III. — Les Enfers souterrains
Chez beaucoup de peuples l'idée de la persistance de la vie humaine dans le tombeau s'est élargie en celle d'une existence commune des trépassés dans le sein de la terre, si inconciliables que fussent en réalité ces deux croyances. La coutume de l'inhumation avait fait supposer que les esprits des morts vivaient quelque part sous le sol sans qu'on eii précisât le lieu^', et souvent l'on trouve ainsi associées et confondues, même dans les épitaphes et chez les écrivains latins, les notions d'une survie des défunts dans le sépulcre et dans les Enfers 2. L'ombre ne reste pas confinée dans l'étroite demeure où repose le corps : elle descend dans une vaste caverne s'étendant à l'intérieur de notre globe, antre immense peuplé de la foule des générations qui ont quitté le monde supérieur. La sépujture n'est plus désormais qu'un lieu de passage, par lequel les âmes s'acheminent vers leur résidence définitive ^ ; la tombe est l'antichambre de leur habitation permanente, sa porte est celle de l'Hadès lui-même ou de la route qui y conduit^. Les libations et autres offrandes versées ou déposées sur la pierre tumulaire vont, par un prodige inexpliqué, réconforter les ombres au-delà du Styx^ . Jusqu'à la fin de l'antiquité, on crut à ce miracle, que renouvelait constamment le culte funéraire. En vain voudrait-on préciser par quelle voie il s'accomplissait ; il répondait à une foi si profondément ancrée dans l'âme populaire qu'on l'acceptait sans essayer de le justifier. C'était en réalité un accomodement, qui tentait de concilier deux traditions ancestrales : celle du tombeau, demeure éternelle du mort, et celle d'un empire souterrain soumis à des dieux chthoniens, de qui dépendait la fertilité des campagnes et qui commandait aussi au peuple des Mânes **.
La prison obscure où ceux-ci étaient enfermés communiquait aussi avec le inonde des vivants par des orifices naturels, soupiraux de cette cave obscure,