpOeîpExai Se xx'. StaXùsxat xà (7W[i.a, oùoÉ|i.'.av È'xt uiJbCov ouxs (jiv/jpiïjV xôjv EipYacr^Éviov, "'^ oiw6-/)7(v xôjv eu' aùx'îi •rcaÔY) ixâxwv .
(2) Comme l'âme est reprise par Dieu dans Qor. 39^3 {supra p. 448), et déjà chez Philon '^'exandrie, Abrah. 258, déjà cité {supra, p. 446) xôv Savaxov vojji,(Ç£'.v jjiri aSsaw i|/uj^-}^(;, ''?''«) note 1, Athénagore) àXXà jiùÇ)'.(5[xhi xal 8j«Çeu;iv àirô awjJLaxoç, ô'Ssv -îilGsv àTrioùcrfiÇ •
1^- ûÈ... irapà 6eoù. Ainsi pensait Qohéleth, Eccl. 12 '^ : « La poussière retourne à la terre, "on ce qu'elle était : l'esprit (m^l)» à Dieu qui l'a donné » : il n'y a ici (je ne dis pas chez
(= "tt/iDJ = '\'^X^) ^^* ensevelie avec le corps [cf. supra, N. C. XXXI, Animae con-\ ditio, p. 441] : « cum ergo moriuntur ho mines, spiritus animalis absconditur cum cor-pore quod sensu destituitur... Animalis autem spiritus in natura sua sepelitur sensés que ab eo tollitur ». La mort du juste lui-même est un sommeil : « talis enim mors somnus est ». Il n'est pas jusqu'aux scribes qui n'oublient leur science, Demonstr. 22 De morte et novissimis temporibus 11 {ibid. col. 1014) : « abducit (mors) secumscribas sapientes, et quae didicerant delet oblivio usque ad tempus illud quo omnes justi résurgent ». Aphraate dit bien, à la vérité, /. c. 6 {ibid. col. 1002) que les morts « sedent in luctu et in umbra mortis (c'est le se'ôl, sans doutle ici réminiscence de Le. I ''9), nec mundi hujus recordantur donec veniat finis et ad judicium resurgant », Mais il dit aussi — et ce semble être sa pensée personnelle — {ibid.) : et in pulverem abeunt usque ad judicium ; et 7, (col. 1003) : « et in pulverem mutantur usque ad judicium ». Lors de la résurrection, Demonstr. 6, De monachis {ibid. col. 295) 1 « Corpora et quod (= '^^yj, ) in eis (= sepulcris) sepultum est suscitabit (Spiritus), induet que ea quam secum adduxerit gloria » (cf. supra, N. C. XXVII, Vêtements des âmes, p. 430). Nous sommes ici tout près du Livre de Daniel et du Livre d'Hénoch, voire de Tatien, des Chrétiens Arabes réfutés par Origène, et du Qoran.
Et il n'est pas interdit de penser qu'à une époque ancienne où les idées juives prédominaient encore dans le christianisme, c'est ainsi que les chrétiens se représentaient l'état des défunts dans l'attente de la résurrection, in spem beatae resurrectionis {supra, p. 442). Dans Mt. 27^2 les morts qui se lèvent au moment où le Christ rend l'âme sont appelés gisants, xal xà ^.vi]i>.iia àvsw^Grjaav xaî TtoXXà ffiofjiaxa twv xeKoi|j.T||j.îvt.ov {qui dormierant) àyfwv ifiYépGriffav (i). L'idée est clairement exprimée dans une épitaphegauloise publiée par Le Blant, Inscr. chrét. de Gaule, no 478 : « Hic Dalmata, Christi morte redemptus, quiescit in pace, et diem futuri judicii laetus spectit ». C'est sans doute le même sens qui s'attache à plusieurs autres formules citées par Leclercq {Dict. d'Arch. chrét. s. v. « Défunt », col. 447 et 452) : « In pace bene dormit » ; « quiescit in pace aeterna » ; « requiescit in pace » ; « in pace somni » -, « dormit in somno pacis », dont aucune n'exclut nécessairement l'idée qui se fait jour ailleurs {ibid.) : « in pace Domini dormias » ; e'.p/lvr, aoi âv Ôew, par où l'on rejoint l'oraison du Mémento des morts au canon romain de la messe : « ...qui nos praecesserunt cum signo fidei et dormiunt in somno pacis. Ipsis, Domine, et omnibus in Christo quiescentibus locum refrigerii, lucis et pacis ut indulgeas deprecamur » (2). Enfin, comme il a été dit plus haut (N. C. XXXI, Animae conditio, p. 441), il est resté des traces^ certaines de la doctrine professée par Aphraate dans d'autres textes liturgiques de l'Église occidentale.
