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CHAPITRE I. — LES VIEILLES CROYANCES

Telle fut aussi la croyance primitive de Rome. Longtemps on s'y représenta rOrcus comme semblable aux grottes obscures qui se creusaient dans les montagnes, une vaste caverne hérissée de rochers et plongée dans d'épaisses ténèbres 1. Les Mânes qui y étaient relégués n'eurent d'abord qu'une vie grégaire ; esprits dépourvus d'initiative personnelle et que le langage ne nommait qu'au pluriel, ils formaient une foule anonyme, à peine individualisée, n'ayant guère plus de consistance que les fantômes fugaces qui voltigeaient autour des tombeaux.

Les vieux Romains étaient un peuple d'imagination courte, peu enclin aux rêveries poétiques, et leur mythologie est toujours restée rudimentaire. Il en a été ainsi de celle des dieux du ciel et de la terre, et plus encore de celle du royaume souterrain. Si une forte tradition avait enseigné des doctrines précises sur la survie des âmes dans l'Orcus, elle n'aurait pu être supplantée, autant qu'elle l'a été, par les fables pittoresques des Grecs.

Tandis que le culte du double, gardant dans le tombeau une vie indécise, appartient déjà, nous l'avons vu (p. 35), à l'antique religion aryenne, l'idée que les divers peuples indo-européens se sont faite des Enfers diffère considérablement et témoigne d'un développement particulier à chacun d'eux, bien que son origine puisse remonter déjà à la préhistoire^. On a conjoncture que la substitution de l'incinération à l'inhumation avait contribué à répandre cette conception nouvelle de la vie d'outre-tombe, l'ombre ne pouvant rester attachée, ainsi qu'au cadavre, à la poignée de cendres qu'on enfermait dans une urne chétive. Cette ombre devait aller rejoindre ses pareilles qui s'étaient enfoncées dans le ténébreux séjour où régnaient les dieux d'un empire chthonien.

L'idée que des juges infernaux décidaient du sort de l'âme selon ses mérites, était aussi étrangère à l'ancienne religion romaine que celle de Charon, nautonier du Styx, dont il interdisait à certaines ombres le passage. Orcus, le maître du monde souterrain, que le langage confond avec sa personne ^, était lui-même un souverain beaucoup moins agissant que le Hadès des Grecs, une figura sans caractère tranché ni aucun relief, un roi qui laissait une grande indépendance à ses sujets. Nous ne possédons de lui aucune représentation plastique et on ne lui rendit jamais aucun culte. Plus effacés encore sont les traits d'une vieille deité italique, Veiovis, dont le temple vient d'être retrouvé sur le Capi-

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