Lucien, De luctu, 9 et
6. Rohde, tr. fr., 168 ss. ; Schrader-Nehring, s. v. « Totenreiche », p. 562, § 4.
entrées de l'Hadès, près desquelles souvent on croyait pouvoir évoquer les ombres pour en obtenir des réponses*. C'étaient généralement des lieux oi\ jaillissaient des eaux chaudes venues des profondeurs, des grottes d'où s'échappaient des exhalaisons méphitiques, les cratères qui vomissaient le feu des volcans. Les Grecs donnaient à ces issues du domaine de Pluton, dont Charon gardait l'accès, les noms de Ploutôneia ou Charôneia "-. On retrouve la même croyance en Italie, par exemple dans la région volcanique de Naples, au lac Averne, par où Énée descendit vers le Styx, à Cumes où l'on consultait un oracle, et clans la vallée de l'Ampsanctus, au cœur de l'Apennin, où les malades pratiquaient l'incubation près d'une source sulfureuse^. Des populations primitives, frappées par certains phénomènes merveilleux de la nature, les ont attribués aux divinités chthoniennes ; elles ont cru que des lieux où parfois la vie était menacée par des vapeurs meurtrières, appartenaient à l'empire des morts, et que les essaims d'esprits infernaux y pouvaient remonter vers la lumière.
La condition de ceux-ci dans le lugubre séjour où ils sont confinés est, selon les plus anciennes croyances, d'une tristesse infinie. Homère ne cesse de plaindre le sort de ces âmes dolentes, inconsolables d'être privées de la clarté du jour et d'avoir quitté la société des humains. Simulacres étiolés, vivotant dans la pénombre, elles mènent une existence anémiée dans le morne désœuvrement d'une torpeur à demi consciente. Elles ne se raniment, selon la Nekyia de l'Odyssée, que si le sang des victimes, dont elles viennent avidemment s'abreuver, leur rend une vitalité momentanée^.
Chez les Sémites la conception que se sont faite les Babyloniens de l'Aralou et les Hébreux, du Shéôl n'est pas plus consolante. C'est pareillement celle d'une ténébreuse réclusion où l'humanité trépassée, sans communication avec les vivants, végète misérablement, où des ombres inactives et débilitées perdent jusqu'à la connaissance de leur dégradation dans l'engourdissement de toutes leurs facultés s.