Philon, mais seulement dans ce verset de l'Ecclésiaste) en Dieu aucune permanence de la personnalité humaine, dans la tombé aucune survie (cf. supra, p. 446).
(1) Cf. aussi II Petr. 3 ^ : àep' -i^î yàp o\ Traxépsc; l/.oijjii/0-/iaav, ex quo enim patres dorniienmt- Et Ev. Pétri, 41 : xat cpiovr,!; fjxouov s-(t xiov oûpavwv X^y*^"*''')'?' £'<■'') p^J 5 «<; "ïoT? xoi|i.tofi.évoii; ', 42, -' y.a! ÔTtaxo-?! T|XO.'Jexo àuo tôù axaupoû, 6'xr va£. — X£xoi[j(.r,(ji.£voi serait correctement traduit par
endormis, mais le sens propre en est gisants : il représente 13.]DU^ (par ex. Ps. 88 ^) qui signm^ l'un et l'autre ; '/jyîpGiQa-av y répond exactement puisqu'il veut dire tout ensemble s'éveillèrent e| se levèrent ; le sens en est plus complexe que celui d'hébr. Dlp qii'il représente (cf. Me 5 taXi6à /.O'jfji = aram. ^Dlp i^fT^ltû) qui signifie seulement 5e /ever.
(2) Chose singulière : il ne suffit pas de reposer dans le Christ ; et c'est pour ceux qui r^P°" sent en lui que l'on implore, comme s'ils ne l'avaient pas encore, le lieu du rafraîchissement, la lumière et de la paix. Cf. supra, p. 441, ligne 28.
NOTES COMPLEMENTAIRES (p. 232) 4SI
Pourtant les deux systèmes de l'immortalité de l'âme et de la résurrection, qui paraissaient opposés et rivaux (i), s'étaient probablement déjà combinés chez lesMazdéens (2), et tendaient, dès le temps des origines chrétiennes, à s'accorder en Israël. Le sujet a été remarquablement étudié par Bonsirven, le. [supra, p. 447] qui résume comme suit ses conclusions (t. I, p. 335) : « La conception n'est pas encore abandonnée... du âe'ôl, séjour commun des morts (3). La croyance s'accrédite qu'après leur mort les âmes des justes sont réunies dans un réceptacle particulier : là leur état est diversement imaginé, depuis une existence amoindrie et un sommeil tranquille, jusqu'aux joies de la récompense ; ordinairement cette récompense est envisagée comme une préparation et une attente de la récompense définitive ; on incline à situer ces réceptacles des bienheureux dans le paradis terrestre ou dans le ciel (4).
« Pour ce qui touche aux impies les conceptions sont moins nettes : on assure généralement que les anges pervers sont déjà torturés dans un lieu de supplices ; on commence à peiiïe à connaître un enfer où souffriraient déjà les pécheurs (5) 5 on les laisse souvent dans le se'ôl, qui prend de plus en plus la figure du séjour des damnés j -parfois aussi leur peine paraît différée jusqu'au jour du jugement (6).
« De toute façon, la théologie juive s'oriente nettement vers l'idée d'une rétribution immédiatement consécutive à la mort ».
Le pas fut franchi par les chrétiens. Non qu'ils aient dès l'origine entièrement rejeté la théorie juive des réceptacles : elle est nettement exprimée dans Irénée, 5, 31, 2 :
al i]/u^ai àitép^^ovxat etç tÔv •<[à6paT0v> tÔttov tov (î)pt<T[J.îvov aùxaiç à-n;ô toù Oôoù, xàxsl [i£)(pi TTji; àvacfxacreax; cpoiTwat, 7t£pifi.£voucrai TTjV àvàotaaiv (7). Et Augustin la professe encore, Enchir. ad Laurentium, ch. 109 (29) = De octo Dulcitii quaest. 2, 4 : « tempus autem quod inter hominis mortem et ultimam resurrectionem interpositum est, animas abditis
(1) Act. 17 32.
(2) Croyance à la résurrection chez les Mazdéens dès l'époque des Gâthâ : Pin du monde, p. 11 = 39, c'est-à-dire à la fin du vn^ siècle av. J. C. (A. Meillet, Les Gâthâ de l'Avesta, Paris, 1925).
(3) Sufra, p. 66. — Se'ôl divisé en quatre compartiments, dont le dernier contient les damnés qui ne ressusciteront pas, Hén. 22 (éd. Fr. Martin, pp. 58-62). Ces réceptacles semblent avoir été mis en relation avec le texte obscur d'/s. 42 ^^ : « tous ont été confinés dans des fosses et relégués dans des cachots », peut-être en raison du sens eschatologique qui était donné un peu plus loin à Is. 43 2. — Cf. IT^ Esdr. 7 ^^ . « gt terra reddet quae in ea dormiunt, et pulvis qui in eo silentio habitant, et -prom-ptuaria reddent quae eis commendatae sunt animae » ; Gry, le. p. 151 : « Puis la terre dépose ceux qui dedans reposent, / et la poussière éveille ceux qui dedans sommeillent, / puis les caveaux raniment ceux qu'en eux ils compriment ; / -«c;^ les tombes multiplient ]> ceux qu'en elles on confie » ; et IV Esdr. 4 ^^ : « Et dixit ad me : in inferno -prom-ptuaria animarum matrici adsimilatae sunt » ; Gry, le. p. 41 -. « Le se'ôl pour les âmes est semblable au sein <:^ pour le foetus ^ » . — C'est à ce se'ôl compartimenté, mais encore souterrain, que paraît se référer la descente du Christ aux enfers {supra, p. 234).
(4) Réceptacle des âmes dans l'Eden : Bonsirven, I, p. 339 ; dans le ciel : trésor des âmes sous le trône de Dieu », ibid. p. 338 ; Gry, le. p. 209.
(5) Se'ô/ réservé aux impies par les rabbins, et se tournant en géhenne : Bonsirven, I, p. 340, cf. supra, p. 332.
(6) Supra, p. 449. : '
(7) PG. 7, col. 1209. BC = Harvey, t. Il, p. 412, de qui est la restitution tov <àopaTov> t(5tcov.
receftaculis continet, sicut unaquaeque digna est vel requie vel aerumna, pro eo quod sortita est in carne cum viveret » (i). Après cette période d'attente il devait y avoir selon Justin, Dial. 80,5 une première résurrection des saints pour le miUénium : xal uapxàç àvâffxaTiv ^^tH-t,<st<s^i.\. è-ntaxxiji.£Ox, v.aC: '/jfd:f. etrj iv 'hpooaxkr^ix o;y.oSojj.rjO£Î3"f|, puis une seconde, celle-là générale, pour l'universelle rétribution, ?è. 81,4: atwvt'av ôfjiofijfjiaôôv ajxa itivxwv àvâctaaiv yEv/îaîaOai xaî )cp(atv. C'est alors, après le millénium, que s'ouvrira le jugement y.aî y-ptsiv, et que, comme dans VAvesta chacun devra, pour trouver son sort définitif, passer autravers dufeu. Alavérité il n'est question d'un //ea/z^e de feu que chez Lactance (2), qui le tient de l'^î^oca/^'^se du ps. - Hystaspe, source proprement mazdéenne, Instit. 7, 21, 4 (dans Mages hellén. II, p. 373) : « Sed est purus ac liquidus et in aquae modum fluidus... Idem igitur divinus ignis una eademque vi ac potentia et cremabit impios et recreabit... 6 : sed et justos cum judicaverit Deus, etiam igni eos examinabit ; tum quorum peccata vel pondère vel numéro praevaluerint, perstringentur igni atque amburentur ; quos autem plena justitia et maturitas virtutis incoxerit, ignem illum non sentient : habent enim aliquid in se Dei quod vim flammae repellat ac respuat. 7 : tanta est vis innocentiae ut ab ea ignis ille réfugiât innoxius, quia accepit a Deo hanc potentiam ut impios urat, justis temperet » (cf. Boundahisn, 30, 18, texte dans Fin du Monde, p. 12 = 40, note i). S. Hilaire et S. Ambroise (3.) ne parlent que de feu, non d'un fleuve. Et ce feu, ils le
(1) Cf. De Civ. 12, 9 : « Cujus pars... ex mortalibus hominibus congregatur... vel in eis qui morte obierunt secretis animarum receftaculis sedibusque requiescit ». ,
(2) Il s'agit en réalité d'un fleuve de métaux en fusion ; cf. Avesta, éd. Darmesteter, t. I, p. 224, note 39 ; p. 227, note 15 ; et en outre Gall, Bstcrtlî'a toù.Geou, 1926, pp. 90 ss., 104 ss., 144 ss. — Ici le mot fleuve n'est pas prononcé, mais Lactance se réfère lui-même au ps.-Hystaspe. D'ailleurs l'image est explicitée dans les Oracles sibyllins qui relèvent de la même source (cf. Justin martyr, Afol. I, 20). Or. Sibyll. II, vers 196 (éd. Geffcken, p. 37) :
/.X'. xôxE Stj TtoTaji.'!? te 'fxkyxq TTupôç a'.6o(jiévoio / pzitjs: aTr' oùoavôOev xa; TCdtvta tôtiov SaTtav/iffei. / ycttav t' d)HEîivôv TE ^zyo:'j yXauxr'v te UàÀac3'a-/v,/ ÀtfAvoc; xa! iroTafjioÙ!;, urjYàî xa? à(ji.£i'Xi5(^ov "Ai8r,v,/ xal Ttôlov oùpâv'.ov. Cf. ps.-HippoL De consummat. mttndi, 38 : ô irupivoç Ttoxau.oî £^cp)j^c.|X£VOi; &<nzzç) àypia 6j:Aaffca, v.-v. xaxax.a'jffs! oprj xa' pouvoyç, xal xvv G;;Xajaav àosvÎGEi xal xôv atôépa 8:a)v'JiiEi £x x?;? irupcoaEwç .j'.^Tvep XYjpôv. Or. Sibyll. II, vers 252 (p. 40) :
xal xôx£ 8-^, TîsvxEî Sià aîxofjiévou Tcoxauoïo xa: / tfÀoyôi; àcrêiaxou SieIsÔgovÔ" o"xe oîxatoi /itâvxEî ffii)0/,aovx'' sffcêcT^ S'ânri xoïatv 61ouvxai / s'c; a!(ï)va<; iXo'jî;.
Des précisions sont données sur l'action des anges qui châtient les réprouvés (II, vers 285, p. 42) et guident les justes vers la lumière et la vie, II, vers 313 (p. 43) :
ayyEXot atpdjAîvot oi' al6o^évou TïoxafjLoto / e!; owî a^o'jcjtv /.a; eiç ^wr^v sjj.éptvov" / £v0à Tztkti xp'Soi; àOâvaxo^ jjLEyàXcto ^Itulo j v.A xp'.ac-al •Kryx; o'ivo'j aôXixôi; xs yàXaxxoi; (cf. supra N. C. XXV, p. 426).
Et l'image du fleuve se retrouvera encore chez Bède le Vénérable, Hymne de die fudicii (PL. 94, col. 636 A) :
fluvius ignivotnus tniseros torquebit amare.
On la> verra même dans la représentation du Jugement dernier, par exemple à la sacristie de la cathédrale de Trévise, où le fleuve de feu défend le Paradis contre les entreprises des impies (Louis Bréhier, l'Art chrétien, Paris 1918, p. 327).
Sur l'Ecpyrosis et le jugement par le fleuve de feu, cf. supra, pp. 209 et 225 ; Pin du monde ; Mages hellén., t. I, pp. 32 et 219 ; t. II, p. 143, note 5 ; p. 147, note 3 ; p. 149, note 1 ; pp. 373 ss., fragments du ps.-Hystaspe conservés chez Lactance.
(3) S. Hilaire de Poitiers, Tract, in Ps. CXVIII, 3, 12 (PL. 9, col. 552) : « Diem judicii concupiscemus in quo nobis est ille indefessus (= àxc(|a.axov ) ignis subeundus in quo subeunda sunt gravia illa expiandae a peccatis animae supplicia ? ». — S. Ambroise, In Ps. CXÎ^III
NOTES COMPLEMENTAIRES (p. 232) 45 3
disent eux mêmes l'un et l'autre, à propos dePs. iig (118) est celui du glaive tournoyant qui, après l'expulsion des premiers parents, gardait, pour leur en interdire l'entrée, le jardin d'Eden où verdoyait l'arbre de vie(G«. 3 ^^). Mais il y a pourtant, sous-jacentes à leur texte, plusieurs autres réminiscences, notamment / Cor. 3 ^^ : « Car le jour rendra manifeste ce qui dans le feu se sera révélé. Et l'œuvre de chacun, de quelle sorte elle est, le feu lui en fera l'épreuve... Quant à lui, il sera sauvé, mais comme au travers du feu » ; Dan. 3 ^^-S" 0' 8 : « Et descendit l'Ange du Seigneur en la compagnie d'Azarias dans la fournaise ; et du milieu de la fournaise il fit comme un souffle de rosée bruissant au travers ; et point du tout ne les saisit le feu ; et il ne leur nuisit en rien ni ne les inquiéta » ; et surtout 75. 43 2 : « Si tu traverses l'eau, je suis avec toi, et les fleuves ne t'engloutiront pas ; et si tu passes par le feu, tu ne seras pas brûlé et point ne te mordra la flamme », et Ps. 66 (65) ^^ : « Nous sommes passés par le feu et par l'eau, et tu nous as conduits au rafraîchissement » (i).
Et c'est ici que les textes de S. Hilaire et de S. Ambroise trouvent leur point ou plutôt leurs deux points d'attache à celui de Lactance. Le premier est un souvenir des métaux qui subsiste chez S. Ambroise ; non qu'il s'agisse chez lui de métaux en fusion : c'est le plomb de notre iniquité, le fer de notre péché qui seront consumés pour faire de nous un or pur (2). Mais enfin, dans un autre contexte, l'image demeure. Le second est encore plus significatif : c'est que tous, bons et mauvais, devront passer par le feu, Ambr. in Ps. CXVIII Expositio, sermo 20, 2 {PL. 15, col. 1487) : « omnes oportet per ignem probari quicumque ad Paradisum redire desiderant ». S. Jean lui-même, le disciple bienaimé, a connu cette épreuve, ibîd. : « De morte ejus aliqui dubitaverunt : de transitu per ignem dubitare.non possumus ». Tout cela est clairement explicité chez Epiphane, De haeres. i, i, haer. XLVIII {PG. 41, col. 1152), à propos précisément de Ps. 6512 ; OîOî TcavTO/.p'i-cwp ô aitivio;. ô Tcxtf.o to5 Xptjxo'j. Iv Tr, ■fjf^épqL aou oiaêâvri xh uôp àva^YTiX!, xxî tùv 68aT.-i)v e's T?,v xauarTi/."?)v [j.£xaS"AcO£vTSi; ^■'jutv. 6TT=^aA6Çavxt xàç ôpp.âî, At'^XOov Sià Ttupôç xa', uSaxoç, y.x\ ÈÇ'(^yaYci; ;j.£ eIç àvâtj/u^tv. Sù yàp aoi;-.', xot^ cityxiTwci cô 'r\ ï-Ky.yyûJ.cn' eav Siaêai'vst; 81' uSatoç, [JiETà aoù E^jjit,* v.a TtoTajJLo'. où ^xuyzXeîtïciuai ce. KSv otaêstvïjÇ S'.à itopô:;, où (j.?, "/.aTajcaûcat as {Is. 43 2) ^5^.
Expositio, sermo 3, 15 (PL. 15, col. 1227 C) : « Siquidem post consummationem saeculî missis angelis qui résurgent bonos et malos, hoc futurum est baptisma : quando per caminum ignis iniquitas exuretur », allusion aux trois jouvenceaux dans la fournaise, Dan. 3 <t9-50j infra, note 2.
(1) eU àvad/uyv'v, in refrigeriiim. Ici l'application aux morts s'imposait presque irrésistiblement du fait que refrigerium était souvent — Fr. Cumont, peut-être avec un peu trop de rigueur, disait : toujours — entendu au sens d'it. rinfresco, goûter que l'on prenait sur un tombeau, et où l'on buvait frais pour rafraîchir le défunt. Cf. supra, pp. 30 et 268 ; N. C. V, Les Lemuria, p. 396, et XXX, Parentalia chez les chrétiens ; Relig. orient. '^, p. 247 ; Parrot, Le « Refrigerium » dans l'au delà, Paris, 1937 ; Dict. d'Archéol. chrét., s. v. « Inscriptions grecques chrétiennes » col. 683. — Dans l'Inde on suspend quelquefois aux branches du pipai, figuier sacré, un vase contenant de l'eau pour désaltérer les âmes des morts (E. Mackay, La civilisation de Vlndiis, in-8", Paris, 1936, p. 76).
(2) S. Ambroise, le. sermo 3, 16 {J?L. 15, col. 1228) : « Veniat ergo ignis consumens, exurat in nobis plumbum iniquitatis, ferrum peccali, faciat nos aurum sincerum. .. Qui ergo per ignem transierit intrat in requiem. Transit a malerialibus atque mundanis ad illa incorruptibilia atque perpétua ».
(3) Cette curieuse influence d'un texte mazdéen sur la pensée chrétienne est probablement due à l'attente de la parousie (encore chez S. Grégoire le Grand, In Ev. hom. 1, 1) qui faisait voir dans la même perspective, presque sang solution de continuité, — comme dans la pro-